Abonnez-vous a La Libre Belgique

Enseignement | Décret inscriptions

Sur le carreau et lésés !

Stéphanie Bocart

Mis en ligne le 19/08/2010

Près de 300 élèves seraient toujours sans école, à deux semaines de la rentrée. Une expérience négative qui n'est pas sans impact psychologique.

Selon les derniers chiffres communiqués avant les vacances par la ministre de l’Enseignement obligatoire à la Communauté française Marie-Dominique Simonet (CDH), 300 élèves seraient toujours sans école, à moins de deux semaines de la rentrée scolaire.

Si ce chiffre est amené à se réduire en fonction des résultats définitifs des élèves ayant raté l’examen du CEB, l’incertitude que vivent ces enfants n’est toutefois pas sans impact psychologique. Comme l’explique Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre, docteur en psychologie et professeur émérite à l’Université catholique de Louvain (UCL).

A une dizaine de jours de la rentrée scolaire, que peuvent ressentir les enfants qui n’ont toujours pas d’école ?
Sans généraliser, car il y a des enfants qui sont plus forts que d’autres et qui peuvent se remettre des frustrations qui leur arrivent, il est quand même évident que c’est une expérience pénible, désagréable, que beaucoup vont ressentir comme une injustice.

Ces élèves peuvent-ils vivre cette situation avec une certaine angoisse ?
La toute grande majorité de ces enfants devine bien que d’une manière ou d’une autre quelque chose finira bien par s’arranger pour eux. Ce n’est donc pas tant de l’angoisse qu’ils ressentent qu’un sentiment d’injustice, qui a très probablement été alimenté par les réactions familiales, mais de façon que l’on peut comprendre. Ce sentiment d’injustice, ils l’éprouvent à titre personnel, mais il est évidemment renforcé par la colère que, quasi inévitablement, ils ont vue grandir chez leurs parents.

Comment vivent-ils cette expérience désagréable ?
D’une manière ou d’une autre, ils se sentent exclus de ce qui est normal, de ce à quoi ils auraient pu s’attendre. Ils font partie d’une toute petite minorité d’exclus. Ils vont un peu vivre cela comme s’ils étaient marqués, montrés du doigt, alors qu’ils n’ont rien fait pour.

Les enfants peuvent-ils se remettre aisément de ce sentiment d’injustice ? En quelques mois, beaucoup vont le cicatriser.
Mais peut-être que quelques-uns, les plus sensibles, vont à partir de là se trouver plus aigris. C’est aussi un peu un coup de poing dans leur sentiment de valorisation : "C’est injuste mais est-ce que cela ne veut pas dire que je ne vaux pas autant que les autres ?". Pour certains, je crois que cela peut constituer un trouble négatif dans l’appréhension qu’ils ont de leur propre valeur. Ce qui n’est évidemment pas bon au début de l’adolescence, âge difficile où l’enfant a déjà parfois un peu tendance à douter de lui.

Que pensez-vous du décret inscriptions ?
C’est un problème compliqué. Il aurait peut-être fallu permettre à certaines écoles très demandées d’ouvrir des places supplémentaires. Il est quand même inadmissible que 300 enfants soient sur le carreau à dix jours de la rentrée.

Le cabinet de la ministre précise qu’il y a encore des écoles où il reste des places, même si ce n’est pas l’école de prédilection des parents…
Donner à ces enfants la perspective de devoir aller dans une école dans laquelle il reste des places, je ne trouve pas que c’est une solution. Au contraire, c’est renforcer pour ces enfants-là ce doute, ce sentiment qu’ils valent moins que les autres.

Comment les enfants peuvent-ils manifester ce doute ?
Cela peut avoir des répercussions sur leur humeur : un enfant qui doute de lui est un enfant qui a tendance à être plus vite déprimé, plus morose. C’est aussi un enfant qui a moins de rendement car quand on doute, on n’a pas de "peps", on n’est pas motivé. On risque donc de faciliter leur entrée dans l’échec. Je ne vois pas très bien où est la justice sociale dans ce décret. Pendant un certain temps, ces enfants risquent de ne pas être heureux là où on les a mis. Encore une fois, ce sont des choses qui vont probablement s’arranger pour beaucoup, mais pas pour tous : il y en a certainement quelques-uns qui vont rester marqués par cette expérience.

Qu’en est-il pour les jeunes frères et sœurs de ces enfants ?
Il ne faut pas dramatiser. Si un enfant est seulement témoin de quelque chose mais pas directement victime de quelque chose, il peut participer un peu aux émotions de la famille, il peut être un peu troublé. Le frère ou la sœur qui est déjà en cinquième primaire peut être plus inquiet, mais pas les plus jeunes.

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page