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crise politique
Attention (Pas op) : ceci n’est pas une fiction
Martin Buxant
Mis en ligne le 23/04/2010
Jeudi 22 avril 2010. A marquer d’une croix dans vos agendas comme la journée où la politique belge a viré à l’hystérie complète. On a vu un parti de la majorité lâcher un gouvernement en rase campagne. On a vu un Premier ministre présenter sa démission à un Roi pour la cinquième fois en trois ans. On a vu une tentative de putch parlementaire des partis flamands. Et, cerise sur le gâteau, on a vu les extrémistes du Vlaams Belang prendre possession de l’hémicycle belge durant une dizaine de minutes.
Rétroactes. Il est 20 heures, mardi soir, à Ixelles, avenue Louise, dans un hôtel de maître appartenant au ministère de la Défense. De nombreuses photos du couple royal ornent les murs. La décoration y est classique et le service impeccable. C’est là, dans le plus grand secret, que les négociateurs se retrouvent depuis quelques jours depuis que Jean-Luc Dehaene a choisi d’abandonner le siège de Dexia comme lieu des pourparlers. Ils sont donc sept présidents de partis à transpirer autour du huitième. Depuis plusieurs heures, en effet, ils tentent de convaincre le libéral flamand Alexander De Croo de poursuivre les négociations sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde et de ravaler son ultimatum qui expire le lendemain midi.
Le PS Elio Di Rupo et la CDH Joëlle Milquet ont l’intime conviction que c’est à portée de main. Alexander De Croo n’a-t-il pas indiqué dans son agenda les heures des réunions de la semaine suivante pour négocier ? La séance est levée durant une heure. Alexander De Croo fait chauffer le Blackberry et téléphone tous azimuts à ses collègues de parti.
Reprise. La CD&V Marianne Thyssen rappelle qu’il faut un cadre pour les négociations, Alexander De Croo rétorque qu’il faut un véritable accord politique. "Ne sois pas naïf Alexander, lui lance alors un francophone, on ne peut pas avoir un accord politique aussi rapidement"... De Croo, pourtant, ne quitte pas la réunion. Il se met néanmoins à l’écart pendant que les autres présidents de parti planchent sur un texte que Leterme devrait lire lors de la séance plénière de la Chambre le jeudi.
Yves Leterme intervient : "Je sais que ça va être dur de convaincre ton Bureau de parti demain, Alexander".
- "A vrai dire, répond alors De Croo devant les autres présidents de parti, je ne peux pas dire que je suis moi-même convaincu"... La réunion se termine vers minuit, chacun regagne ses pénates.
Jeudi matin, le soleil se lève sur la rue de la Loi. Et les libéraux flamands tiennent un Bureau de parti endiablé. Quitteront, quitteront pas le gouvernement ? "Ça n’a pas été une décision facile à prendre, confie un participant à cette réunion. On avait des ministres qui faisaient leur job et à qui on demande de quitter leurs fonctions pour BHV". Mais le sort en est jeté, l’Open VLD n’a plus confiance en l’exécutif Leterme...
10h50, sur son compte Twitter, le bras droit de De Croo, le ministre fédéral Vincent Van Quickenborne, annonce : "Alea jacta est". Quelques minutes plus tard, l’Open VLD annonce officiellement qu’il se retire du gouvernement fédéral. Et Guy Vanhengel est chargé d’annoncer la décision de son parti au Premier Yves Leterme. Il l’appelle.
Yves Leterme réunit dare-dare son gouvernement au "16" rue de la Loi. Les ministres arrivent les uns après les autres devant une nuée de journalistes. Et quelques flamingants qui entonnent leur refrain habituel devant le bureau du Premier : "Belgïe barst!". Au premier étage du "16", Leterme entame : "J’ai reçu un appel téléphonique de Guy ce matin. Voilà, son parti retire la confiance au gouvernement. Je le regrette d’autant plus que nous avions avancé sur de nombreux dossiers". Guy Vanhengel expose ensuite la décision de son parti, les vice-Premiers prennent chacun la parole pour regretter et condamner la décision du VLD. A la sortie du Conseil des ministres, Didier Reynders vocifère : "Je condamne cette attitude de l’Open VLD. Visiblement les gens ont changé à la tête de ce parti et n’ont plus du tout le même sens des responsabilités"... Yves Leterme est déjà sur la route du Palais pour remettre au Roi la démission de son gouvernement.
