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Les syndicats en chiens de faïence

V.R.

Mis en ligne le 09/04/2011

CSC et FGTB manifestent ensemble à Budapest. Mais leur front est lézardé.

CSC et FGTB manifestent ensemble ce samedi. Et ce n’est pas rien. Car depuis des mois, le syndicat chrétien et son alter ego socialiste sont à couteaux tirés. Mais marcheront-ils vraiment côte à côte de gaieté de cœur ? On peut se le demander. La manifestation de ce samedi, c’est à Budapest qu’elle a lieu. Elle est organisée par la Confédération européenne des syndicats dont l’un et l’autre sont des membres fort actifs. Mais ils se rendent dans la capitale hongroise dans des avions différents alors qu’au départ leur délégation devait y aller ensemble. La raison invoquée pour expliquer ce changement, c’est que les demandes de militants voulant participer à la manifestation ont afflué et qu’un seul avion ne suffisait plus pour pouvoir les y acheminer tous. C’est possible. Mais cela conforte ce sentiment qu’entre les deux grands syndicats, l’heure n’est toujours pas franchement à la détente. Malgré les tentatives de rabibochage.

La division est apparue béante le 24 mars dernier, lorsque la FGTB et la CSC, qui devaient manifester ensemble contre une Europe de l’austérité, ont finalement organisé une concentration chacun de leur côté. Avant cela, il y a eu le cavalier seul de la FGTB, et dans son sillage, la CGSLB, dans une croisade contre le projet d’accord interprofessionnel. Au cours de la journée d’action du 4 mars, des militants de la FGTB auraient invité des affiliés de la CSC à prendre congé en leur promettant le versement d’une prime de grève - mais contre promesse de changer de "camp". Ces tentatives de débauchage seraient assez isolées. Mais le syndicat chrétien les a peu appréciées. Et l’a fait savoir.

La tension ne vient cependant pas des leaders eux-mêmes. Les relations entre Luc Cortebeeck, le président de la CSC, Rudy De Leeuw, son homologue socialiste, et l’on pourrait ajouter à ce duo Jan Vercamst, le président de la CGSLB, sont plutôt bonnes. " Ils sont en permanence en contact ", confie un lieutenant d’état-major.

C’est sur le terrain que la tension est palpable. Pour différentes raisons. La perspective des élections sociales commence à créer comme une animosité naturelle dans certaines entreprises. Les délégations syndicales qui ont reculé lors du scrutin précédent voudront regagner le terrain perdu. Certes, l’échéance est encore fort éloignée - les élections sociales auront lieu entre le 7 et le 20 mai 2012 selon le calendrier retenu hier par le gouvernement. Mais d’importantes négociations salariales commencent ou vont commencer. Dans les secteurs d’abord. Dans les entreprises ensuite. Pour les représentants syndicaux, ce sont des rendez-vous à ne pas rater. Sous peine de morfler lors des élections sociales. D’où la nervosité.

Or, si la CSC a approuvé la norme salariale négociée avec le patronat - qui prévoit l’indexation des salaires plus une hausse de 0,3 % en 2012 -, la FGTB et la CGSLB l’ont jugée inacceptable et l’ont rejetée. Dans les secteurs où il est possible d’obtenir des hausses plus importantes, ces deux-là n’hésiteront pas à créer le rapport de force. Les négociateurs de la CSC risquent alors d’être tiraillés entre la position toute en retenue adoptée par leurs instances dirigeantes et la nécessité de ne pas laisser les autres délégations syndicales se porter en pointe.

Et ce dilemme, on sent bien que c’est en Flandre qu’il est le plus délicat à négocier pour la CSC. En Wallonie, de nombreuses sections du syndicat chrétien ont rejeté la norme salariale. Les sections flamandes ont opté plus résolument pour le oui. Et de ça, certains à l’ABVV - la FGTB flamande - pourraient bien être tentés d’en profiter.

Les présidents des deux syndicats se sont rencontrés au début de la semaine pour tenter d’aplanir les tensions. Mais on ne sait pas trop ce qui est sorti de leur tête-à-tête. Leur désir de tourner la page est sans doute réel. Mais ce désir n’est pas partagé par tous. " Tant à la CSC qu’à la FGTB" , analyse un ténor syndical, " il y a certaines personnes, une minorité sans doute, qui estiment qu’on peut se passer du front commun. Si on n’arrive pas à leur faire entendre raison rapidement, il faudra attendre longtemps avant de ressouder le front commun. On sait bien que la période des élections sociales n’est pas propice à l’unité. Or, c’est maintenant, qu’il faut resserrer les rangs. L’Europe nous promet l’austérité. Il faudra se défendre. Et sur ce plan, nous sommes sur la même ligne ."

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