La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Lutte contre la pauvreté
Augmenter la part du fédéral dans le financement des CPAS
Vincent Rocour
Mis en ligne le 19/04/2010
C’est un cri d’alarme que poussent la coprésidente d’Ecolo, Sarah Turine, et la présidente du CPAS de Schaerbeek, Dominique Decoux (Ecolo, elle aussi). Un cri d’alarme volontairement concerté. L’une et l’autre jugent que la lutte contre la pauvreté passe par une meilleure concertation. Et une plus grande solidarité. Les grandes villes sont confrontées à une hausse des besoins, mais n’ont plus les moyens de faire face. Il y a urgence. Elles demandent que l’Etat fédéral finance davantage les communes pauvres. " Il faut que le fédéral finance jusqu’à 90 % des revenus d’intégration , réclament-elles en chœur. Et que le gouvernement s’interroge lorsqu’il prend une décision sur les effets que cela peut avoir sur les finances des CPAS." Entretien croisé alors que l’Europe a consacré 2010 "année de la lutte contre la pauvreté".
Pourquoi cet appel commun ?
Sarah Turine. 2010, c’est l’année de la lutte contre la pauvreté. Et en même temps, la commune est le niveau le plus proche du terrain. Nous voulions le dire : il faut une meilleure articulation entre les différents niveaux de pouvoir. Et l’on s’interroge. La Belgique a choisi comme thème, dans le cadre de l’année européenne de lutte contre la pauvreté, la sensibilisation. "La pauvreté, c’est l’affaire de tous." C’est très bien. C’est un beau thème. Mais nous craignons que ce soient de belles paroles. Alors qu’il faut travailler sur les mécanismes qui amènent à la pauvreté.
Dominique Decoux. Avec un préambule : ce ne sont pas les CPAS qui vont lutter contre la pauvreté. Au conseil communal, Laurette Onkelinx m’avait demandé ce que nous faisions pour réduire la pauvreté. C’est un peu comme demander à un médecin pourquoi la maladie existe toujours. Si on veut lutter contre la pauvreté, il fait mettre en question durablement le développement économique à l’œuvre et mettre des garde-fous contre les dérives. La loi organique des CPAS, qui date de 1976, est d’une intelligence, d’une générosité extraordinaires. Je ne suis pas sûre qu’on réécrirait la même aujourd’hui. Mais on a de plus en plus de mal à remplir les missions qu’elle nous assigne. En 2003, quand je suis arrivée au CPAS de Schaerbeek, il y avait 2 500 revenus d’intégration dans la commune. On est aujourd’hui à 5 500. Il y avait 470 aides médicales urgentes. On est à 1 900 aujourd’hui. Il y a donc une augmentation massive en sept ans.
C’est lié à la crise ?
S. T. Oui. Mais pas seulement. Il y a une augmentation des demandes, particulièrement dans les CPAS des grandes villes. Et particulièrement à Bruxelles. Il faut savoir que 30 % des revenus d’intégration sont distribués à Bruxelles alors que Bruxelles ne compte que 10 % de la population belge. Cela montre que la solidarité fédérale est absolument nécessaire.
D.C. Schaerbeek est une commune avec des moyens financiers limités. La dotation communale est pourtant passée de 13 millions à 27 millions d’euros. C’est un effort considérable. Cela ne représente que 30 % de nos moyens. Mais on est à la corde. Il y a un fossé de plus en plus important entre ce qu’on veut faire, ce qu’on nous impose, et ce qu’on peut réellement faire. On rêve de donner une réponse adéquate aux besoins les plus criants dans les délais légaux, qui sont courts, on veut aussi assurer un véritable accompagnement social des gens et on veut aussi des assistants sociaux qui soient heureux de travailler au CPAS, qu’ils y trouvent du sens. Mais pratiquement, ces trois objectifs sont de plus en plus difficiles à atteindre. On est par ailleurs dans l’incapacité de faire encore de l’accompagnement social - on gère l’urgence. Les assistants sociaux sont mal comme tout. Il y a une véritable souffrance. Ils ne voient plus le sens de travailler comme assistant social. Ils sont noyés de demandes urgentes. Et à Bruxelles, ils sont moins bien payés qu’en Flandre et en Wallonie. Ils doivent pourtant être bilingues.
S. T. La solidarité en faveur des communes les plus pauvres doit davantage jouer. Dans une commune comme Schaerbeek, qui est l’une des cinq communes les plus pauvres de Bruxelles, le travail social est plus important qu’ailleurs. La part du fédéral dans le financement des RIS devrait être plus importante.
Vous voulez un financement plus différencié des CPAS en fonction des besoins ?
