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Périphérie

La Flandre resserrée

Magali Mouthuy

Mis en ligne le 06/09/2010

Hier se tenait le 30e Gordel, la traditionnelle promenade flamande en périphérie. Au total, 80 000 cyclistes et promeneurs. Cap sur Linkebeek.

Dimanche matin. Le soleil réchauffe généreusement le sol de la périphérie bruxelloise. A Linkebeek, la porte de l’hôtel de ville s’ouvre sur Damien Thierry (FDF), le bourgmestre non nommé. Il avait prévenu qu’il serait présent aujourd’hui. Ses inquiétudes : le Gordel. L’événement sportif et politique organisé par le Bloso rassemble pour la trentième année des milliers de cyclistes et piétons sur des routes qui ceinturent Bruxelles. Non sans incidents, lors de dernières éditions, entre population locale francophone et radicaux flamands. Le cas classique des punaises jetées sur la route pour décourager les cyclistes était toujours d’actualité.

Cette année, après une décision de la commune d’Uccle, le parcours du Gordel a été modifié. A la place d’une rue uccloise - en Région bruxelloise -, c’est la parallèle située à Linkebeek qui sera empruntée en territoire flamand. Cette commune à facilités compte 5 000 habitants et 86 % de francophones, selon le bourgmestre, qui partage ses inquiétudes du jour. " Si on doit avoir des soucis, c’est avec les promeneurs. " Damien Thierry craint les altercations des participants avec les habitants, raison pour laquelle il a interdit tout message politique sur le territoire de sa commune.

" Ma limite est claire : je ne veux pas de t-shirt, drapeaux, calicots ou autres affiches à connotation politique. Je demande à ceux qui en ont de les ôter. S’ils ne veulent pas, et que ça tourne au vinaigre, la police intervient. Il suffit de deux ou trois déjantés qui entrent en contact avec la population et l’excitent. Jusqu’à présent tout est calme ", assure-t-il, après une première inspection des lieux critiques, " le croisement en bas ", plus tôt dans la matinée. En bas, où les territoires de Beersel, Drogenbos, Uccle et Linkebeek se touchent. Et où se croisent aujourd’hui les itinéraires des promeneurs et des cyclistes.

Le point de ravitaillement des marcheurs est installé dans un centre culturel flamand, "de Moelie", à cinquante mètres de la maison communale. Le bourgmestre non nommé ne s’y rendra pas. " Je n’ai pas peur de le dire, je risque de prendre des baffes. " Il préfère d’ailleurs manifester son opinion autrement, par sa présence à un événement qui réagit au Gordel, la Bretelle.

"Drie, twee, één, vertrek !" Il est 11h30 et une centaine de personnes s’engagent en vélo ou à pied pour la 3e Bretelle, soit une bonne vingtaine de kilomètres. Plusieurs politiciens francophones assistent au départ, au stade Fallon de Woluwe-Saint-Lambert. Le pendant francophone du Gordel se veut familial, sportif, bilingue, et symbolique : " Les liens entre Bruxelles et la périphérie sont fondamentaux : il y aura une 4e Bretelle le 4 septembre 2011. S’il n’y a plus de Gordel l’an prochain, on ira reprendre ses itinéraires , annonce Yvan de Beauffort (MR), l’initiateur. J’aurais bien voulu faire la Bretelle moi-même, mais avec ce qu’il risque de se passer chez moi, je me dois d’être sur mon territoire." Damien Thierry retourne au point de rencontre de Drogenbos et Linkebeek. Aucun perturbateur en vue. La journée avançant, les marcheurs affluent plus fréquents et plus nombreux.

Sur la route qui conduit au centre culturel de Linkebeek, un homme porte un imposant drapeau flamand. " Je suis passé devant le bourgmestre, il n’a rien vu" , explique-t-il aux deux policiers qui l’interpellent dans sa montée. " Je tiens à mon identité flamande." Finalement, les forces de l’ordre le laissent passer. " Elles restent discrètes. Il y a une trentaine de personnes de la zone de police. Et à tout moment on peut faire appel à la police fédérale ", souligne Damien Thierry. "Bart de Wever heeft nog werk", soupirent des Flamands "invités" par les policiers à ôter les lions flamands collés sur le t-shirt.

A la halte de ravitaillement, flotte une ambiance de fête populaire. Dans un décor médiéval, artisans confectionnent dentelles et paniers en osier. Revêtu des tuniques des nobles d’antan, le personnel offre rafraîchissements, soupe, et pâtes contre quelques euros. Démonstrations de dressage de rapaces, tir à l’arc, château gonflable Dans cette fête, certains ont conservé des signes extérieurs de revendications autonomistes flamandes, y compris un couple de francophones : " On habite Alsemberg, on trouve ça normal de s’intégrer et de participer."

Au bout du compte, les Flamands ne seraient-ils pas bien plus unis que les francophones ? C’est, en tout cas, ce qu’ils laissent paraître

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