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Les syndicats se positionnent

V.R.

Mis en ligne le 19/02/2011

Le gouvernement va mettre en œuvre le projet d’AIP, remanié, sans traîner. Les syndicats se préparent pour les négociations salariales dans les secteurs.

Maintenant, on peut le dire : la saga AIP s’achève. Et elle s’achève dans une certaine confusion. Vendredi, le Premier ministre a convié les interlocuteurs sociaux. Il voulait savoir ce qu’ils pensaient de la proposition de conciliation formulée par son gouvernement après le rejet du projet d’accord interprofessionnel (AIP) exprimé par deux syndicats - la FGTB et la CGSLB. Leur réponse n’a pas dû le surprendre. Les uns - les représentants des employeurs et ceux de la CSC - ont avancé qu’il fallait appliquer la version corrigée de l’AIP sans traîner. Les autres - les leaders de FGTB et de la CGSLB - ont jugé que les corrections apportées par le gouvernement restaient insuffisantes et qu’il fallait davantage. Des positions inconciliables qui ont convaincu le gouvernement de l’inutilité de relancer à nouveau la concertation sociale et de la nécessité de mettre un terme aux atermoiements en appliquant sans délai sa proposition de médiation.

Le gouvernement n’a donc pas été influencé par les actions organisées vendredi par la FGTB et la CGSLB en plusieurs endroits du pays. En Wallonie, la province de Liège et celle du Brabant wallon ont été touchées par des mouvements de grève sporadiques. La métallurgie liégeoise a été mise à l’arrêt, les bus du Tec-Liège et du Tec-BW ont circulé au compte-gouttes. Une manifestation a par ailleurs rassemblé 8 000 personnes à Liège, selon les estimations des organisateurs.

En Flandre, c’est à Anvers que la grogne syndicale s’est matérialisée : environ 2 000 personnes y ont défilé à l’appel des 2 syndicats. Et à Bruxelles, quelque 300 syndicalistes de la FGTB ont convergé vers le siège de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) pour une "action surprise". Une délégation a même pu rencontrer le président de la fédération patronale, Thomas Leysen.

La décision du gouvernement de mettre en œuvre sa proposition de conciliation ne refroidit d’ailleurs pas les ardeurs syndicales. La FGTB ne modifie pas son calendrier d’action. Les mouvements de contestation programmés dans la province de Luxembourg (jeudi 24) et dans le Namurois (le 25) sont maintenus. La journée d’action nationale du 4 mars aussi. Mais le cri de ralliement des syndicats a été élargi. " L’AIP n’est qu’une partie du problème et la réponse du gouvernement aux attentes des travailleurs n’est que partielle ", a indiqué vendredi la secrétaire générale de la FGTB, Anne Demelenne, à l’agence Belga. Le syndicat socialiste s’inquiète notamment des recommandations formulées par certains leaders européens visant à remettre en cause l’indexation automatique des salaires ou à forcer un relèvement de l’âge légal de la pension.

Le mot d’ordre de la journée du 4 mars sera donc pluriel. Ce qui explique d’ailleurs que les actions seront sans doute très diversifiées. Il pourrait y avoir des mouvements de grève dans certaines entreprises, des manifestations un peu partout dans le pays. " Aucun appel à une grève générale n’est en tout cas prévu ", glisse-t-on.

A noter que la CSC, qui avait dit "oui" dès le départ au projet d’accord interprofessionnel et qui était dès lors restée très discrète jusqu’ici, va progressivement sortir de sa réserve. Sans doute ne veut-elle pas laisser la FGTB et la CGSLB occuper seules la scène médiatique. Le 28 février, les deux centrales d’employés de la CSC organiseront un rassemblement à Bruxelles. Le syndicat chrétien orchestra au début mars une campagne pour la sauvegarde de l’indexation des salaires et le maintien de l’âge de la pension. Les détails de l’opération seront fixés mardi prochain.

Pour les syndicats, il s’agit là d’occuper le terrain, mais aussi (et peut-être surtout) de faire monter la pression sur les négociations salariales qui vont bientôt commencer dans les secteurs. Les syndicats veulent en découdre et tenter de contourner la norme salariale imposée par le gouvernement. " Les gens doivent pouvoir négocier leur pouvoir d’achat, surtout dans les secteurs et entreprises en bonne santé ", a ainsi clamé hier Jan Vercamst, le président de la CGSLB. Cela va tanguer.

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