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crise politique
Citoyens, rendez-vous dans l’isoloir
Martin Buxant et Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 29/04/2010
Demandez le programme ! Après une journée riche en secousses politiques - qui a notamment vu le Premier ministre Leterme jeter l’éponge et annoncer qu’il ne serait pas la figure de proue de son parti lors des prochaines élections -, voici, mesdames et messieurs, un jeudi qui s’annonce (une fois encore) saignant rue de la Loi
Rendez-vous est pris ce jeudi matin, au "16", pour un Conseil des ministres - une sorte de dernière séance. Voire d’avant-dernière. Chacun va y faire entendre sa voix, notamment dans la perspective des élections législatives anticipées qui apparaissent désormais inéluctables à tous. "Il me paraît, aujourd’hui, difficilement concevable que ce scrutin puisse se tenir avant le 13 juin, avertit le vice-Premier ministre MR Didier Reynders. Il faut en tout cas s’assurer que les Belges de l’étranger puissent voter de manière régulière et normale." Quelques points sont à l’agenda : une dernière salve de textes devrait être abordée (budgétaire, aide à la Grèce ) Et puis la ministre de l’Intérieur (Turtelboom) se fendra d’un exposé sur la possibilité d’organiser des élections anticipées. "Je n’aimerais pas être à sa place", grince un de ses collègues. La liste des articles de la Constitution à réviser sera abordée, mais ne devrait être fixée que lors d’un prochain Conseil des ministres, la semaine prochaine. Et puis, reprend Didier Reynders, "il s’agit de voir posément, calmement, sans l’excitation de ces derniers jours, ce qu’on peut faire avec un gouvernement en affaires courantes".
A la fin de la semaine prochaine, seulement, les Chambres devraient être dissoutes. Car élections, il y aura. Une ultime tentative de sauver le gouvernement a eu lieu mardi soir : quelques présidents de parti de la majorité pour tenter d’y voir clair. En vain. Marianne Thyssen et Yves Leterme étaient restés muets comme des carpes
Mais revenons à Yves Leterme. Il est 10h50, mercredi, et la journée commence sur des chapeaux de roue.
Un SMS de Jérôme Hardy, le porte-parole d’Yves Leterme, éclaire les écrans tactiles des portables : "CP du PM à 11 h 30 à la salle internationale de la Chambre." C’est quoi encore, cette invention ? Motus, le porte-parole joue les porte silence
Un membre du CD&V qui assiste mardi au bureau du parti nous prévient : "YL se retire !"
A chaque jour, sa surprise. C’est la grande foule à la Chambre. Micros et caméras de l’Europe entière sont là. Brad Pitt et Angelina Jolie ne feraient pas mieux. Voilà les stars du jour. Un peu tendus, tous les deux. Yves Leterme et Marianne Thyssen se fraient un chemin parmi la nuée de journalistes. Ils prennent la pose. Sourire crispé. Yves Leterme passe le bras autour de l’épaule de Marianne Thyssen. Les photographes n’en demandaient pas tant. Yves Leterme se racle la gorge, passe la main sur visage en frôlant le nez. Signe d’une certaine nervosité.
En flamand d’abord, en français ensuite, il dresse le bilan de son action politique des dix dernières années : il a tiré son parti de l’opposition, remporté plusieurs victoires électorales, dirigé l’exécutif flamand puis le gouvernement fédéral et replacé, dit-il, la démocratie chrétienne au centre de l’échiquier politique. Il insiste : "Nous avons réalisé de bonnes réformes ces trois dernières années." Il insiste : "BHV n’est pas tout", même s’il accepte de "prendre sur lui" l’échec des discussions des dernières semaines, voire des dernières années sur le sujet. De tous ceux qui ont pris leurs responsabilités dans le cadre des discussions sur BHV, les Dehaene, Van Rompuy, Vandeurzen ou Peeters, il est le seul qui participera aux prochaines élections. Et, sans fuir ses responsabilités, il annonce qu’il ne sera pas la figure de proue de son parti aux prochaines élections. Il a demandé à Marianne Thyssen d’être celle-là.
D’une voix encore timide, Marianne Thyssen rend hommage à Yves Leterme, "l’architecte du parti". Elle y voit un geste de grande classe, assurant qu’il jouera encore un rôle important dans la campagne, après les élections comme au sein du parti. Elle lui a demandé d’être tête de liste de la "West Vlaanderen".
Puis, très "émotionnée", elle déclare en français : "Nous ne sommes pas pour la fin de la Belgique. Mais il faut une grande réforme de l’Etat. Nous ne sommes pas pour le chaos mais pour la responsabilité. Nous ne sommes pas pour l’extrémisme, mais pour la raison et la sérénité."
Voilà. Les deux CD&V n’ont pas prévu de répondre aux questions. Il s’agissait d’une simple déclaration. Mais, très vite, ils sont encerclés. Marianne Thyssen semble détester cette (op)pression médiatique. Yves Leterme parvient à s’extraire tandis que Marianne Thyssen, en qui les journalistes voient déjà une future Première ministre, reste toujours coincée. La voilà qui se dégage, soulagée, et qui rejoint son collègue.
La déclaration surprend les ministres du gouvernement. "Lancer sa campagne électorale alors qu’on ne sait toujours pas quand auront lieu des élections, voilà qui est quand même particulier", glisse un membre du cabinet Leterme. Oui, décidément, on aura tout vu.
Au Parlement, toujours, une conférence des présidents est réunie autour de Patrick Dewael. Va-t-on oui ou non voter la mise à l’ordre du jour de la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde ? Francophones et Flamands s’affrontent : une dernière réunion est d’ailleurs prévue jeudi midi juste avant la tenue de la plénière. "On doit quand même montrer que ce Parlement travaille !", martèle le président de la Chambre Patrick Dewael, qui plaide pour la tenue d’une séance. Et puis, il y a (aussi) cette bisbille intrafrancophone qui fait sourire les partis flamands : les quatre partis francophones ne sont pas d’accord sur le moment le plus adéquat auquel la sonnette d’alarme doit être tirée. PS, CDH et Ecolo estiment qu’à titre défensif celle-ci doit être tirée préventivement avant la séance plénière - de manière à éviter le cirque flamando-flamand de jeudi après-midi (lire page 6).
Un responsable flamand : "C’est ridicule d’essayer d’empêcher la tenue de la plénière, il faut un exutoire, une canalisation pour toutes les frustrations ; si la plénière est interdite, elle se tiendrait sous une autre forme ailleurs mais de manière encore plus agitée."
Allez, ne manquez pas cet épisode qui s’annonce (encore) haut en couleurs. Rendez-vous à 14h15
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