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Moins de diplômés infirmiers

V.R.

Mis en ligne le 22/12/2010

Le nombre de diplômés des écoles d’infirmiers baisse. La pénurie risque de s’aggraver.

Les hôpitaux recruteraient en masse à l’étranger, en Tunisie, au Liban, en Roumanie, ou ailleurs, pour faire face à une sévère pénurie d’infirmières. C’est ce qui se dit. Mais c’est sans doute fortement exagéré. Les gestionnaires d’hôpitaux ne passent par l’embauche internationale qu’en tout dernier recours. Car les obstacles restent nombreux. La barrière de la langue, les différences dans les qualifications, les complications administratives "C’est un phénomène assez marginal , explique Michel Mahaux, le directeur-adjoint de Santhea, fédération des hôpitaux francophones publics et non confessionnels . Dans les établissements, le nombre d’infirmiers et d’infirmières venant de l’étranger atteint au maximum 10 % du personnel."

On ne peut pourtant pas nier qu’il y a un problème de recrutement. De nombreux hôpitaux peinent pour remplir les cadres. Certains postes restent vacants pendants des mois parfois.

Le métier manquerait-il d’attrait ? On peut franchement se poser la question à la lecture des chiffres qui viennent d’être donnés par la ministre des Affaires sociales, Laurette Onkelinx (PS), interpellée sur le sujet par le député Denis Ducarme (MR). Les données montrent, en effet, que le nombre de diplômés qui sortent des Hautes-Ecoles et qui se font enregistrer auprès de l’autorité fédérale s’est tassé au cours de la décennie écoulée. Après un pic en 2001, où 4 165 infirmiers ou infirmières ont décroché leur diplôme, ce nombre a baissé ensuite pour finalement se situer à 3 329 en 2009 (voir graphique).

Cette diminution n’est toutefois pas uniforme. En fait, seule la Flandre est marquée par le tassement du nombre de diplômés sortant de la filière "Soins infirmiers". Après un record atteint en 2001 avec 2 632 diplômés, c’est la chute. En 2009, les écoles flamandes d’infirmières n’ont plus "produit" que 1 640 blouses blanches. C’est peu. Voilà qui n’améliorera pas le bilinguisme des services hospitaliers bruxellois. Mais le fond a peut-être été touché. En tout cas, et toujours d’après la ministre des Affaires sociales, le nombre d’inscriptions dans les écoles d’infirmiers en Flandre est en augmentation cette année, après une première hausse l’année dernière.

Nombre d’infirmiers diplômés par Région (2000-2009)

Année dernier diplôme | Flandre | Wallonie | Bruxelles | Belgique |

2000 | 2 259 | 1 292 | 215 | 3 766 |

2001 | 2 632 | 1 323 | 210 | 4 165 |

2002 | 2 437 | 1 205 | 244 | 3 886 |

2003 | 2 296 | 1 317 | 232 | 3 845 |

2004 | 2 340 | 1 276 | 224 | 3 840 |

2005 | 2 330 | 1 198 | 246 | 3 774 |

2006 | 2 389 | 1 237 | 331 | 3 957 |

2007 | 2 346 | 1 108 | 385 | 3 839 |

2008 | 1 894 | 1 258 | 434 | 3 586 |

2009 | 1 640 | 1 277 | 412 | 3 329 |

La situation est un peu différente au sud du pays. En Wallonie, le nombre de diplômés n’a ni diminué ni augmenté. Il est resté stable, autour des 1 200/1 300. Et à Bruxelles, il a presque doublé en dix ans : 215 nouveaux infirmiers diplômés en 2000, 412 en 2009.

Deux remarques, cependant. La première, c’est que les chiffres livrés par la ministre ne donnent aucune indication sur la nationalité des diplômées. Or, de nombreuses étudiantes françaises fréquentent les écoles d’infirmiers de la Communauté française. Jusqu’à remplir parfois 30 % des auditoires. Il faut savoir que le décret "résident" qui limite le nombre d’étudiants venant de l’étranger s’applique aux études de kiné, d’ergothérapie ou de sage-femme, mais pas à la filière "Soins infirmiers". Le phénomène fausse évidemment un peu les données.

Seconde remarque, le nombre d’inscriptions dans les écoles francophones n’a apparemment pas l’air de connaître une hausse comme en Flandre.

Cela dit, dans les milieux hospitaliers, ce n’est pas tant à cette relative désaffection des auditoires que l’on attribue la pénurie de main-d’œuvre. "Il y a assez de diplômés , poursuit Michel Mahaux . Ce qui fait problème, c’est que les diplômés quittent trop rapidement le marché du travail." L’Association belge des praticiens de l’art infirmier (ACN) avance que sur les 140 000 détenteurs d’un diplôme infirmier en Belgique, seuls 10 000 seraient encore actifs. Des chiffres plus ou moins corroborés par Laurette Onkelinx qui estime à 20 % le nombre d’infirmiers diplômés qui exercent effectivement leur métier. L’histoire dira si les mesures qui ont été prises - revalorisation financière du travail de soirée et de nuit, rémunération des fonctions spéciales, etc. - permettront, à terme, de freiner l’exode.

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