La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Enseignement | Pauvreté
Les pauvres ont besoin d’école
J.-C.M.
Mis en ligne le 28/08/2010
On a pu voir, vendredi, le bus des droits de l’enfant emprunter les rues du centre-ville, à Bruxelles. A son bord, Bernard De Vos, le délégué général aux droits de l’enfant à la Communauté française. Lui et son équipe ont effectué une tournée des ministères et des sièges des partis démocratiques francophones, afin de présenter aux responsables politiques le manifeste intitulé "Ecole et pauvreté, quelles priorités".
"Il faut assurer la gratuité de l’enseignement. L’école doit être un lieu d’apprentissage et de vie pour tous les publics, quels que soient leurs milieux" : tel est le mot d’ordre du délégué général, qui a parfaitement choisi son moment pour faire connaître les revendications de son institution.
Le manifeste, signé par différentes associations de protection de l’enfance et de nombreuses personnalités de divers horizons, réclame la mise en place de neuf mesures.
Elles visent notamment à assurer la gratuité de l’enseignement fondamental. Nombreux sont les enfants qui ne peuvent payer les frais de piscine, de théâtre, d’excursions, ce qui les met souvent mal à l’aise à l’égard de leurs camarades. Il faudrait donc, dit le manifeste, instaurer un système de paiement qui ne mette pas directement l’enfant en jeu, alors que Bernard De Vos plaide également pour l’interdiction de la publicité des "mauvais payeurs" faite par certains établissements qui n’hésitent pas à publier des "listes noires".
Il s’agirait aussi, dit le manifeste, de refonder l’enseignement maternel pour qu’il puisse jouer pleinement son rôle d’émancipation sociale; d’interdire légalement l’exclusion des élèves de l’enseignement fondamental; d’assurer un soutien adéquat à l’enfant rencontrant des difficultés d’adaptation pédagogique; ou encore d’améliorer la formation des enseignants.
Bernard De Vos insiste beaucoup sur ce dernier point. "Il est indispensable qu’un enseignant puisse faire le lien entre les comportements et les difficultés d’apprentissage d’un enfant et les réalités sociales de celui-ci", dit-il.
Le manifeste est rendu public alors que le Comité des droits de l’enfant des Nations unies presse la Belgique de respecter ses obligations et de "prendre les mesures nécessaires en vue d’abolir les frais de scolarité, de garantir à tous les enfants l’accès à l’enseignement indépendamment de leur statut socio-économique et de veiller à ce que les enfants issus de familles pauvres ne soient plus relégués aux programmes d’enseignement spécial".
"Le plus dur, ce n’est pas de n’avoir rien, c’est d’être considéré comme rien." Voilà ce que déclarait un participant à l’une des nombreuses tables rondes organisées voici quelques mois par la délégation aux droits de l’enfant.
Ce travail a abouti, en novembre 2009, à la publication d’un rapport consacré aux incidences de la pauvreté sur les enfants, les jeunes et leurs familles, rapport dressé à partir des témoignages de bénéficiaires d’une aide sociale dans cinq arrondissements.
On a pu mesurer, exemples à l’appui, combien la pauvreté portait atteinte aux droits de l’enfant dans de nombreux secteurs de la vie en société, et d’abord à l’école. Les critiques portaient essentiellement sur le coût de l’enseignement, la stigmatisation des enfants issus de milieux précarisés et leur relégation vers des filières d’enseignement imposées ou non souhaitées.
Ces enfants, disait le rapport, font ainsi l’apprentissage de la disqualification, qu’ils intègrent pour la suite de leur parcours de vie.
Pour donner suite à ces constats, le délégué général a réuni un groupe pluraliste d’acteurs de terrain qui souhaitaient interpeller le monde politique. D’où la rédaction du manifeste rendu public vendredi.
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens