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Le meurtre du boulanger de Jamioulx
Bellens nie le coup de feu mortel
Philippe Mac Kay
Mis en ligne le 09/09/2010
Aubain Bellens, tel qu’on avait pu l’imaginer : l’apparence d’un gamin ayant mal grandi, il n’en est pas, loin s’en faut, malgré ses 19 ans à peine, à sa première confrontation avec l’appareil judiciaire. Cela explique sans doute qu’hier, devant la Cour d’assises du Hainaut, il ait pu sembler si peu impressionné, et même sûr de lui jusqu’aux limites de l’arrogance. Voilà pour la forme du témoignage de celui qui était, en novembre 2007, encore mineur d’âge quand "on" a abattu Pascal Hennuy, le boulanger de Jamioulx. "On" ? C’est toute la question de ce dossier où comparaissent pour Jamioulx, trois accusés qui désignent Bellens comme le tueur. Lui, il accuse Dorian Cherpion, le premier de ces accusés.
Il les a connus au gré de son parcours. Cherpion est venu dans l’affaire de Jamioulx par hasard, parce qu’il avait une voiture, et que celle de Bellens était hors d’état de circuler. Abdelah Mostefa, le deuxième accusé ? Bellens l’a connu à Everberg, le centre pour mineurs où ils avaient été placés tous deux, tout comme d’ailleurs Tahar, le quatrième homme, qui a refusé de participer au vol meurtrier de Jamioulx, mais qui était là, pour les agressions violentes de Wayaux et de Virelles.
Tout cela, Bellens l’a détaillé hier sans l’ombre d’une nuance de regret, haussant parfois les épaules, à l’évocation du rôle qu’on lui impute. Quant aux préalables à l’agression, l’aveu tient en quelques mots, d’une éloquente simplicité : "C’est venu ainsi, dans la conversation", celle qu’il avait eue, lui, Bellens, avec l’apprenti du boulanger Hennuy, Antoni Marziani, alors mineur lui aussi, et qui voulait se venger d’un patron qu’il décrivait comme un véritable tyran. Bellens le reconnaît sans ambages : au début, "le coup" ne l’intéressait pas : "Ben, chez un boulanger, ‘y a pas grand-chose à trouver", dit-il. Puis l’apprenti a évoqué un magot, et Bellens s’y est intéressé.
Sur place, la version de Bellens va exactement à l’encontre de celles qu’on a entendues de la bouche des trois autres. Echazar a tiré sur le chien, et Cherpion est allé à l’étage, d’où il est revenu avec quelques bijoux, au moment où le boulanger lançait un couteau qui a blessé Mostefa. Et c’est Cherpion qui a tué Pascal Hennuy. Quelques instants plus tard, en voiture, ils se sont débarrassé des bijoux, des "cacailles" dit Bellens, avec une moue de mépris. Quant à savoir pourquoi les autres persistent à l’accuser, Aubain Bellens, aujourd’hui libre, a une explication qui vaut tous les détours de procédure : "J’étais mineur, et tout ça " Et on a prétendu le charger dans ce dossier-là comme pour les deux autres agressions, c’est clair : "Finalement, lance-t-il, ce serait plus simple de dire : "Bellens, qu’est-ce qu’il n’a pas fait ?""
Avant lui, l’indicateur du vol de Jamioulx a longuement été entendu. Antoni Marzani avait été engagé comme apprenti par Pascal Hennuy, parce que c’était un ami de son père. La famille l’avait en quelque sorte adopté, a-t-on dit. Il a pourtant répété, hier, qu’il "avait la haine" contre Pascal Hennuy. "Il me rabaissait tout le temps, ce n’était jamais assez bien pour lui. Il se moquait même de ma voiture". La vérité est aussi tragiquement banale : Marziani a informé Bellens, lui suggérant de tabasser Pascal Hennuy, pour s’en venger, et sans même vouloir partager un quelconque butin. Le lendemain du meurtre, il est allé présenter ses condoléances à la veuve et lui proposer son aide, lui qui avait choisi Bellens comme exécuteur de sa vengeance "parce que c’était un caïd, respecté par tout le monde".
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