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Prisons

Un service minimum original

J.-C.M.

Mis en ligne le 28/05/2010

C’est la proposition d’un criminologue de l’ULg. Son idée d’OSSG tombe à la veille d’une grève des gardiens à laquelle la CSC ne s’associe pas.

Jeudi soir, à 22 heures, de nombreuses prisons du royaume ont vu leur personnel partir en grève. Il devrait le rester jusqu’à samedi 6 heures. Des interruptions de travail ponctuelles ont précédé cette grève nationale dans divers établissements pénitentiaires.

Ces actions soulèvent l’ire de plusieurs syndicats policiers et de certains bourgmestres. C’est à la police qu’il revient d’assurer la sécurité des établissements en cas de grève des gardiens. Pour le SLFP Police, la situation est intenable. Et d’annoncer d’éventuelles actions.

Le problème des conséquences d’une grève de surveillants n’est pas neuf. Tout récemment, Michaël Dantinne, criminologue à l’ULg, s’est intéressé à cette thématique. Lui et son équipe se sont interrogé sur l’opportunité d’introduire une forme de service minimum obligatoire en cas de débrayage.

Ils ont, au début de cette année, organisé deux tables rondes réunissant des agents pénitentiaires, des syndicats, des membres des commissions de surveillance, des communes et des polices locales mais aussi des aumôniers et des conseillers.

Les conclusions auxquelles Michaël Dantinne est arrivé auraient dû être présentées à des parlementaires fédéraux lors d’un colloque fin avril. L’actualité politique en a décidé autrement.

Quelles sont-elles? Selon M. Dantinne, la grève et sa menace sont devenues des sujets à ce point omniprésents dans le débat qu’elles vont jusqu’à faire partie des questions posées lors du processus de sélection des directeurs de prison.

La prison, observe-t-il, est un lieu de totale dépendance des détenus vis-à-vis des agents. Lorsque ces derniers partent en grève, les conséquences sont redoutables : plus de visites, de préau, de téléphone, de parloirs avec les avocats. Les activités du quotidien sont chamboulées et les droits des détenus mis en péril.

On l’a écrit, la grève entraîne la mobilisation de la police, qui n’y retrouve pas son compte. Il arrive également que certains de ses membres se laissent aller à des comportements illégaux à l’égard des détenus, et c’est inadmissible. Par ailleurs, dit l’étude, les intervenants sociaux extérieurs voient leur activité suspendue. Avec certaines conséquences à plus ou moins court terme.

Michaël Dantinne observe que la question d’un service minimum en prison est taboue. La peur de la contagion habite les syndicats, lesquels craignent qu’une fois organisé dans le secteur pénitentiaire, il soit imposé dans d’autres types de services. Ce raisonnement, relève M. Dantinne, "néglige les particularismes du secteur pénitentiaire, qui justifierait un système exceptionnel".

C’est pourquoi il plaide pour l’instauration d’un OSSG (Organisation spéciale en situation de grève).

Vingt pour cent du cadre des agents continueraient à travailler et encadreraient ceux qui seraient appelés à assurer la fourniture des services essentiels en prison.

La police s’occuperait de la sécurité extérieure, ce qui pourrait se faire avec des effectifs réduits. Des militaires ou des policiers spécialement formés viendraient, en nombre réduit, aider à assurer le fonctionnement des prisons.

Les syndicats seraient associés à la mise en place de ce dispositif, qui collerait, en outre, aux particularismes de chaque établissement.

L’OSSG pourrait s’accompagner de contreparties (revalorisation de la fonction d’agent, redéfinition de la formation initiale, adoption d’une vraie formation continuée, etc.).

Selon M. Dantinne, un tel système permettrait, en réglant le lancinant problème de la grève, de s’attaquer aux vrais débats liés à la prison et de prendre des décisions de fond qui s’imposent depuis longtemps.

Savoir Plus

Peu de perturbations dans les prisons francophones malgré le mouvement de grève

La majorité des prisons francophones fonctionnent normalement ou en service réduit malgré le mouvement de grève national entamé jeudi à 22h, ont indiqué vendredi matin les syndicats CGSP et CSC à l'agence Belga. Les mouvements n'ont commencé qu'à 6h dans beaucoup de prisons, précise Michel Jacobs (CGSP). Seule la prison de Jamioulx semble connaître une situation plus compliquée, selon Serge De Prez (CSC). Environ 50% des gardiens seraient en grève sur l'ensemble de la Wallonie. La police a dû rentrer dans la prison de Jamioulx après le changement de service de 6h. Selon les premiers échos obtenus par les syndicalistes, Jamioulx est la seule prison francophone où une intervention de la police a été nécessaire.

Aucune difficulté n'est à signaler dans les prisons de Tournai et Namur, indique la CSC. A Tournai comme à Verviers, seuls les délégués syndicaux sont en grève, précise la CGSP. Les prisons de Forest, Saint-Gilles, Lantin et Arlon fonctionnent en service réduit ou "dimanche". Dix grévistes sont signalés à Andenne et six à Nivelles, précise encore la CGSP. Le mouvement est mieux suivi en Flandre, où 80% des gardiens auraient débrayé, selon le syndicat flamand ACOD.

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