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Syndicat | Premier mai
Thierry Bodson: "Il faut un Groupe des 10 wallon"
Vincent Rocour
Mis en ligne le 29/04/2010
Thierry Bodson n’est pas du genre à chercher à tout prix la formule choc. Ni esbroufe ni grands coups de gueule. Le secrétaire général de la FGTB wallonne reste pourtant bien calé dans le sillon tracé par ses prédécesseurs. A la veille du 1 er mai, il donne le ton des discours que tiendront les leaders du syndicat socialiste. Des discours marqués par la crise politique.
Le gouvernement fédéral est démissionnaire. BHV valait une crise pour vous ?
Non. Les enjeux socio-économiques sont certainement plus importants. Et l’on peut craindre que la formation du prochain gouvernement prenne beaucoup de temps. C’est une catastrophe alors que la présidence européenne se profile.
Les Régions continuent à fonctionner…
Heureusement. Car elles disposent des principaux leviers des politiques économiques : redéploiement économique, formation professionnelle, recherche, etc. Mais il manque un lieu où les interlocuteurs sociaux wallons peuvent se voir de façon proactive. Ce qu’il faut, c’est mettre sur pied un "groupe des 10" wallon.
Mais il y a le Conseil économique et social de la Région wallonne où l’on retrouve patrons et syndicats ?
Le Conseil économique et social de la Région wallonne réalise des études et rédige des avis. Mais ce n’est pas un lieu où les interlocuteurs sociaux peuvent dessiner de grandes orientations économiques, où l’on fait des propositions de matière proactive.
Des exemples concrets ?
Patrons et syndicats pourraient par exemple demander de regrouper la recherche appliquée et la recherche fondamentale à la Région wallonne. Ils pourraient aussi faire pression sur le gouvernement wallon pour que les moyens octroyés au plan Marshall 2.vert soient doublés. Tout le monde convient à présent qu’il faut consacrer 100 à 150 millions supplémentaires au plan Marshall.
Où trouver cet argent ?
Les hypothèses retenues pour rédiger le budget 2010 de la Région wallonne avaient été trop pessimistes. Il y aura une petite marge.
Ne faudrait-il pas utiliser cette marge pour réduire l’endettement public de la Wallonie ?
Plutôt que gagner quelques mois dans le retour à l’équilibre budgétaire, il me semble plus intelligent de consacrer ces moyens à la formation des travailleurs mis au chômage économique.
La ministre fédérale de l’Emploi Joëlle Milquet est parvenue à un accord pour une réforme de l’activation des chômeurs. Cela vous satisfait ?
Aujourd’hui, deux tiers des chômeurs exclus sur la base du dispositif d’activation sont des Wallons. C’est un drame social. La FGTB wallonne a été en pointe dans la mobilisation contre ce dispositif. L’accord intervenu au fédéral nous amène à la moitié du chemin. Nous sommes satisfaits parce que cet accord rend aux organismes régionaux de l’Emploi, dont le Forem wallon, le rôle d’accompagnement qui lui avait été attribué. Mais nous ne comprenons pas pourquoi l’Onem continuera à exercer son contrôle durant tout l’accompagnement du chômeur. Pour nous, l’Onem ne devrait plus intervenir que quand le Forem estime que le chômeur ne respecte pas son contrat. C’est pour cela que l’on va continuer notre mobilisation.
Pourquoi vouloir assouplir le dispositif d’activation ? Il y a 15000 emplois qui ne trouvent pas un acquéreur en Wallonie…
Vous savez ce que c’est, une fonction critique ? C’est un emploi qui est toujours vacant après 4 semaines. Mais on constate qu’entre 4 et 8 semaines, la moitié des fonctions critiques ont disparu. Il n’y a donc que 7000 emplois toujours vacants après 8 semaines. Par rapport à 300 000 chômeurs, c’est quand même peu. Et on stigmatise les chômeurs avec cela.
La FGTB wallonne ne va-t-elle pas être tentée de profiter de la crise communautaire pour relancer des revendications institutionnelles ?
Les transferts de compétence que la FGTB wallonne prône, c’est davantage de la Communauté française vers la Région wallonne. Lors du Congrès que nous tenons les 11 et du 12 mai prochain, nous allons d’ailleurs poser clairement la question de savoir quel est encore l’intérêt d’avoir une Communauté française. Nous nous étions déjà prononcés pour une régionalisation de l’enseignement. Nous allons aussi en principe nous prononcer pour une régionalisation de la culture et des médias.
Pour vous, la Belgique a-t-elle encore une plus-value ?
Oui. La solidarité interpersonnelle a un sens. Lors de notre congrès, nous allons dire que la sécurité sociale doit être renforcée. Et maintenue à un niveau fédéral. Par contre, nous voudrions que les moyens qui sont utilisés pour réduire les cotisations sociales soient réorientés vers les politiques économiques régionales. Si on rouvre un haut-fourneau à Liège, ce n’est pas parce qu’il y a eu des réductions de cotisations sociales. C’est parce qu’il y a un besoin économique.
C’est donc transférer des moyens du fédéral vers les Régions ?
Vers les politiques économiques des Régions, oui. On manque de moyens pour le développement économique. Or, des moyens, il est possible d’en trouver au fédéral. Je songe aux intérêts notionnels. Cela coûte 4 milliards à l’Etat. Sans que cela rapporte grand-chose sur le plan de l’emploi ou des investissements. Prenez Fortum, le plus grand producteur d’électricité en Finlande. Le groupe a installé une filiale en Belgique vers laquelle il oriente une bonne part de ses bénéfices. Au hit-parade des intérêts notionnels, il est en 5e position, avec 350 millions d’euros. Faut-il le dire : 350 millions d’euro, c’est une fois et demi le financement du plan Marshall. Pourtant, Fortum n’a créé en Belgique qu’un emploi à quatre cinquième temps.
Votre congrès abordera-t-il des matières régionales ?
Il y a un point qu’on voudrait mettre en évidence : le code wallon de l’aménagement du territoire. Je ne vais pas me prononcer sur la manière dont Philippe Henry exerce sa compétence. Mais il y a des choses qui ne vont pas. Le code wallon est impraticable. Les recours sont trop nombreux. Il n’y a même pas de délais à respecter. Il faudrait me présenter l’investisseur qui serait heureux d’entendre qu’il aura une réponse à sa demande dans dix ans.
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