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La FGTB sème le trouble

Vincent Rocour

Mis en ligne le 04/02/2011

La FGTB va torpiller l’accord interprofessionnel. Une tuile pour Leterme 1er. Le PS osera-t-il braver son allié syndical et faire appliquer l’AIP malgré cela ?

Pour le suspense, il faudra repasser. Car le scénario de la pièce que va jouer la FGTB ce vendredi sur le coup de 15 heures est connu d’avance. On peut déjà vous le dire : il n’y aura pas de happy end. Le syndicat socialiste rejettera le projet d’accord interprofessionnel (AIP) pourtant négocié par ses deux leaders.

La centrale des employés - ­le Setca­ - avait été la première à flinguer le texte. Elle a entraîné toute l’organisation syndicale à sa suite. "Dès l’instant où le Setca réagissait aussi rapidement et durement, les autres centrales pouvaient difficilement dire autre chose qu’un non", commente un membre de l’appareil pas tout à fait satisfait du déroulement de la consultation. La centrale des métallos bruxellois et wallons a déchiré le texte ce mercredi à l’unanimité, suivant en cela l’exemple de son homologue flamande. La centrale générale a suivi de peu.

Les centrales les plus importantes de la FGTB ont donc rejeté le projet d’accord. Autant dire que le vote de ce vendredi au comité fédéral est plié. Et ce n’est pas la centrale des services publics qui pourrait inverser le cours des choses. La CGSP wallonne a consulté ses membres : le "oui" n’y récolte que 2,5 %. Chez les fonctionnaires, c’est en fait l’abstention qui domine (65 %). Ils sont évidemment moins concernés par cet accord qui, formellement, ne s’applique qu’au secteur privé.

Il y aura sans doute davantage de suspense au comité national de la CGSLB, qui se tiendra le matin. "Il ne faudrait pas croire que cela passera comme une lettre à la poste , commente un permanent du syndicat libéral. Les débats ont été riches. Mais sont plus compliqués que d’habitude ." Selon tous les pronostics, le syndicat libéral devrait toutefois approuver l’accord. Comme l’ont fait avant lui la CSC et toutes les fédérations patronales signataires de l’accord. Du reste, la voix de la CGSLB pèse quand même moins que celle de son homologue socialiste.

Le "non" probable de la FGTB constitue une tuile pour le gouvernement. Car c’est à lui que reviendra le devoir de prendre les décisions qui s’imposent en l’absence d’accord entre interlocuteurs. Et ce ne sera pas simple.

Il y a notamment un sérieux problème technique : le gouvernement est actuellement en affaires courantes. Il ne peut pas faire n’importe quoi. Sa marge de manœuvre a certes été élargie. Le Roi ne vient-il pas de lui demander de "prendre les mesures nécessaires sur le plan économique, social et financier pour préserver le bien-être des citoyens" ? Mais le concept d’affaires courantes n’est pas d’une élasticité infinie. On voit quand même mal le gouvernement régler seul l’harmonisation des statuts ouvriers et employés : c’est une opération qui demande des modifications importantes du droit social. Les interlocuteurs sociaux ont tracé un chemin à suivre. Mais de nombreux points devaient encore être négociés

Que va-t-il se passer alors ? Soit le gouvernement passe en force et adopte le projet malgré les affaires courantes et le refus de la FGTB. Après tout, le texte a été approuvé par presque tous les interlocuteurs sociaux. Mais c’est politiquement sensible pour le PS : les socialistes francophones oseraient-ils se fâcher avec la FGTB, le syndicat frère ? Ce dernier est déjà à cran, comme en témoigne l’organisation de cette grève générale hier dans la région du Centre. Ce vendredi, le syndicat socialiste devrait d’ailleurs imaginer un programme d’actions pour contrer le projet d’AIP et, plus généralement, créer le rapport de force avant l’adoption par le gouvernement du budget 2011. Certains, à la FGTB, n’écartent pas même l’idée d’organiser une grève générale à l’échelle nationale. Avec les autres syndicats de préférence. Sans eux, s’il le faut.

L’autre cas de figure pour le gouvernement, c’est de ne pas mettre en œuvre l’AIP. Mais c’est très délicat. Cela mettrait à mal la concertation sociale. La négociation salariale serait renvoyée vers les secteurs. Et l’on sait ce que cela signifie. Des troubles sociaux seraient à craindre.

Reste une troisième option pour le gouvernement, la plus crédible sans doute, c’est de mettre en œuvre un AIP light, limité à la seule année 2011. Comme le prévoyait d’ailleurs le projet d’AIP, les hausses de salaires seraient limitées à l’index. Par ailleurs, les mesures anticrise seraient prolongées pour la seule année 2011. Mais ce saucissonnage ne viendrait-il pas rompre l’équilibre déjà bien fragile du projet d’AIP ?

Savoir Plus

Un peu de bon sens, SVP !

La FGTB se prononcera ce vendredi sur l’accord interprofessionnel (AIP) conclu entre les organisations syndicales et le patronat. Un accord qui balise l’évolution des salaires pour les deux prochaines années mais qui harmonise aussi, et c’est inédit, les statuts ouvriers et employés. Plus que probablement, la FGTB va le rejeter alors que la CSC avait approuvé "sans enthousiasme" ledit accord.

Après avoir été salué par le monde politique et par les états-majors syndicaux, très prompts pour l’occasion à faire la leçon aux partis incapables d’accoucher d’un compromis communautaire, l’AIP a donc désormais du plomb dans l’aile. Et la base a clairement pris ses distances.

Dans la foulée du refus très probable de la FGTB, le pays risque, en plus de la crise politique actuelle, d’entrer dans une zone de turbulences sur le plan socio-économique. L’actuel gouvernement devrait, certes, comme c’est la tradition en cas de blocage, reprendre la main, passer en force et imposer l’accord aux parties mais il est affaibli dans son statut "d’affaires courantes". Sans parler de la pression que la FGTB exercera sur le PS pour torpiller cet accord, au grand dam des organisations patronales. Ou des risques de voir les actions de grève se multiplier sur le terrain, minant le moral des entrepreneurs confrontés à des conséquences économiques potentiellement très négatives.

Bref, un vent mauvais souffle sur cet AIP. Et pourtant, dans un pays où tout est à l’arrêt sur le plan politique depuis de longs mois maintenant et où l’exaspération du citoyen est croissante, la conclusion de cet AIP offrait enfin une perspective encourageante. Car, sur le fond, cet accord est dans le contexte économique actuel clairement défendable et acceptable : avec l’augmentation des prix pétroliers, facteur stimulant l’inflation, le maintien du sacro-saint principe de l’indexation des salaires est déjà, en tant que tel, un réel luxe. N’oublions pas que notre pays souffre toujours structurellement d’un écart de compétitivité par rapport aux pays voisins avec qui nous avons d’importantes relations commerciales.

Aussi, ce "non" de la FGTB pourrait être lourd de conséquences négatives. En termes économiques mais aussi sur l’image de notre pays, décidément terre de paralysie à tous les niveaux. Dans un contexte où les agences de notation suivent de près notre pays et où les spéculateurs attendent la moindre mauvaise nouvelle pour attaquer la maison Belgique sur les marchés financiers, notre pays ne peut prendre le risque d’ouvrir un nouveau front d’instabilité. Et si on revenait à un peu de bon sens ? Est-ce trop demander ?

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