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La négociation dans une impasse

V.R.

Mis en ligne le 21/12/2010

Coup de froid sur la concertation sociale. Patrons et syndicats croisent le fer sur les hausses de salaires et le statut ouvriers/employés.

Il y a eu comme un peu d’optimisme. Mais il n’a pas soufflé bien longtemps sur la négociation interprofessionnelle. Tout au plus quelques heures la semaine dernière. Mais dès que les représentants des employeurs et ceux des travailleurs sont arrivés au cœur de leurs discussions, l’ambiance a tourné à l’aigre. Vendredi, ils se sont vus toute l’après-midi. Puis ils se sont revus samedi matin, et encore ce lundi après-midi. Mais sans jamais pouvoir aboutir.

Pour tout dire, cela paraît mal emmanché. Le président du "Groupe des 10" (c’est le nom que l’on donne au groupe de négociateurs), Thomas Leysen a rencontré le Premier ministre Yves Leterme lundi après-midi pour faire un point de la situation. Il lui a signifié qu’il ne fallait pas s’attendre à un accord interprofessionnel (AIP) avant l’année prochaine alors qu’en principe, c’est avant le 31 décembre qu’il doit être signé. C’est que les obstacles paraissent difficilement franchissables. Les négociateurs ne veulent cependant pas couper le fil de la discussion. Un désaccord constituerait une petite catastrophe à l’heure où les agences de notation se montrent nerveuses et au moment où la crise politique est en passe de battre tous les records de longévité.

Ils en sont où au fait ? Les négociateurs travaillent sur quatre chapitres : les augmentations salariales pour 2011 et 2012, le rapprochement du statut des ouvriers et celui des employés, la liaison au bien-être des allocations sociales et la prolongation de toute une série de conventions de prépensions. Les deux derniers chapitres ont leur importance, mais ce sont essentiellement les deux premiers qui font problème. C’est là que sont les nœuds.

1Les augmentations de salaires. Le Groupe des 10 doit fixer une norme salariale pour 2011 et 2012. Selon le Conseil central de l’économie, les salaires devraient augmenter de 5 % au cours de deux prochaines années dans les trois pays voisins à la Belgique (Allemagne, France, Pays-Bas). C’est en principe la référence. Une référence brandie par les syndicats pour réclamer des hausses de salaires qui iraient au-delà de l’indexation (estimée elle à 3,9 %). Mais le Conseil central de l’économie a aussi reconnu que ses prévisions étaient en général trop optimistes, et qu’en moyenne, il surestimait de 1,1 % les hausses de salaires dans les pays voisins. Les employeurs exigent que l’on tienne désormais compte de ce "biais prévisionnel". Les salaires ne pourraient dès lors pas augmenter au-delà de l’indexation. Et même en deçà, disent-ils, car depuis 1996, le handicap salarial belge par rapport aux pays concurrents s’est creusé de 3,9 %. Un handicap qu’il conviendrait de résorber. Comment ? Eventuellement en retirant du calcul de l’indexation des salaires, des produits dont le prix augmente fort, comme les produits énergétiques. Mais pour les syndicats, c’est non. "Pas touche à l’indexation automatique", répètent-ils en chœur.

2Le statut ouvrier/employés. Un dossier délicat et très technique. Tout le monde est d’accord pour reconnaître que plus rien ne justifie une différence de statut entre les ouvriers et les employés. Le hic, c’est que le préavis de licenciement des premiers est beaucoup plus court que celui des seconds. Les employeurs ne veulent pas un alignement vers le haut, car cela coûterait trop cher aux entreprises. Mais les syndicats refusent que les employés - ainsi que les ouvriers des secteurs qui ont négocié des préavis plus conséquents - soient, en moyenne, moins bien protégés contre le licenciement qu’aujourd’hui. L’impasse.

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