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interview

Maingain: "Gérard Deprez est en train d’affaiblir le MR de l’intérieur"

Vincent Rocour

Mis en ligne le 08/07/2010

Le président du FDF accuse son homologue du MCC de mener la fronde et de vouloir dilapider “l’héritage de Jean Gol”.

Le président du FDF, Olivier Maingain, n’a pas apprécié le résultat du vote intervenu au sein du groupe MR à la Communauté française. La candidature de Caroline Persoons comme sénatrice de communauté n’a pas été retenue alors qu’elle avait été présentée par le président du MR lui-même et qu’il est de tradition qu’un mandataire FDF se retrouve au Sénat. Olivier Maingain cible Gérard Deprez, patron du MCC.

Que pensez-vous du vote au sein du groupe MR de la Communauté française ?

C’est un manquement le plus élémentaire aux règles internes du MR. Des règles qui ont toujours été respectées par les présidents successifs. Didier Reynders n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler ces engagements. A l’évidence, et on en a eu la preuve, le club "Renaissance" a décidé de mener une opération de déstabilisation, sous la conduite très directe de Gérard Deprez.

Mais Gérard Deprez ne siège pas au Parlement de la Communauté française.

Je ne vais pas rentrer dans le détail. Mais j’en ai des preuves multiples. C’est lui qu’il tire les ficelles de ce club "Renaissance".

Certains voient plutôt les Michel en être les animateurs…

Je ne dis pas que Charles Michel ne joue pas un rôle. Mais incontestablement, et cela fait longtemps que j’analyse son jeu interne, Gérard Deprez est devenu le penseur, le stratège de ce groupe. Il a décidé, parce qu’il ne partage pas les convictions du FDF sur le plan institutionnel comme sur d’autres thèmes, de mettre à mal l’héritage de Jean Gol. Jean Gol a voulu le rapprochement entre les libéraux et le FDF. Gérard Deprez travaille à tenter d’affaiblir ce rapprochement historique. Cette manœuvre est directement orientée contre nous. Mais il ne divise pas le FDF. Il divise les libéraux. Très heureusement, il y a encore beaucoup de libéraux qui restent attachés à ce que voulait Jean Gol.

Pour vous, c’est donc le FDF qui a été visé ? Pas Didier Reynders ?

C’est très clairement dirigé contre le FDF et ce que nous représentons.

Alain Destexhe n’est pas particulièrement connu pour ses sympathies à l’égard du FDF. Il n’a pourtant pas non plus été désigné sénateur de communauté…

Non. Mais Alain Destexhe appartient à la tendance qui a manifesté le respect des accords entre FDF et libéraux. Il est passé à la trappe. Gérard Deprez en a décidé.

Ce qui s’est passé pourrait remettre en cause la présence du MCC au sein du MR ?

Cela va poser le débat du rôle du MCC. Parce que moi, je n’ai pas encore bien saisi la signification électorale du MCC. Il est difficile de nier notre apport. Même en Wallonie. Tandis que le MCC, c’est la sangsue au sein du MR. Je ne vais pas accepter que ce qui a été si correctement construit par le FDF et les libéraux soit détruit par la plus faible et la moins représentative des composantes du MR. Pendant longtemps, Gérard Deprez n’a pas eu les coudées franches. Mais aujourd’hui, ayant trouvé quelques appuis auprès de libéraux qu’il a pu aveugler comme un dresseur de serpents, il est en train d’affaiblir le MR de l’intérieur. Un peu comme il a fait au PSC à l’époque. Il est en train de reproduire le même comportement aujourd’hui. Il est temps de mettre le holà à cela.

Pour les sénateurs de communauté, Didier Reynders, proposait deux Bruxellois et un Wallon. C’était disproportionné, non ?

En tout, le MR aurait eu au Sénat cinq Wallons et trois Bruxellois, dont un FDF. On ne pouvait pas trouver meilleur équilibre. Je ne comprends d’ailleurs pas Françoise Bertieaux, comme libérale bruxelloise. Elle a été l’instrument d’un mauvais coup.

Françoise Bertieaux ne doit plus diriger le groupe MR à la Communauté française ?

Je ne tire aucune conclusion sur les personnes. Je dis simplement qu’il n’est pas aisé de travailler en confiance avec des gens qui ne sont pas respectueux des accords.

Y a-t-il encore un pilote au MR ?

Quand Didier Reynders met en avant ses prérogatives de président, on le juge trop autoritaire. Quand il ouvre le débat, on découvre que d’autres travaillent en coulisses à faire des mauvais coups. Il y a un manque de cohérence chez ceux qui critiquent la position présidentielle.

Le MR est-il fragilisé alors qu’il pourrait être appelé à une négociation institutionnelle ?

En tentant de déforcer le FDF, Gérard Deprez retrouve ses réflexes de petit frère d’un parti flamand, comme il l’était à l’époque où il était président du PSC. Ce que Gérard Deprez n’a jamais admis, c’est que je sois à la table des négociations institutionnelles et pas lui. C’est un problème œdipien chez lui. Mais cela ne restera pas sans suite.

Ne faudrait-il, pour le MR, faire dès à présent le choix de l’opposition ?

Ne nous montrons ni impatient d’être invités à la table ni déjà condamnés dans les casemates. Il faut y aller en gardant la même ligne institutionnelle. J’espère que tous les francophones resteront vigilants.

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