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BHV: Dehaene s'esquive
Martin Buxant
Mis en ligne le 21/04/2010
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- La déclaration de Dehaene
Jean-Luc Dehaene n’a décidément pas son pareil pour masquer son jeu et prendre de court ses partenaires. Alors qu’une réunion entre les présidents de parti de la majorité (MR, PS, CDH, CD&V et Open VLD) et d’Ecolo/Groen! était en cours autour du Premier ministre Yves Leterme et du négociateur royal Jean-Luc Dehaene, ce dernier a fait parvenir un communiqué, par voie d’e-mail, à la presse sur le coup de 21h08... Il dépose son tablier de chef négociateur. Et, à l’heure de boucler cette édition, les négociations communautaires se poursuivaient sous la houlette du Premier ministre Yves Leterme.
"Au cours des mois écoulés, j’ai examiné en toute discrétion les contours d’un possible compromis avec les présidents de parti de la majorité, écrit notamment Jean-Luc Dehaene dans son communiqué. (...) J’ai fait traduire les solutions proposées en propositions de loi (...). Ces propositions de loi constituent un tout qui tend vers un compromis équilibré entre des thèses souvent contradictoires. Elles sont destinées à servir de base à la négociation. Il n’y a, par conséquent, pas d’accord sur l’ensemble de ces propositions. Tel n’était du reste pas l’objectif poursuivi. Mais dans la mesure où il y a une volonté politique en ce sens, je pense que ces propositions pourraient constituer la base d’un accord".
Et de conclure: "Avec ces propositions, j’ai rempli la mission que le Roi m’a confiée. A la demande du Premier Ministre et des présidents de parti, j’ai accepté de prêter assistance lors des négociations".
Ce communiqué du négociateur communautaire - chargé en novembre dernier par le Roi Albert de trouver une issue à la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde - a été envoyé à la presse en même temps qu’il était distribué par Jean-Luc Dehaene aux présidents de parti... Et, même s’il fait offre de service pour la suite, voilà donc Dehaene qui tire sa révérence et laisse à Yves Leterme le soin de reprendre les commandes de la négociation communautaire.
Cette méthode, pour le moins originale de l’ex-bourgmestre de Vilvorde, est intervenue mardi soir après une journée où les tensions entre francophones et Flamands ont atteint un paroxysme. Ainsi les francophones, dans la foulée du président du FDF Olivier Maingain qui a effectué des déclarations hostiles aux propositions de Dehaene, ont expliqué mardi soir, lors d’une réunion, que ce que Dehaene mettait sur la table en terme de compensations à la scissison de BHV était bien trop faible... Tour à tour, les quatre présidents de partis francophones se sont relayés lors de cette réunion qui avait débuté mardi vers 16h30. Didier Reynders (MR), Elio Di Rupo (PS), Jean-Michel Javaux (Ecolo) et Joëlle Milquet (CDH) s’étaient concertés avant de faire face à Dehaene et Leterme. Un francophone: "On en a ras-le-bol de Jean-Luc Dehaene. Il nous mène en bateau, ce qu’il nous offre est ridicule, et ce cirque ne va plus durer longtemps"... Effectivement.
Jean-Luc Dehaene a donc choisi de transmettre le relais à son collègue de parti Leterme devant la détermination francophone. Yves Leterme reprend en main la négociation communautaire. Avec à la clé un ultimatum des libéraux flamands qui expire jeudi... "Bon, rappelle un responsable de l’Open VLD, nous ne quitterons pas les négociations jeudi soir si on est certain d’avoir un accord vendredi matin. Mais jeudi, cela reste l’échéance pour nous. Notre ultimatum reste tout à fait valable". Mais, ricane un négociateur francophone, "avec le départ de Dehaene, il n’ y a vraiment plus que les libéraux flamands pour penser qu’on aura bouclé un accord d’ici jeudi"... C’est que, jeudi au Parlement, Yves Leterme ne pourra que répéter qu’il existe un cadre pour poursuivre les négociations. Guère plus...
Le lundi soir, lors d’une réunion qui s’était terminée sur le coup des 1h30 du matin, les francophones s’étaient déjà répartis les rôles. A Didier Reynders, la périphérie bruxelloise et les communes à facilités. Le patron du MR a parlé longuement devant ses interlocuteurs rappelant, notamment, que les francophones ne demandaient rien et qu’ils pouvaient très bien vivre de la sorte. "Cette histoire est aussi la suite d’un vote flamand contre les francophones" à la Chambre", a ainsi rappelé Didier Reynders.
Yves Leterme a ensuite passé la parole à la présidente du CD&V Mariane Thyssen. Celle-ci a expliqué combien il était difficile pour elle d’accepter des compensations aux francophones pour la scission de BHV. "Mais c’est le mo ment de boucler un accord", a lancé la présidente du CD&V.
Le président du Parti socialiste, Elio Di Rupo, a évoqué le refinancement de la Région bruxelloise. "De manière concise, rapporte un témoin, mais percutante, Elio Di Rupo a expliqué que Bruxelles était exsangue et qu’il y allait de l’intérêt de chacun de trouver rapidement une solution pour refinancer Bruxelles". Jea-Michel Javaux, le coprésident d’Ecolo, est également intervenu: "Nous ne sommes pas dans la majorité, a-t-il fait remarquer. Vous avez besoin de nous si vous voulez ficeler une réforme de l’Etat qui nécessite les 2/3 au Parlement. Or nous tenons donc à ce qu’il y ait un équilibre global dans chacun des paquets de la réforme de l’Etat".
Alexander De Croo, le président des libéraux flamands, a estimé que la fenêtre d’opportunité pour un accord était présente: "c’est le moment", a-t-il soufflé avant que Dehaene entame un second tour de table.
Un négociateur: "Jean-Luc Dehaene était comme une locomitive: il n’écoute personne, il fonce, il fonce et il va se retrouver dans le mur".
Désormais, la "locomotive" Dehaene jouera le troisième wagon puisqu’il a choisi de se placer en support de ses collègues Leterme et Thyssen dans la négociation communautaire à venir. Et voilà donc que pointe le spectre des délégations XXL. "Ça ne fait pas un pli, note un négociateur, s’ils sont trois pour le CD&V, nous demanderons de venir à trois lors des négociations".
Ce mercredi matin, une réunion du FDF autour du président Olivier Maingain précédera un Bureau politique élargi du MR. Où les libéraux francophones se féliciteront probablement de la relégation en seconde ligne de Jean-Luc Dehaene.
Et vogue la galère.
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