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Les Tsiganes respirent
Jean-Claude Matgen
Mis en ligne le 29/07/2010
L’heure était à la détente et au soulagement, mercredi en fin d’après-midi, sous le soleil de Dour, au sein du groupe de gens du voyage (150 caravanes et 750 personnes environ) qui ont été ballottés d’une localité belge à l’autre ces derniers jours.
Arrivés mardi matin dans la commune hennuyère, après avoir été chassés, "comme des chiens" selon plusieurs témoignages, de celle de Wingene, en Flandre orientale, ces membres français et belges de la mission évangélique protestante pentecôtiste, "Vie et lumière", se sont heurtés dans un premier temps à l’hostilité du propriétaire de l’immense terrain où ils se sont installés, qui sert aussi de havre aux festivaliers de Dour, chaque début d’été.
Le bourgmestre de la petite cité boraine, Carlo Di Antonio (CDH), estimait, lui, que l’ordre public n’était pas garanti et l’on semblait se diriger vers un bras de fer judiciaire, une action en référé ayant été intentée, dont on attendait les résultats ce jeudi, quand, à l’issue d’une nouvelle réunion, mercredi après-midi (deux autres avaient échoué mardi et mercredi matin), un accord à l’amiable a été conclu entre les différentes parties.
Que prévoit-il ? Les membres de "Vie et Lumière" paieront une contribution financière d’ici vendredi au propriétaire du terrain qu’ils occupent. Quant à la commune, elle les autorise à rester sur place jusqu’au 4 août. "Cette autorisation pourra être prolongée jusqu’au dimanche 8 août, si toutes les conditions de séjour sont respectées", précise le bourgmestre.
Un agent communal sera en dialogue permanent avec les représentants des gens du voyage. La commune alimentera le terrain en eau et la facture sera payée par "Vie et Lumière". Idem pour la collecte des déchets.
De leur côté, les représentants des Tsiganes ont promis de respecter les propriétés privées voisines ainsi que les entreprises du zoning de Dour Elouges et de ne pas perturber la sécurité et la tranquillité publiques.
Le pasteur Michelet se serait par ailleurs engagé à ne pas utiliser de terrains situés sur l’entité douroise en 2011 et 2012.
La nouvelle de cet arrangement a été accueillie avec joie par les familles rassemblées sur un site très bucolique et parfaitement paisible. Mais on sent l’amertume poindre dans le discours ambiant. "Ecrivez qu’à Wingene, nous avons été traités de façon inhumaine, scandaleuse, indigne", scande un père de famille français qui arrête à notre hauteur sa camionnette, à bord de laquelle ont pris place sa jeune épouse et ses deux fillettes.
"Ici, l’accueil des autorités a été difficile mais rien à voir avec ce que nous avons enduré à Wingene. Les riverains venaient nous narguer jusqu’à une heure du matin, en nous prenant en photo comme des animaux de foire ou de zoo et en nous insultant. Beaucoup d’entre nous sont Belges d’expression flamande. Ils comprenaient parfaitement les propos racistes que beaucoup d’habitants de Wingene ont tenus à notre égard."
Un peu plus loin, au milieu du camp, qui accueille de rutilantes caravanes ("Ce sont nos maisons, n’est-ce pas, nous méritons bien un peu de confort", nous dit, dans un sourire, Marie, 62 ans, fille de forains et qui a connu le temps des roulottes spartiates), un groupe de jeunes hommes plutôt costauds et très élégants dans leurs jeans delavés et leur T-shirts de marque, n’en reviennent toujours pas de ce qu’ils ont vécu dans la localité flamande.
"Quelqu’un nous a dit qu’Adolf Hitler aurait dû nous exterminer tous pendant la deuxième guerre mondiale, vous vous rendez compte ? Est-ce que ces gens réalisent que nous avons tous du boulot, que nous payons nos impôts, que nos enfants sont scolarisés ? Bref, qu’en dehors d’un mode de vie particulier, nous sommes comme tout le monde et peut-être un peu plus habités par la parole de Dieu que le commun des mortels", nous dit l’un d’eux, d’une voix tremblante. " Avec leurs hélicos, leurs bergers allemands, leurs menaces verbales, les autorités policières ont terrorisé nos enfants", nous confie un des représentants du groupe. "On croyait avoir vu beaucoup de choses avec Sarkozy et ses flics. Mais dans vos Flandres, c’est encore pire", renchérit son ami . "Le pire, ce fut le bourgmestre de Wingene, un vrai raciste, contre lequel nous nous préparons à porter plainte. Il s’est comporté avec nous comme les Allemands pendant la guerre."
Rien à voir, précise notre interlocuteur, avec les gens de Nieuport, dont le bourgmestre et le commissaire principal nous ont soutenus.
Des enfants jouent paisiblement dans l’herbe; sous un auvent, Marie et sa voisine préparent le repas du soir en papotant gentiment. Le 22 août, à Chaumont, dans la Marne, le rassemblement annuel des évangélistes de "Vie et Lumière" rassemblera près de 7 000 caravanes et de 40 000 fidèles.
"Nous quitterons Dour le 8 août et nous nous rapprocherons de notre lieu de pèlerinage. Tout devrait désormais bien se passer", nous explique un pasteur. "Mais quand même, il faudrait que les autorités belges prennent des mesures pour nous accueillir sur des terrains plus nombreux, mieux aménagés, plus sûrs. Et que les mentalités changent. Nous ne sommes pas des voleurs, des violeurs, des égorgeurs de petits enfants. Parfois, j’ai l’impression de vivre encore au Moyen-Age."
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