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Enseignement

Le goût amer du décret Inscriptions

Magali Mouthuy

Mis en ligne le 02/09/2010

Hier, c’était déjà la rentrée pour les premières de certaines écoles secondaires. Dans le calme, à Robert Catteau, malgré les remous du décret Inscriptions.
Reportage

Dans la cour bétonnée de l’école Robert Catteau, le préfet et les professeurs de première secondaire recevaient mercredi matin leurs petits nouveaux. Au total, pour cette année, six premières de 25 ou 26 enfants. Normalement, les dernières décisions fixaient la limite d’une classe à 24 Sous la houlette de leur titulaire et le regard bienveillant du préfet, les jeunes rejoignent progressivement leur nouveau local, dans le calme de ce début de journée ensoleillé.

" Chez nous, ce qui s’est passé, c’est qu’on n’était pas complet à l’issue de la phase 1. La série nous a attribué des élèves par la suite : au début c’était 17. Finalement, c’est devenu 25 , explique le préfet, André Possot. Notre école n’était pas complète par les premiers choix, mais en deuxième et troisième choix, elle l’était." Pas de tension palpable ou visible, suite au décret Inscriptions. En tout cas, au premier abord.

Car, dans l’athénée, personne ne semble idéaliser les dernières décisions politiques en matière d’enseignement secondaire. A chacun, toutefois, de s’y adapter, avec un temps imparti parfois très réduit. " Hier, j’ai encore inscrit 3 élèves. Et lundi, 14. Une rentrée, ça se prépare , sourit André Possot, mi-triste, mi-résigné. On est parti dans une sorte d’univocité : pour l’enseignement, tout le monde la même chose. Or, les enfants sont différents et ont besoin d’un projet pédagogique qui leur convienne. Il faut restaurer les projets d’école et proposer des pédagogies différentes." Dans le cas de ces inscriptions "last minute", le projet d’école est-il bien pris en compte ?

A Catteau, le projet d’école repose sur une pédagogie frontale, dirigiste, " même si, aujourd’hui, ce n’est plus vraiment possible ". De plus, l’école revendique sa coloration mathématique. " Les premiers choix étaient faits en fonction des projets. Les 4e, 5e, 6e choix sont souvent des choix négatifs, par défaut. " Conséquence à craindre : certains élèves ne se plairont pas dans leur environnement scolaire.

" Ce décret me prend facilement 20 % de mon temps en plus pendant l’année ", juge le préfet. Et les secrétaires chargées des inscriptions à Catteau sont passées au nombre de trois, " mais on doit faire appel aux collègues pour y arriver. Avant, on était deux ", précise l’une d’entre elles.

Premier élément : expliquer aux parents les arcanes du système. " Ce que les décrets ont surtout fait, c’est affoler les parents. Ils sont plus perdus et démoralisés qu’énervés." Et le préfet de pointer les méfaits de leur médiatisation : " Quand un décret sort, il compte une dizaine de pages. Elles sont ramassées dans la presse, alors que les règles sont très difficiles et complexes."

Ce qu’il faut d’abord, c’est de la stabilité. Que les parents sachent dans quelle cour on joue. Arena, c’était le plus simple, mais le plus dramatique, parce qu’il y avait des files visibles devant les écoles. Mais ça durait quelques jours; puis, tout était clair. Aujourd’hui, c’est une tension beaucoup plus longue.

Par ailleurs, les listes de la série ont tardé à arriver, ce qui a exigé un investissement soudain et important pour organiser le fonctionnement scolaire. " Contacter les parents qui ne connaissent pas bien l’établissement, qui se sont inscrits de par la réputation de l’école, faire les papiers, etc. Sans compter que certains, finalement, se désistent ", soupire la secrétaire.

Et les profs ? " Cela fait vingt ans que les profs subissent, depuis les réformes de 1990 et 1996. Je crains fort que la pénurie dans le métier ne va pas se résoudre. " On est, dès lors, en droit de se demander comment c’était, avant. " A vant, ça se passait très bien, contrairement à tout ce qu’on a entendu. On essayait vraiment d’avoir une mixité, mais aussi de la gérer. Il est évident que ce système créait des quartiers, les élèves vont dans des écoles proches. Mais on retombe dans ce système de proximité avec ce décret." Casse-tête

"Je ne suis pas un décideur politique, je pense d’ailleurs que ça doit être difficile. Il faudrait plus de concertation avec les professeurs. Je plaide pour une autonomie des établissements" , propose M. Possot. Et ce dernier d’élargir le problème de la mixité à la société bruxelloise. " L’ambition de mixité doit d’abord reposer sur la société à Bruxelles. Le faire par décret d’école, c’ést absurde. C’est un problème d’urbanisme, de logement, de construction dans la ville. Le problème, c’est que la ville n’est pas mixte ", conclut le préfet.

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