Laeken, we have a problem...

Rien ne va plus. La N-VA a décidé de mettre fin aux "jeux enfantins". Elle refuse de continuer à "patauger" et veut donc faire marche arrière, tabula rasa de 4 mois de négociations. Essayons de comprendre ce qui s'est passé. Et ce qui va se passer. SONDAGE: Comment sortir de la crise? Edito: Irresponsable Opinion: Recette pour un bon compromisCrise belge, regards étrangers Forum: Qu'est-ce qu'être belge aujourd'hui ?Politic Twist, le blog politique décalé Les tweets des politiques

V.d.W. et M.Bu.
Laeken, we have a problem...
©Photo News

Rien ne va plus. La N-VA a décidé de mettre fin aux "jeux enfantins". Elle refuse de continuer à "patauger" et veut donc faire marche arrière, tabula rasa de 4 mois de négociations. Essayons de comprendre ce qui s'est passé. Et ce qui va se passer.

1Pourquoi la N-VA a-t-elle dit STOP? Les nationalistes flamands ont joint l'acte à la parole. Ils essaimaient depuis quelques jours déjà leur pessimisme quant à une reprise des négociations à sept (PS, Ecolo, CDH, N-VA, CD&V, SP.A et Groen!). Lundi, serré de près par deux de ses lieutenants, Siegfried Bracke et Filip Muyters, le président de la N-VA Bart De Wever a fait passer le feu au rouge depuis le Parlement flamand où, en toute fin de matinée, il a indiqué que les négociations à sept étaient finies...

Cette mise à mort de la non-formation gouvernementale par la N-VA repose sur deux points:

1. Elio Di Rupo, assène la N-VA, n'a absolument plus rien fait de valable depuis 25 jours. Il a laissé filer tous les acquis des derniers mois (allocations familiales, soins de santé...). Explication des nationalistes: les francophones ne sont pas habitués à disposer d'un Primo-ministrable.

2. Les francophones, ajoute la N-VA, ne sont pas habitués à négocier avec un parti flamand radical et non traditionnel; c'est-à-dire une formation politique qui n'a que faire d'entrer au gouvernement fédéral et est donc moins encline au compromis.

Bref, selon Bart De Wever, "cette histoire est au bout, reconnaissons-le. La situation actuelle de la négociation ne nous convient pas. En vérité, nous sommes occupés depuis quelques semaines à effectuer un retour en arrière sous la pression de certains partis et les transferts de compétences estimés à un montant de 15 milliards ne sont même plus estimés à la moitié". Bart De Wever précise qu'il n'a jamais reçu de réponse positive quant à la demande d'une large régionalisation de l'IPP afin d'obtenir le changement systémique que sa formation politique escompte.

"Nous devons effacer le tableau, mettre les compteurs à zéro et essayer de démarrer une nouvelle histoire, a-t-il martelé. Faisons cela à visage découvert, sans tabous, ni au niveau du contenu, ni au niveau de la formule". "Et si on veut nous faire porter le chapeau, qu'on le fasse, nous nous moquons de ces jeux enfantins. Arrêtons de patauger", a ponctué Bart De Wever.

Et de faire remarquer: "Je suis disponible si on estime que notre présence est souhaitable. La N-VA n'empêchera pas que le pays soit gouverné dans les mois suivants. Dans ce contexte, je peux vous dire que nous sommes toujours à l'écoute pour (résoudre) des dossiers urgents que le gouvernement doit aborder et qui sont soumis au vote parlementaire. Simultanément, je lance un appel à ce même gouvernement d'affaires courantes pour qu'il examine la possibilité d'accomplir ce devoir en forme réduite".

2Qu'en pensent les francophones? Ils sont évidemement furieux. Les trois partis qui négociaient depuis 4 mois, le PS, le CDH et Ecolo ont publié une longue réaction dans laquelle ils estiment que la N-VA a pris une décision "irresponsable et dommageable" pour tous les citoyens de notre pays. "Plus de 110 jours après les élections, les citoyens n'ont toujours pas de réponse à une question fondamentale pour l'avenir du pays: la N-VA a-t-elle la volonté ou est-elle capable d'accepter un jour une réforme de l'Etat. Tous les partis autour de la table, sauf la N-VA, ont démontré leur capacité à conclure des compromis pour réformer l'Etat, c'est-à-dire avoir le courage de faire des concessions mutuelles." Les trois partis contestent formellement l'affirmation de Bart De Wever selon laquelle il n'y avait plus 15,8 milliards de transferts de compétences, mais seulement la moitié. "C'est un mensonge grossier", dit un francophone, "il essaie juste de trouver une justification à sa décision unilatérale de tout arrêter..."

