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Voici comment la N-VA aimerait faire entrer les libéraux dans la danse
V.d.W. et M.Bu.
Mis en ligne le 04/09/2010
Pourquoi Bart De Wever a-t-il recalé la dernière proposition d’Elio Di Rupo ? Notamment parce qu’il est persuadé, pensent certains observateurs, qu’il peut obtenir beaucoup plus avec les libéraux, tant francophones que flamands. Bart De Wever est un homme de droite. Sur le plan socio-économique, son idéologie est clairement libérale. Jusqu’à présent, il a négocié les volets communautaires et institutionnels avec des partis qu’il juge très à gauche (PS, SP.A, CDH, Groen !, Ecolo) ou au mieux, dans son esprit, au centre (CD&V). Mais dans l’hypothèse où Elio Di Rupo serait parvenu à dégager un accord sur les thèmes actuellement en débat (Bruxelles, BHV, loi de financement), les prochaines discussions auraient été d’ordre socio-économique. Or, pour Bart De Wever, le socio-économique est tout aussi important, sinon plus que le communautaire.
Et c’est ce que Bart De Wever redoute depuis le début : d’être contraint de concocter un plan budgétaire avec des partis de gauche alors que son programme est, lui, très à droite. Or le prochain gouvernement devra réaliser un plan d’économies de l’ordre de 25 milliards répartis sur quatre ans. Pour lui, ce plan doit comporter 70 % d’économies et 30 % de recettes nouvelles. Pas sûr que ce soit comme cela que le PS envisage les choses. De plus, Bart De Wever a quelques idées qui ne passent pas la rampe au PS : la limitation dans le temps (deux ans) du droit aux allocations de chômage, la réduction du stage d’attente des jeunes
Comment savoir ce que les libéraux ont dans la tête et ce qu’ils seraient prêts à mettre sur la table ?
Il suffit de leur demander
Plusieurs sources confirment que des contacts ont eu lieu, ces dernières semaines, entre les responsables des deux partis. Contacts que l’on dément formellement dans l’entourage de Didier Reynders. L’offre des libéraux - que Bart De Wever aurait détaillée devant certains francophones, vendredi après-midi.. - s’est aussi concrétisée dans les interviews qu’ont accordées ces derniers jours Didier Reynders et Louis Michel. Dans leur esprit, il faut d’abord définir de manière très précise les matières que l’on garde au niveau fédéral, et ensuite préciser ce qui peut être confié aux entités fédérées. Quand le périmètre fédéral est déterminé, tout le reste peut être transféré aux Régions et aux Communautés. Voilà un discours qui sonne assez bien aux oreilles des nationalistes flamands. De là à dire que Bart De Wever n’attendait qu’une chose, qu’Elio Di Rupo aille chez le Roi pour reprendre le flambeau d’une mission d’information à laquelle il associerait les libéraux, il n’y a qu’un pas.
Désavantage pour les libéraux, francophones notamment : ils seraient ramenés à la table par la N-VA. Avantage : ils reviendraient quand même dans la course alors qu’une longue cure d’opposition les menaçait.
Et du côté flamand ? Là aussi, l’Open VLD d’Alexander De Croo a envoyé plusieurs signaux à l’adresse de la N-VA - notamment en jugeant "raisonnable" la position des nationalistes flamands sur la révision de la loi de financement. Aucun contact n’a cependant eu lieu récemment entre Alexander De Croo et Bart De Wever. Le dernier entretien entre les 2 hommes date de l’époque où De Wever opérait comme informateur royal
Mais le président de la N-VA rêve de monter un attelage avec l’Open VLD. D’abord pour cause de proximité socio-économique. Ensuite, parce que cela lui permettrait de faire passer par la fenêtre le SP.A de Caroline Gennez, un parti pour lequel il nourrit une véritable aversion. Cerise sur le gâteau, Bart De Wever pourrait de cette manière exercer une pression sur le SP.A au gouvernement flamand pour qu’il accepte le dossier du tunnel à Anvers en lieu et place du pont. Ce dossier local, qui empoisonne la vie du gouvernement flamand, est devenu "un problème fondamental", pointe un observateur. Et Bart De Wever, qui est Anversois, s’oppose résolument à l’option du pont - défendue par le SP.A - notamment parce qu’elle est beaucoup plus onéreuse
Côté francophone, il y a plusieurs difficultés : les libéraux, s’ils devaient entrer en négociation, exigeraient sans doute d’être également présents dans les gouvernements des Régions et des Communautés. Des coalitions miroirs, n’est-ce pas ce que les socialistes et les humanistes réclamaient au lendemain des élections ?, ironisent les libéraux. Comment les faire entrer dans les exécutifs régionaux ? La solution serait toute trouvée : n’y a-t-il pas un certain ras-le-bol des socialistes et des humanistes à l’égard des écologistes wallons, en particulier à cause de la manière assez carrée dont les verts gèrent l’Aménagement du territoire en Wallonie ? Plus fondamentalement, socialistes et humanistes estiment que ce n’est pas à Bart De Wever à dicter l’agenda francophone. D’ailleurs, trouveraient-ils des partenaires ? Un socialiste va jusqu’à dire : "Si Bart De Wever veut les imposer, il n’y aura que dix-huit sièges, ceux du MR -dont trois FDF- pour constituer une majorité francophone. Car les libéraux, pour revenir au pouvoir, sont prêts à tout. Et, pour nous, il n’en est pas question. Nous voulons préserver la solidarité interpersonnelle et nous ne voulons pas appauvrir les Wallons et les Bruxellois."
Pourquoi un tel ostracisme ?, répliquent les libéraux. Pourquoi les francophones ne peuvent-ils être unis dans cette négociation capitale pour l’avenir du pays ? Pourquoi la deuxième famille politique doit-elle être absente du débat politique ?
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