Abonnez-vous a La Libre Belgique

Un travailleur sur 10 victime de harcèlement

V.R.

Mis en ligne le 23/11/2010

Epinglée dans l’affaire “Mactac”, la CSC veut renforcer la lutte contre le harcèlement. En Belgique, 8 à 10 % des travailleurs en ont subi.

Les cas de violence perpétrés au sein de l’entreprise Mactac à Soignies - et révélés la semaine dernière par "Paris Match" - mettent la CSC dans un embarras évident. L’état-major du syndicat chrétien a tenu une réunion informelle lundi matin. Les responsables de la centrale Bâtiment-Industrie, à laquelle se rapporte Mactac, avaient été conviés. Il s’agissait de retracer le fil du dossier. Et tenter de voir comment lui donner une suite.

Il faut dire que la CSC est sérieusement épinglée dans l’affaire. Pour rappel, un travailleur de l’entreprise sonégienne, Daniel, a été victime d’une série répétée de faits de harcèlement de la part de collègues. Une scène le montant ligoté à une palette a même été filmée. Or, le travailleur qui tenait la caméra était un affilié de la CSC. Il s’était même présenté sur une liste du syndicat chrétien lors des élections sociales. S’il ne prenait pas une part active à la scène de violence, il l’a filmée sans s’interposer. Cette complicité lui a valu, plusieurs années après les faits, d’être licencié pour faute grave par son employeur. Mais le travailleur, protégé du fait de sa participation aux élections sociales, est allé en justice pour contester la faute grave. Et a obtenu gain de cause. Le tribunal a estimé que la direction n’avait pas respecté la procédure de licenciement et qu’elle avait fait preuve d’arbitraire puisqu’elle n’a sanctionné que certains auteurs du harcèlement tout en épargnant son principal instigateur. Le travailleur a obtenu un dédommagement de 250000 euros. Ce qui n’a pas manqué choquer la famille de la victime des violences. "Mon mari, déclarait lundi la femme de Daniel au "Het Laatste nieuws", n’a plus la force d’aller travailler, ce qui affectera le montant de sa pension. Entre-temps, les harceleurs reçoivent une promotion ou touchent un dédommagement de 250000 euros."

Le problème, c’est que la CSC a prêté son concours juridique à l’action intentée par le travailleur licencié qui avait filmé la scène. Un soutien qui a payé, mais qui devient aujourd’hui fort embarrassant. Le président de l’organisation syndicale, Luc Cortebeeck, a annoncé dimanche l’exclusion du travailleur de la CSC. "Si nous avions pris la mesure de la gravité des faits, nous aurions refusé l’aide accordée à cet affilié", concède pour sa part Claude Rolin, le secrétaire général de la CSC.

L’histoire fragilise les syndicats, et singulièrement la CSC, alors que la négociation en vue d’un nouvel accord interprofessionnel, vient juste d’être lancée. Peter Timmermans, le directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), a ainsi estimé que la protection des délégués syndicaux et des candidats aux élections sociales devait pouvoir être limitée.

La FEB aura cependant fort à faire pour modifier quoi que ce soit. Tant à la CSC qu’à la FGTB, on estime que la première fautive dans l’affaire, c’est l’entreprise, qui aurait dû prendre des mesures pour que cesse le harcèlement plus tôt et plus fermement. Et qui aurait dû respecter les règles en matière de licenciement. Car la protection des délégués ne couvre pas les faits de harcèlement - mais seulement leur activité syndicale.

"Pas question d’utiliser cette affaire pour réduire les droits des délégués , tonne Claude Rolin. M ais si les employeurs veulent prendre des dispositions, dans le cadre de l’AIP, permettant de mieux lutter contre le harcèlement, nous sommes preneurs. Il faut rompre la loi du silence. Des faits de harcèlement sur les lieux de travail, il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit."

Combien ? Par définition, c’est difficile à déterminer. Selon la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail établie à Dublin, 10 % des travailleuses belges et 8 % de leurs homologues masculins ont été ou sont victimes de harcèlement. Dans le classement européen, la Belgique occupe un peu enviable 7e place.

Sur le même sujet:

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page