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gens du voyage

Les caravanes passent, ou restent, selon les saisons

Annick Hovine

Mis en ligne le 29/07/2010

Les gens du voyage seraient 15 000 en Belgique : Manouches, Roms, Gitans…
Éclairage

On les appelle - souvent avec peur, mépris ou condescendance - les bohémiens, les romanichels, les baraquis, les forains La mauvaise réputation colle à la peau des tsiganes, comme la terre à la semelle de leurs chaussures.

Les gens du voyage seraient aujourd’hui autour de 15 000 en Belgique, répartis plus ou moins équitablement entre la Flandre, Bruxelles et la Wallonie. Sans compter les tsiganes des pays limitrophes (France, Allemagne, Pays-Bas ) qui posent leurs caravanes chez nous pour quelques semaines ou quelques mois chaque année. Ils sont manouches (descendants des premiers tsiganes implantés en Europe occidentale au début du XVe siècle), Roms (arrivés en plusieurs vagues migratoires d’Europe centrale et orientale) ou gitans (les moins nombreux, marqués par la culture ibérique).

Au-delà des subdivisions en multiples groupes et communautés, aux contours difficiles à cerner, les gens du voyage ont un point commun : un mode de vie (plus ou moins) mobile, selon les périodes de l’année, les circonstances de la vie (maladie, vieillesse) et les nécessités économiques et professionnelles.

Un mode de vie qu’ils revendiquent et qui les distingue radicalement des "Gadjé", les "paysans" - tous ceux qui n’appartiennent pas à l’univers des gens du voyage.

La halte fait partie intégrante du voyage. La question des terrains de stationnement est la principale préoccupation des tsiganes. En Wallonie, il existe un seul terrain équipé spécialement pour les gens du voyage, le long de la Nationale 4 à Bastogne. Mais il est peu utilisé, car situé à plusieurs kilomètres du centre-ville. A Bruxelles, il n’existe aucune aire réservée. En Flandre, une trentaine de terrains communaux sont aménagés.

Depuis 2001, certaines villes (Mons, Namur, Ottignies/Louvain-la-Neuve, Verviers ) ont créé un service de médiation communale pour les gens du voyage. Mais cette volonté de dialogue n’existe pas partout et les terrains en friches se font rares. Cette carence entraîne l’occupation improvisée de terrains dévolus à d’autres fonctions, et des frictions avec les autorités et populations locales. Comme à Dour.

Sans réglementation générale au niveau régional, les communes continuent à appliquer des lois de 1798, qui interdisent le stationnement des gens du voyage plus de 24 heures. Elles invoquent aussi des règlements de police relatifs aux terrains de camping pour justifier les expulsions. Dans sa déclaration de politique régionale 2009-2014, le gouvernement wallon a réservé quelques alinéas aux gens du voyage. "Une réglementation régionale afin d’organiser le séjour temporaire de ces personnes sur le territoire des communes" figure dans les (bonnes) intentions

"L’organisation du séjour des gens du voyage ne relève pas de la charité, mais de l’organisation de la cité. Ce sont des citoyens temporaires d’une commune. Si on ne le fait pas, ou mal, il y a des problèmes inhérents à tout groupe humain" , insiste Ahmed Ahkim, directeur du Centre de médiation des gens du voyage et des Roms en Wallonie (CMGV).

D’autant que les gens du voyage sont en Belgique depuis six siècles. La présence de tsiganes est attestée pour la première fois à Anvers, en 1419. "Les gens du voyage sont là et ils reviendront, dans quelques mois ou au plus tard l’an prochain. Pas besoin d’organiser un festival pour ça !"

Les tsiganes ont leurs habitudes, comme le montre l’état des lieux dressé en 2001 par le CMGV et la Région wallonne. Les saisons déterminent assez largement les périodes de voyage. Pour la majorité des itinérants, l’hiver (de novembre à mars) marque le ralentissement des déplacements (ils s’installent alors dans "leur" commune) ou le changement de contrées (des familles gitanes s’exilent temporairement dans le midi de la France).

Nonante pour cent de demandes de séjour des gens du voyage dans les communes concernent les mois d’été (lire ci-dessous). Plusieurs axes de déplacements sont repérables : la dorsale wallonne (d’est en ouest); l’axe nord-sud, qui relie les Pays-Bas au Luxembourg; les axes qui relient Bruxelles au nord de la France et au sud-est du pays. Les itinérants se concentrent aux abords des villes situées en bordure du réseau autoroutier, dans le bassin économique bruxellois, le Brabant wallon, le nord du Hainaut et le long de l’axe des pèlerinages de Beauraing et Banneux.

Depuis une dizaine d’années, on observe une dégradation des conditions socio-économiques des gens du voyage et une paupérisation des familles, poursuit M. Ahkim. "Leurs belles voitures puissantes et leurs grosses caravanes, c’est leur seul capital." Les hommes font "du travail polyvalent" : ils sont ferrailleurs, portent les caisses sur les marchés, se font "engager" chez des particuliers Un travail qui s’accorde avec le mode de vie nomade. "Après quelques jours, le rémouleur a aiguisé tous les couteaux des ménagères de la localité. Il doit alors partir, changer de lieu ou de village." Un métier qui s’est adapté aux évolutions technologiques : "Ils aiguisent maintenant l’outillage industriel. Il existe des rémouleurs connus et très recherchés."

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