Les trois partis, PS, CDH et Ecolo, estiment qu'il est "irresponsable de laisser passer une opportunité inédite de transformer en profondeur la Belgique et d'accorder plus d'autonomie aux trois Régions de notre pays, tout en assurant la prospérité et en maintenant, au niveau fédéral en particulier, les socles fondamentaux de la solidarité interpersonnelle". Ils répètent enfin que, pour eux, la formation d'un gouvernement fédéral travaillant pour tous les citoyens restent la priorité absolue. "Les 3 familles politiques francophones, le PS, le CDH et Ecolo restent ouverts à la discussion afin de maintenir la stabilité du pays et offrir une perspective durable tant aux entités fédérées qu'au niveau fédéral", conclut le communiqué.

3Que va-t-il se passer à présent? C'est vers le Palais royal que vont se tourner les regards. Les deux médiateurs royaux, André Flahaut (PS) et Danny Pieters (N-VA) seront reçus ce mardi à 17 heures par le Roi à qui ils remettront leur rapport. Conclusion. Les négociations sont à l'arrêt. Merci. Le chef de l'Etat entamera ses consultations, mardi soir ou mercredi matin par un large tour des présidents de partis. La question est évidemment de savoir si Albert II recevra uniquement les présidents des 7 partis qui étaient impliqués dans la défunte négociation ou s'il élargira ses entrevues aux libéraux, du Sud et du Nord du pays. Si l'on repart d'une page blanche, tous les partis démocratiques devraient être invités. Mais l'on a bien senti, dans le communiqué diffusé lundi midi que les trois formations francophones (PS, CDH et Ecolo) voulaient rester unies.

4A qui le tour? Pour les francophones, il semble y avoir trois hypothèses concernant la personne qui pourrait être chargée par le Roi d'une nouvelle mission. Ce devrait être, dit-on à bonne source, un Flamand. Car c'est là que se trouvent les blocages. Qui donc? Première hypothèse: un N-VA. Dangereux, pense-t-on, ce serait donner des allumettes à un pyromane. Deuxième hypothèse: un CD&V. Mais le parti concerné refuse de prendre ses responsabilités. D'ailleurs qui au CD&V: le fragile Wouter Beke, l'incertain Kris Peeters? Troisième possibilité: un membre de la plus grande famille politique du pays, donc un socialiste flamand, Johan Vande Lanotte. Son nom a déjà été cité. Mais il se dit que l'homme n'est pas chaud. Du côté flamand, la vision est très différente. Bart De Wever a bien indiqué dans sa déclaration qu'il était ouvert à une discussion avec TOUS les partis. Traduction: avec les libéraux aussi avec qui il a déjà eu beaucoup de contacts. Et il semble que dans les rangs de la N-VA, on pense en particulier à Louis Michel. L'homme a de l'expérience, il est membre du MR - un parti avec lequel la N-VA se sent des affinités sur le plan socio-économique. Dès lors, le député européen, qui a déjà eu plusieurs contacts avec l'état-major de la N-VA en compagnie du président Didier Reynders, voit sa cote monter. De plus, le Brabançon wallon est dans les petits papiers du Palais royal.

Le retour des libéraux, une hypothèse plausible? Les francophones n'y croient pas. La négociation, disent les 3 partis, ne serait pas plus aisée avec le MR, et surtout avec le FDF. D'autant que Bart De Wever a précisé, lundi soir, qu'il n'y avait, en fait, toujours pas d'accord sur BHV. De plus, le MR, s'il devait entrer en négociation pour le niveau fédéral, exigerait également d'entrer dans les majorités régionales. A la place d'Ecolo? On l'a dit, les 3 partis se tiennent. PS, CDH et Ecolo sont en plus persuadés que chaque fois que les libéraux font de la surenchère, Bart De Wever se sent plus fort et fait du chantage à l'égard des francophones. Ils ont d'ailleurs calculé que Didier Reynders n'avait pas pu enregistrer le message vidéo qu'il a posté dès 14 heures sur MR TV sans avoir été informé, bien avant tout le monde, de la position qu'allait prendre la N-VA lundi matin...


Colère syndicaleRéaction. Le syndicat libéral a réagi lundi à la volonté de la N-VA de remettre à zéro les compteurs de la négociation politique. "Dans le domaine socio-économique il est impossible de faire table rase de tout l'acquis, estime la CGSLB. En tant que syndicat, avec les autres partenaires sociaux, nous constituons pour le moment le seul facteur de stabilité pour tous les travailleurs et les allocataires sociaux". Et d'ajouter : "Encore une occasion manquée de conclure un compromis. L'instabilité politique commence à menacer la stabilité économique de notre pays. Cette situation n'est plus tenable. Il faut prendre des décisions dans l'intérêt des travailleurs et des allocataires sociaux." La FGTB a, elle, choisi de réagir sur un autre registre. L'idée de régionaliser l'IPP et l'Isoc révolte le syndicat socialiste. Pour lui, cette perspective "menace l'Etat social" car "il provoquerait une méfiance des marchés des conséquences sur le salaire net des travailleurs"

D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...