S. T. En tout cas, que la part fédérale dans le financement des CPAS soit augmentée. Plus le financement a lieu au plus haut niveau, plus la solidarité est importante.
D. C. L’Etat fédéral intervient dans le financement des revenus d’intégration à 50 %, 60 % ou 65 % selon le nombre de demandes. A Schaerbeek, il y a largement plus de 1 000 RIS octroyés. Donc c’est 65 %. Notre demande, c’est que cette part passe à 90 % de remboursement par l’Etat.
S. T. En plus, les CPAS doivent aujourd’hui s’occuper de besoins liés à des politiques fédérales. Je pense, par exemple, à la politique d’activation des chômeurs qui augmente les exclusions. Je pense aussi au manque de places d’accueil dans les structures en principe gérées par Fedasil.
D. C. On essaye, malgré les circonstances, de mener des politiques plus spécifiques. A Schaerbeek, on a, par exemple, développé un pôle "Energie". Nous avons deux ingénieurs techniciens qui se rendent au domicile des gens quand il y a une consommation anormale d’énergie. Ils donnent des conseils. Ou même font intervenir le CPAS pour de petits travaux d’isolation ou pour remplacer un appareil ménager. Il est plus intelligent de remplacer un frigo défaillant que d’aider financièrement les gens à payer une facture d’électricité anormalement élevée. On a aussi un pôle "Culture". Car il n’y a pas que l’emploi qui permet l’intégration. Il y a d’ailleurs des personnes qui n’auront jamais accès à l’emploi. Une Albanaise de 56 ans qui ne parle pas français et qui vient d’arriver en Belgique ne trouvera pas un emploi du jour au lendemain. Mais l’intégration passe par d’autres facteurs. La cellule "Culture" organise, par exemple, des cours de langue. Elle met aussi sur pied des modules de formation à la citoyenneté pour les primo-arrivants. A raison de 100 heures en trois mois, ces gens reçoivent des cours sur l’histoire de la Belgique, sur l’histoire sociale, l’immigration, etc.
Des cours obligatoires ?
D. C. On était prêt à la faire. Mais ce n’a pas été nécessaire. Les primo-arrivants y vont sans problème. Et ne ratent pas une séance. C’est une manière intelligente de donner du sens à un processus d’intégration. Mais il faut savoir que ces initiatives ne sont pas toujours bien vues. On me dit que cela demande des moyens qui pourraient être utilisés à l’urgence. Mais il est important de développer des projets d’insertion globaux.
S. T. Les CPAS ne doivent pas seulement être les sparadraps de la société. Ils doivent être intégrés dans une action continue. Aujourd’hui, le fédéral prend des mesures qui pèsent sur les CPAS sans les consulter ou tenir compte de leur avis. Il faut une meilleure articulation entre les niveaux de pouvoir. En partant du niveau local. La lutte contre la pauvreté doit être transversale. Toutes les politiques, de l’emploi, du logement, etc. doivent être pensées en fonction des effets qu’elles peuvent avoir sur la pauvreté. Prenez l’activation des chômeurs. On exclut des gens du chômage pour quelques semaines. Ils se retrouvent au CPAS. On ne sait absolument rien faire avec ces gens. Mais ce sont des dossiers en plus et les travailleurs sociaux ne peuvent plus se consacrer aux dossiers de long terme.
L’argent que vous réclamez doit venir du fédéral ?
S. T. Ou du régional, si la Région bruxelloise est refinancée. C’est au cœur du débat institutionnel actuel.
Mais le fédéral est lui-même exsangue…
S. T. Oui. Mais il y a un déséquilibre en défaveur de Bruxelles. Il y a un nœud à dénouer depuis le fédéral.
D. C. En tout cas, on ne peut pas demander à Molenbeek, Anderlecht, Schaerbeek, Saint-Josse et Forest d’assurer sur les finances communales l’accroissement massif des demandes à leur CPAS. Et ce n’est pas en régionalisant l’aide sociale qu’on en sortira mieux. Les finances de la Région bruxelloise ne sont pas plus florissantes.
Concrètement, quelles mesures précises avance Ecolo ?
S. T. Nous demandons d’abord d’augmenter la part du fédéral dans le payement des revenus d’intégration, puisqu’on voit que Bruxelles est proportionnellement plus touchée que d’autres régions. Nous souhaitons également que l’on voie comment les barèmes des travailleurs sociaux pourraient être relevés de façon à pouvoir les aligner sur ceux qui sont en vigueur en Flandre et en Wallonie. Et, de manière générale, nous voulons que l’on cesse de prendre le CPAS pour le pouvoir-poubelle.
Charles et Camilla fêtent Dickens
Ch. Picqué (PS): "Oui à...
Jean Dujardin chante son bonheur...
'Contador est innocent'