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L’AIP coince dans les secteurs

V.R.

Mis en ligne le 07/05/2011

Les syndicats se ménagent pour les négociations dans les entreprises.

On a beaucoup parlé de l’accord interprofessionnel, de son rejet par deux des trois syndicats belges, de sa traduction en loi par le gouvernement. On en a beaucoup parlé parce que la FGTB et la CGSLB ont mené des grèves tournantes dans le pays, tous les vendredis du mois de février, avant de tenter de bloquer l’économie du pays le 4 mars dernier. Mais ces mouvements de grogne n’ont pas fait fléchir le gouvernement. Si des garanties ont été données, notamment sur le maintien de l’indexation automatique des salaires, pour amadouer les syndicats, la modération salariale telle que prévue dans la copie initiale des interlocuteurs sociaux a été intégralement adoptée. Les salaires seront indexés au cours des deux prochaines années, mais ils ne pourront pas aller beaucoup plus haut que l’index : au maximum 0,3 % en plus. Le Conseil central de l’économie table sur une indexation de 3,9 % en 2011 et 2012. La hausse des salaires ne dépassera donc pas les 4,2 % au cours des deux prochaines années.

Ce que les deux syndicats réfractaires n’avalent pas, c’est qu’au moment où on leur impose une norme salariale étriquée, de nombreuses entreprises retrouvent une belle santé financière et octroient parfois des bonus jugés généreux à leurs cadres dirigeants. A plusieurs reprises dans les manifestations et les meetings, les leaders de la FGTB ont lancé qu’ils ne se sentaient pas tenus par la norme salariale, et qu’ils négocieront des hausses de salaires allant au-delà. En d’autres mots, ce qu’ils n’ont pas obtenu au niveau interprofessionnel, ils tenteront de l’arracher dans les secteurs ou et dans les entreprises.

Or, l’heure de la négociation a largement sonné dans les secteurs. Les membres des commissions paritaires sont à l’œuvre. Mais l’on ne peut pas dire qu’elles avancent fort. Un projet d’accord a été approuvé dans le secteur de la chimie - c’était le premier. Quelques secteurs moins importants ont suivi, comme celui de la production de papier. Mais ailleurs, c’est le blocage. Dans le secteur financier, on serait "nulle part" selon une source syndicale. Dans la métallurgie, les négociations sont suspendues. Enervés par le surplace, les syndicats n’hésitent pas à montrer les dents. Un préavis de grève - arrivant à échéance le 15 mai - a notamment été déposé dans le secteur du verre.

Les syndicats tentent d’arracher des hausses de salaires plus importantes que la marge salariale arrêtée par le gouvernement. Mais les employeurs ne s’en laissent pas compter. Ils font valoir que le handicap salarial de la Belgique par rapport aux pays voisins, et singulièrement par rapport au géant allemand reste important. Et ils ont la loi pour eux.

Résultat ? Aucun des rares accords conclus jusqu’à présent ne prévoit une norme salariale allant au-delà des 0,3 % en plus de l’indexation. Les syndicats ont dû se rabattre sur des avancées plus qualitatives. Ils forcent les employeurs à accepter de rallonger le préavis de licenciement des ouvriers - une vieille revendication du monde syndical.

Mais les revendications salariales ne sont pas rangées au placard pour autant. Elles réapparaîtront lors des négociations dans les entreprises. Un leader de la FGTB ne le cache pas. "Tout le monde sait très bien que l’accord sectoriel dans la chimie est un accord minimal. Les délégations négocieront dans les entreprises des hausses de salaires allant au-delà de la norme. Certaines entreprises du secteur en ont les moyens."

Ce qui, dans certains cas, va créer des tensions. "La difficulté , explique un négociateur syndical de la CSC , c’est qu’au niveau du secteur, on est très limité. Les formes alternatives de revalorisation salariales, les bonus, les chèques-repas ou autres écochèques, se négocient dans les entreprises. Nos dirigeants ont approuvé l’accord interprofessionnel en croyant pouvoir éviter le conflit. Mauvais calcul. Le conflit aura bien lieu, aux étages inférieurs, où il risque de se fragmenter en une myriade de petits conflits. Ce sera pire."

D’autant que la perspective des élections sociales programmées en mai 2012 va accentuer la rivalité entre les délégations. Et l’on sait comment cela se traduit sur le terrain. Les futurs candidats vont devoir se montrer durant la négociation, prouver qu’ils défendent au mieux les intérêts des travailleurs de l’entreprise. C’est un contexte propice à la musculation et à la surenchère. L’été sera chaud.

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