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La Flandre cible les chômeurs bruxellois
Vincent Rocour
Mis en ligne le 29/04/2011
En ces temps de blocage institutionnel persistant, la chose paraît relever du miracle : le ministre de l’Emploi flamand, le N-VA Philippe Muyters et son homologue bruxellois, le CDH Benoît Cerexhe, sont en passe de signer un accord de coopération en matière d’emploi. Leur projet d’accord a été approuvé en première lecture par leur gouvernement respectif. Il ne fait dès lors plus aucun doute qu’il sera rapidement mis en œuvre.
Ce n’est pas une première. Benoît Cerexhe était déjà ministre de l’Emploi lorsque le premier accord de coopération de ce genre a été signé avec la Flandre. On était en 2007 et le ministre flamand de l’époque, c’était le SP.A Frank Vandenbroucke. L’accord qui est en passe d’être bouclé réactualise en somme cet accord-là, le prolonge jusqu’en 2015. Et l’amplifie. "Cela démontre que nous sommes passés à une collaboration adulte avec la Région bruxelloise", se félicite Philippe Muyters.
La coopération entre les deux Régions repose sur un constat simple. Il y a à Bruxelles un grand nombre de chômeurs - bon an mal an 100 000. Et à quelques kilomètres de là, en Flandre, on trouve de nombreuses entreprises qui pleurent après de travailleurs en nombre suffisant. Dans les communes de la périphérie bruxelloise, le taux de chômage se situe en dessous de 5 % - ce qui s’apparente pratiquement à du plein-emploi. L’idée, c’est de pousser les chômeurs bruxellois à occuper les emplois vacants en Flandre. "Tout le monde y gagne, professe Benoît Cerexhe. Les entreprises flamandes confrontées à une pénurie de main-d’œuvre, les chômeurs bruxellois qui reçoivent de nouveaux débouchés et l’Etat fédéral puisque chaque fois qu’un chômeur trouve du boulot, ce sont des allocations sociales en moins et des rentrées fiscales en plus."
En dépit de certains obstacles (notamment la connaissance du néerlandais), les résultats du premier accord sont plus que satisfaisants. En 2007 et 2010, l’office flamand de l’Emploi, le VDAB, a fait parvenir 5 147 offres fermes à son homologue bruxellois, Actiris. Ce dernier y a répondu en envoyant plus de 11 000 demandeurs d’emploi. Les deux ministres ne savent pas exactement combien de chômeurs ont ainsi pu trouver un travail. Les entreprises ne communiquent pas forcément le résultat des entretiens d’embauche. Mais les statistiques montrent qu’entre 2007 et 2010, 9 370 Bruxellois ont trouvé un emploi en Flandre. Il ne fait peu de doute qu’un certain nombre d’entre eux doit la relance de leur carrière professionnelle à cet accord de coopération Flandre-Bruxelles. Tout comme on peut supposer qu’il n’est pas pour rien dans le fait que le nombre de navetteurs sortant chaque jour de Bruxelles pour aller travailler en Flandre a augmenté de 17 % au cours de la période.
Le nouvel accord de coopération - pour la période 2011-2015 - veut transformer le premier essai. Négocié par les deux cabinets ministériels pendant des mois, il fixe cette fois des objectifs "assez ambitieux". Le VDAB s’engage à faire parvenir 1 500 offres d’emploi par an à la Région bruxelloise. Actiris, de son côté, promet de mobiliser 6 demandeurs d’emploi pour chacune des offres. Au total 9 000 chômeurs bruxellois seront donc impliqués tous les ans par le dispositif. La Flandre débloquera par ailleurs 150000 euros pour parfaire la formation linguistique des demandeurs d’emploi bruxellois. "En cette période où tout le monde doit se serrer la ceinture, ce n’est pas rien", commente Philippe Muyters. Son homologue bruxellois relance : "Cela démontre que la collaboration fonctionne bien. Et si cela fonctionne bien en matière d’emploi, pourquoi pas dans d’autres domaines. Je suis demandeur." Faut-il y voir une préfiguration de la Belgique de demain ?
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