A quelques dizaines de mètres de là, au Parlement, un nouveau psychodrame politico-politique se noue. Et les journalistes étrangers qui avaient afflué au Parlement dans l’espoir d’assister au vote sur l’interdiction de la burqa vont en avoir pour leur argent...
Place à la conférence des présidents, l’organe qui réunit les chefs de file de tous les partis présents au Parlement. Les partis flamands veulent voter la scission de l’arrondissement de BHV et faire inscrire ce point à l’ordre du jour de la séance de l’après-midi, les francophones s’y opposent. Bloc contre bloc.
Patrick Dewael préside cette réunion où une quinzaine de personnes sont présentes. Rapidement, un huissier fait passer une petite carte : "Monsieur, le chef de cabinet du Roi désire vous parler", y est-il inscrit. Le président de la Chambre est appelé au Palais, le Roi désire le consulter. Il quitte rapidement la réunion. Et se rend à Laeken où il retrouve un Souverain inquiet de la situation politique. Dans les couloirs du Parlement, les partis flamands font monter la pression. Y compris le CD&V et l’Open VLD. "Je sais que ce n’est pas la pratique habituelle de réunir le Parlement quand le gouvernement est démissionnaire mais rien ne l’interdit", note Servais Verherstraeten le chef de groupe du CD&V. Hilde Vautmans (VLD) embraye : "Tous les partis flamands veulent voter, absolument tous. Est-ce qu’on peut à ce point faire fi de la majorité dans ce pays ?", s’énerve-t-elle.
Il est 16 heures, Dewael est (toujours) au Palais. Et papa De Croo arpente les couloirs de la Chambre. Et il répète : "Quelle affaire, quelle affaire..."
- "Alors, vous êtes satisfait du fiston?", lui demande le sénateur Ecolo Marcel Cheron.
- "Je suis son père mais je ne suis pas son tuteur. Mais il a eu raison, à un certain moment, on doit rétablir une certaine crédibilité", place Herman De Croo.
Et voilà le coup d’éclat. 16h30. Dans un hémicycle désert, les députés et les sénateurs du Vlaams Belang se sont réunis discrètement. Soudain, ils entonnent tous en en chœur le "Vlaamse Leeuw", l’hymne flamand. Surréaliste : des sympathisants du Belang sont dans les tribunes et déploient une banderole aux couleurs de la formation extrémiste flamande : "Tijd voor onafhankelijkheid" ("Le temps de l’Indépendance est venu"). Quelques parlementaires atterrés battent le rappel - la CDH Catherine Fonck notamment - et demandent aux huissiers et à la sécurité de faire cesser cet outrage. Mais la séquence nationaliste flamande durera tout de même une dizaine de minutes...
En coulisses, les partis francophones ont battu le rappel et organisé la riposte. Les textes leur permettant de déclencher la procédure de la sonnette d’alarme au cas où une séance plénière serait quand même autorisée ont été signés.
Patrick Dewael revient de Laeken, rapidement, il prend la décision de suspendre toute réunion de la Chambre jusqu’à lundi. Un sursis, donc. Au grand bonheur des francophones. Christian Brotcorne (CDH) : "C’est le triomphe du droit". Thierry Giet (PS) : "On est passé près de la catastrophe". Daniel Bacquelaine (MR) : "La raison l’a finalement emporté". Les Flamands, eux, éructent leur mécontentement. A l’image d’un Jean-Marie Dedecker qui plante son imposante carcasse au milieu de l’étroit couloir du Parlement. Il crie : "Ce n’est pas ça la démocratie. Ce n’est pas au Roi de décider si le Parlement se réunit ou pas, ce n’est pas LouisXIV !" Le N-VA Jan Jambon lui emboîte le pas : "Ces libéraux flamands qui font tomber un gouvernement et deux heures plus tard effectuent une courbe rentrante. Ridicule !".
A Laeken, le Roi tient la démission du gouvernement Leterme en suspens. Et a entamé un round de consultations : Armand De Decker, Didier Reynders et Marianne Thyssen ont suivi Yves Leterme et Patrick Dewael. Ce vendredi matin, c’est, notamment, au tour de Joëlle Milquet et d’Elio Di Rupo. Nouvelle date butoir : lundi lors d’une réunion à la Chambre où francophones et Flamands vont s’étriper sur la mise à l’ordre du jour de la proposition de loi BHV.
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