La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Les Belges privés de 932 euros/mois
Frédéric Chardon
Mis en ligne le 04/03/2011
Dans un contexte de "vendredi noir" sur le plan social, voici une étude qui, selon les points de vue, tombera au bon moment ou comme un cheveu dans la soupe En effet, le centre d’études du PTB (Parti du travail de Belgique) vient d’analyser les possibilités d’augmentation salariale en Belgique.
Pour rappel, dans le cadre des négociations entre patrons et syndicats sur l’accord interprofessionnel, l’absence de marge salariale a été soulignée à plusieurs reprises, ce qui a éveillé l’intérêt du parti d’extrême gauche.
Résultat : sur la base des chiffres officiels de la Banque nationale, le PTB a identifié une importante marge salariale "cachée" de 932 euros bruts par mois et par travailleur (en moyenne). Marge qui est dite "cachée" car captée en réalité par les entreprises.
Fort de ce constat, le PTB estime donc réaliste de réclamer une augmentation des salaires belges de 3 à 5 % dans la majorité des secteurs. "Cela ne représenterait qu’une petite partie de cette fameuse marge cachée", remarque Raoul Hedebouw, porte-parole du parti.
Restez bien concentrés, voilà l’explication de ces chiffres. Pour définir cette marge "cachée", Marco Van Hees - le spécialiste du PTB qui avait déjà suscité la polémique en dévoilant les taux d’imposition "plancher" de nombreuses entreprises - a comparé la répartition des richesses nationales entre le capital et le travail telle qu’elle existe aujourd’hui par rapport à 1981. Soit avant les grandes vagues de libéralisation de l’économie en Belgique.
"Sur la période 1981-2010, les revenus primaires des sociétés (revenus directement tirés des activités de production et de la propriété) sont passés de 8,1 à 58,8 milliards d’euros, ce qui fait une augmentation de 626 %, note l’étude du PTB. En retirant l’impact de la hausse des prix, cette augmentation atteint 235 %. Sur la même période, les revenus primaires des salariés ont augmenté de 348 % ou 60 % si l’on retire l’impact de la hausse des prix."
Dès lors, si en valeur absolue tous les revenus augmentent, en valeur relative les parts du PIB (produit intérieur brut) ont évolué en sens inverse, celle des sociétés augmentant tandis que celle des salariés diminuait.
A ce sujet, le PTB constate que, de 1981 à 2010, le revenu primaire des sociétés est passé de 8,96 % à 16,75 % du PIB. La part des sociétés dans la répartition des revenus a donc presque doublé, augmentant de 7,79 % du PIB belge, essentiellement au détriment des salaires. Ces 7,79 % représentent donc la marge salariale cachée évoquée. Exprimée en montant, cette marge de 7,79 % vaut 27,3 milliards d’euros. "On ne voit pas pourquoi la compétitivité doit être sauvegardée par une modération des revenus du travail et non par une modération des revenus des sociétés", déclare-t-on au PTB.
On arrive à la fin du raisonnement : il reste à diviser ce montant par le nombre de salariés du privé (2,441 millions) pour arriver à 11 184 euros. "Ce montant correspond à l’augmentation de salaire annuel brut que chaque salarié du privé pourrait obtenir en cas de distribution de la marge salariale cachée. Cela représente une augmentation de 932 euros brut par mois." CQFD.
Sachant que le salaire mensuel moyen des salariés prestant à temps plein est de 2 936 euros brut, cela fait une augmentation moyenne de 32 %, précise encore l’étude du PTB. Pour les 10 % de salariés les moins bien rémunérés (gagnant moins de 1 911 euros brut par mois), elle représenterait une augmentation d’au moins 49 %.
Face aux conclusions du PTB, Etienne de Callataÿ, chief economist au sein de la banque privée Degroof, confirme en partie : "La répartition des richesses a en effet évolué, ces trente dernières années, en faveur des détenteurs du capital, dit-il. Mais il faut apporter des nuances. En effet, il y a également plus de revenus socialisés transitant par l’Etat. Les salariés ont perdu, oui, mais les "capitalistes" ne sont pas les seuls à en avoir profité : les allocataires sociaux également !"
Sur la proposition d’augmentation des salaires sur la base de cette marge cachée, Etienne de Callataÿ est plus réservé : "C’est malhonnête car cela ne fera qu’exacerber les problèmes de compétitivité et ce sont les salariés, particulièrement les travailleurs non qualifiés, qui en pâtiront. Il ne faut pas non plus oublier que, grâce à la nouvelle organisation de l’économie, les performances de la Bourse ont été bonnes sur les trente dernières années, et les travailleurs ont donc pu bénéficier partiellement de cette nouvelle répartition du gâteau. Notamment via l’épargne pension. Enfin, ces trente dernières années, le nombre de salariés a diminué au profit du nombre d’indépendants, ce qui modifie également la répartition capital-travail."
Et qu’en pensent les patrons ? Contactée hier, la FEB a préféré ne pas commenter l’analyse du PTB.
Onkelinx: "On ne jette des...
Cannes 2012 : Brad Pitt fait son...
Il survit à un plongeon dans les...
Brad Pitt : 'Aucune date de mariage'