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Courard: "On m’a mis des bâtons dans les roues"
Mathieu Colleyn et Vincent Rocour
Mis en ligne le 04/12/2010
En pleine "crise de l’asile", alors que le thermomètre a plongé largement sous le zéro, le secrétaire d’Etat à l’Intégration sociale et à la Lutte contre la pauvreté, Philippe Courard (PS), est sous les feux de la rampe. Mais il se défend d’avoir mal géré le dossier. Entretien.
Le Haut-Commissariat de l’Onu pour les Réfugiés a durement critiqué la Belgique pour sa gestion de l’asile. Il parle de crise humanitaire. En cause, un nombre important de demandeurs d’asile obligés de vivre dans la rue. C’est quoi le problème ?
Les causes sont nombreuses. On a traîné à mettre des moyens. Le secrétaire d’Etat à la Politique d’immigration Melchior Wathelet a enfin obtenu le feu vert pour engager du personnel et permettre ainsi de raccourcir les délais pour le traitement des demandes d’asile. Mais le temps de recruter les gens, de les former Les effets ne vont pas se faire sentir tout de suite. Actuellement, les demandeurs d’asile restent dans les centres d’accueil en moyenne quinze/seize mois. Si on parvenait à réduire le temps nécessaire au traitement du dossier à six mois, on doublerait voire triplerait la capacité d’accueil de la Belgique. On ne serait peut-être pas en crise actuellement.
Parmi les causes, il y a aussi le flux entrant des demandeurs. Il y a une explosion…
Et là, le gouvernement n’a pas beaucoup de prise. La crise mondiale a provoqué une augmentation de 10 % à 15 % dans tous les pays européens. La qualité de la politique d’accueil de la Belgique a bonne réputation. Et puis on a eu un M. Sarkozy qui a parlé des Roms, cela fait peur à certains qui vont peut-être plus vite chez nous qu’en France. Il faudrait la même attitude dans tous les pays, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. On déplace le problème à l’intérieur de l’Europe avec des exemples terribles comme Malte.
Qu’est-ce qu’il faut faire en Belgique ?
Faire comme Melchior Wathelet récemment. Aller à l’étranger, expliquer que la Belgique n’est pas l’Eldorado, et qu’il y a peu de chance que les candidats à l’asile décrochent un statut. Melchior Wathelet est allé en Macédoine, mais on risque bientôt de vivre le même problème avec l’Albanie, puisque les Albanais pourront voyager dans l’espace Schengen sans visa à partir du 1er janvier. Il serait bon d’avoir une politique proactive pour décourager les Albanais qui seraient tentés de venir ici.
N’y a-t-il pas aussi un problème avec les retours ? Beaucoup de demandeurs d’asile, qui n’ont pas obtenu gain de cause, rentrent dans la clandestinité et restent en Belgique.
Il faut prendre ses responsabilités. Les dossiers doivent être bien traités. On ne peut pas les gérer à la va-vite sous peine de passer à côté de demandes légitimes. On ne peut pas renvoyer dans leur pays des gens dont la vie est menacée. Mais quand la procédure est parfaitement respectée et qu’elle débouche sur une décision négative, il faut organiser le rapatriement du demandeur d’asile.
Elio Di Rupo a dit cette semaine qu’il fallait être plus ferme.
On a besoin de plus de fermeté maintenant parce qu’on a un flux qu’il est quasi impossible de maîtriser. Mais quand on est dans une situation normale, la procédure belge est une des meilleures au monde. Une des plus humaines et des plus cohérentes. Mais à partir du moment où on ne traite plus assez vite les dossiers, qu’on laisse traîner les gens, on perd cette qualité humaine.
Doit-on pouvoir organiser des retours groupés ?
Je pense que oui.
Les partis flamands reprochent à leurs homologues francophones d’être trop laxistes à cet égard. Vous ne trouvez pas ?
C’est Melchior Wathelet qui a la charge de cette politique. C’est donc à lui qu’il faudrait poser la question. Mais les chiffres de retour n’étaient pas nécessairement meilleurs dans le passé, quand le département était géré par des ministres flamands. On vient avec cela maintenant parce que ce sont des francophones qui gèrent cette politique. C’est un peu limite. L’échec est global. Beaucoup de partis ont laissé tomber les bras avec l’affaire "Adamu" et cela a cristallisé une certaine tension.
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