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Société | Violence conjugale

La violence conjugale commence par des mots...

Annick Hovine

Mis en ligne le 16/06/2010

Un partenaire sur dix affirme avoir été victime de violence psychologique au sein de son couple. Les femmes se confient davantage que les hommes.

u n’es bon qu’à te vautrer devant la télé”. Du mépris. “Espèce de conne !” Une injure. “Continue comme ça et tu ne verras plus les enfants”. Une intimidation. Une gifle. Des menaces. Un coup de fourchette. Une serrure changée. Des rapports sexuels forcés. La liste des violences entre partenaires, qu’elles soient verbales, psychologiques, physiques ou sexuelles, est malheureusement infinie. Mais les violences conjugales se vivent très différemment si on est le conjoint ou la conjointe du couple (ou de l’ex-couple), ressort-il des résultats d’une enquête menée au printemps 2009 auprès de 2000 Belges âgés de 18 à 75 ans par l’Université de Liège et l’Université de Gand à la demande de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Ainsi, si 12,5 % de répondants affirment avoir subi au moins un acte de violence de la part de leur (ancien) partenaire au cours des 12 derniers mois, ce taux s’élève à 14,9 % pour les femmes et à 10,5 % pour les hommes. Autrement dit, si les violences conjugales ont globalement touché 1 partenaire sur 8 pendant l’année écoulée, la ventilation selon le genre montre que les femmes (plus d’une sur 7) en sont davantage victimes que les hommes (un sur 10).

Au cours des 12 derniers mois

FemmesHommesTotal
Pas de violence85,3 %89,5 %87,5 %
Viol. verbale ou psychologique11,9 %9,7 %10,7 %
Viol. physique1,9 %0,8 %1,3 %
Viol. sexuelle0,9 %O, 0 %0,4 %

S’agissant de violence physique, 1,3 % des personnes interrogées affirment l’avoir vécue au sein de leur couple au cours des 12 derniers mois, soit 15 femmes (1,9 %) et 7 hommes (0,8 %). Quand il y a violence physique, les conséquences sur la santé sont nettement plus lourdes pour les femmes : 15,7 % d’entre elles déclarent avoir été blessées, alors que ce n’est le cas que pour 1,1 % d’hommes. Les femmes attribuent aussi davantage de conséquences psychologiques aux violences subies. Suite à des coups, à un enfermement ou à une tentative d’étranglement, 40 % des victimes se sentent moins confiantes, 25 % se disent honteuses et 24 % ressentent plus d’agressivité alors que ces pourcentages sont respectivement de 16 %, 7 % et 9 % pour les hommes.

Mais au-delà de cette forme de violence, qui correspond à la notion de “femme battue”, la violence psychologique peut avoir des conséquences tout aussi importantes. Or l’analyse des résultats montre qu’au sein des relations de couple, ce sont ces violences psychologiques et verbales qui sont prépondérantes : environ 11 % des répondants déclarent en avoir été victimes. Que ce soient des critiques répétées, du mépris, la limitation des contacts (avec la famille, les amis…), le refus de parler ou de discuter, les intimidations ou les menaces en rapport avec les enfants...

Dans l’enquête, 7 femmes (et aucun homme) ont déclaré avoir été victimes d’attouchements, de pratiques ou gestes sexuels dégradants ou humiliants ou de rapports forcés. Même si ce type de violence est plus rare, le score de conséquences des violences sexuelles est très largement supérieur à celui des deux autres types de violences.

Indication, éloquente, de la sous-estimation de la violence domestique dans les statistiques officielles   seules 3,3 % des victimes qui ont répondu à l’enquête ont fait une déclaration à la police. L’étude le montre aussi indirectement : à peine la moitié des victimes de violences entre partenaires se confient à des tiers au moment des faits.

On observe que les femmes victimes (64,8 %) s’en ouvrent nettement plus que les hommes (39,2 %). Si 23,6 %  des femmes se confient à un médecin ou à un psychologue, seuls 6,8 % des hommes battus recourent à la sphère psycho-médico-sociale.

Ce sont les violences au sein du couple (par rapport à celles entre ex-conjoints) qui sont le plus tues, que le couple soit marié ou non.

Petit signe encourageant  : les plus jeunes (18-24 ans) se démarquent des autres catégories d’âge puisque 83 % d’entre eux mettent un proche dans la confidence alors que la moyenne, tous âges confondus, s’établit autour de 57 % .

Annick Hovine

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