Abonnez-vous a La Libre Belgique

Syndicats: "Les gens ont besoin de plus"

Vincent Rocour

Mis en ligne le 04/03/2011

La FGTB mène ce vendredi une journée d’action. Myriam Delmée (Setca) mène la fronde. Pour de meilleurs revenus et le maintien de l’indexation.
Entretien

La FGTB et la CGSLB mènent ce vendredi une série d’actions qui, au final, devraient sérieusement perturber le déroulement normal de l’économie belge, et singulièrement wallonne. Si les trains rouleront sans doute normalement (et encore, des perturbations sont à prévoir ça et là), les transports en commun régionaux tourneront au ralenti. De nombreux grands magasins seront par ailleurs en grève, de même que les principales entreprises des bassins industriels.

C’est le projet d’accord interprofessionnel, paraphé dans un premier temps par les leaders de tous les syndicats mais rejeté ensuite par la base la FGTB et la CGSLB, qui est à l’origine de la contestation. La grogne a ensuite été alimentée par des menaces - supposées ou réelles - que la chancelière allemande Angela Merkel d’abord puis le gouverneur de la Banque nationale Guy Quaden ont laissé planer sur la pérennité du principe d’indexation automatique des salaires. La première a estimé que ce genre de mécanismes devait être banni dans tous les pays de la zone euro. Le second s’est inquiété des effets de l’indexation automatique des salaires sur l’inflation.

Ce vendredi, à la pointe de ce mouvement de grogne, on retrouvera immanquablement les affiliés du Setca. C’est en effet la centrale des employés de la FGTB qui avait mis le feu aux poudres. L’encre du projet d’accord interprofessionnel n’était pas sèche qu’elle carbonisait déjà le texte. Entretien avec Myriam Delmée, vice-présidente du Setca.

Ce vendredi, vous allez être en tête des actions ?

Ah oui, cela, je vous le confirme. Il y aura des arrêts de travail dans la grande distribution, l’industrie, le secteur des services là où c’est possible On organisera aussi des blocages devant les zonings où l’on trouve de plus petites entreprises sans délégation syndicale.

On a quand même l’impression que le mot d’ordre est un peu confus. La FGTB s’oppose à l’AIP. Mais cet AIP a été corrigé par le gouvernement et on sait très bien qu’il ne sera plus modifié…

Les axes restent les mêmes. Ce qui est sur la table en terme de pouvoir d’achat n’est pas acceptable. Le gouvernement promet une augmentation du salaire minimum interprofessionnel. Mais c’est la collectivité qui va la payer. Lors de l’accord interprofessionnel précédent, on avait dit qu’on pouvait accepter la logique d’une hausse limitée au revenu net, mais de façon exceptionnelle. Ce n’est pas la peine de nous le resservir maintenant. Quant à la hausse du pouvoir d’achat de 0,3 %, je suis désolée, ce sont des cacahuètes. Cela représente 6 euros pour un salaire moyen, à partir de 2012 seulement, et on sait que ce sera fin 2012 en pratique. Ce n’est pas crédible. Les gens ont besoin de plus que cela. Et puis, il y a les attaques répétées contre l’index. Leterme a beau faire toutes les déclarations qu’il veut. Les attaques européennes contre des acquis sociaux belges sont très inquiétantes.

Mais dans le projet d’AIP, l’indexation des salaires est garantie. C’est contradictoire…

Ce n’est pas seulement le maintien de l’index dans son principe que l’on veut. C’est son maintien tout court. Si on touche au panier de produits qui sert de base au calcul de l’index ou si on modifie la fréquence d’adaptation des salaires, on maintiendrait le principe de l’indexation. Mais dans la pratique, il serait vidé de sa substance.

Le gouvernement lui-même a bétonné l’indexation…

C’est un gouvernement en affaires courantes. Il est là pour combien de temps encore ? Et puis, est-il en mesure de résister à la pression européenne ? Je ne suis pas rassurée.

Pensez-vous qu’en bloquant des bus et en fermant des magasins vous infléchirez les grands dirigeants européens ?

Vous pensez qu’en ne faisant rien, cela va aller mieux ? Les travailleurs doivent bien utiliser les armes à leur disposition pour créer un rapport de force, pour contrer le lobbying des employeurs en faveur d’une modification du principe d’indexation des salaires.

Pensez-vous pouvoir modifier le projet d’AIP tel qu’il a été fixé par le gouvernement ?

Il doit passer par le Parlement. Je ne suis pas naïve au point de croire que le projet sera changé du tout au tout. Mais j’ai entendu des déclarations de certains députés, qui veulent déposer des amendements.

Les deux négociateurs de la FGTB avaient signé le projet d’AIP avant que votre organisation le rejette. Vous vous êtes sentis mal représentés ?

Ils n’ont fait que le parapher. Ce n’était pas une approbation.

Mais s’ils ne l’avaient pas paraphé, ils ne l’auraient pas présenté aux instances de la FGTB. Cela a posé un problème ?

Non. On a une tradition de démocratie à la FGTB. Les instances se sont prononcées. Elles ont rejeté le texte. Et la structure s’est alignée. Du reste, je n’ai pas non plus senti un enthousiasme débordant de la part de nos négociateurs. Ils ne nous ont quand même pas présenté le texte comme étant la huitième merveille du monde.

Et après ce vendredi, que va-t-il se passer ?

Il y aura samedi, et puis dimanche.

Mais il y aura d’autres actions ?

La FGTB réunira ses instances la semaine prochaine pour décider des suites à donner à notre journée. Mais il est trop tôt pour en parler.

Sur le même sujet:

Autres Informations

Facebook

À ne pas manquer

ESSENTIELLE

Retrouvez toute l'actualité féminine, mode et bien-être sur le site essentielle.be

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Haut de page