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Eglise
Un problème de solitude et de statut
Jean-Claude Matgen
Mis en ligne le 24/04/2010
Armand Lequeux est professeur de sexologie médicale à l’Université catholique de Louvain.
Monsieur le professeur, que vous inspire la nouvelle de la démission de Mgr Van Gheluwe ?
Elle nous renvoie toutes et tous à la question de notre fragilité. En quelque sorte, on peut dire que le Dr Jekyll habite chez Mister Hyde et que personne n’est absolument et naturellement à l’abri de dérapages.
La pulsion sexuelle est forte et dangereuse et pour vivre une sexualité normale et épanouie, on a en général besoin d’un filet social, d’un soutien commun, qu’apportent le mariage et plus généralement la vie en société.
Le fait que les problèmes de pédophilie semblent se poser avec une certaine acuité chez les prêtres de l’Eglise catholique a-t-il une signification particulière ?
La question appelle une réponse nuancée. Au vrai, le passage à l’acte peut avoir un lien avec la solitude de celui qui le commet. Dans les communautés religieuses par exemple, sauf peut-être dans les couvents où l’on passe son temps à se détester les uns les autres, la fraternité ou la sororité qui règnent entre les membres les protègent sans doute contre eux-mêmes.
Les prêtres, eux, surtout ceux des anciennes générations, sont confrontés à une solitude qui n’est pas bonne. Et lorsqu’ils se trouvent tiraillés par leurs pulsions, cette solitude les empêche souvent de se confier à quelqu’un.
Leur statut joue-t-il également un rôle ?
Il y a quelque chose de cet ordre-là. On leur a répété à l’envi qu’ils allaient être ou qu’ils étaient un "ministre de Dieu", donc un peu plus qu’un être ordinaire, que leur fonction de prêtre les plaçait au-dessus de l’humanité classique, leur donnait d’une certaine manière une qualité de surhomme. C’est une posture dangereuse. Quelqu’un qui se croit au-dessus du lot, qui cultive son sur-moi est susceptible de "déraper".
N’est-on pas également quelque peu dans le registre de l’emprise ?
Certainement. J’oserais dire que certaines "professions" comportent davantage de risques que d’autres car elles exposent ceux qui les pratiquent à la fréquentation de personnes fragiles et dépendantes mais aussi parce qu’elles leur donnent un pouvoir, une autorité sur elles. Ce qui peut encourager le passage à l’acte mais qui donne encore les moyens d’exiger et d’obtenir que le secret soit gardé sur des pratiques perverses.
Dans ce même ordre d’idées, on pourrait évoquer le fait que certains médecins, oublieux du serment d’Hippocrate et des cours de déontologie reçus à la faculté, profitent de leur position et de leur autorité pour séduire une ou des patientes.
Cette position de pouvoir peut en tout état de cause encourager certains à devenir des prédateurs.
Faut-il revoir la règle du célibat des prêtres ? Cela aiderait-il à faire régresser les pratiques pédophiles ?
Les actes pédophiles existent aussi dans la "société civile" et le célibat électif, librement choisi n’est pas, à ce que je sache, une tare ou un danger.
Mais je constate que d’autres religions n’y ont pas recours et que les scandales semblent moins nombreux en leur sein.
Si les prêtres pouvaient choisir leur voie en connaissance de cause au lieu d’être tenus, a priori, d’accepter le célibat, on éviterait sans doute bien des dangers qui, je le répète, me semblent plutôt relever de l’absence de vie sociale, de la solitude pesante qui est le lot de nombreux hommes d’église que de leur qualité de célibataires.
J’insiste sur mes propos de début d’interview : pour vivre épanouis sur le plan sexuel, nous avons besoin d’un soutien commun.
De ce point de vue, le fait que les séminaristes de la jeune génération aient une vie sociale beaucoup plus riche, comme je peux le constater quotidiennement à Louvain-la-Neuve en les voyant sortir, aller au cinéma, parfois même guindailler, est assez rassurant. Ils sont nettement moins surprotégés, maintenus dans une bulle que leurs aînés.
C’est une bonne chose car rien n’est pire que les Tartuffe qui ne supportent pas de voir le bout d’un décolleté et n’ont de cesse de faire, par ailleurs, des propositions malhonnêtes aux jeunes filles.
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