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Le milliard caché du secteur du diamant

J. La.

Mis en ligne le 05/09/2011

VIDEO Des comptes secrets à la banque HSBC à Genève mènent à Anvers. Quelque 170 diamantaires y auraient logé des sommes colossales.

Un milliard de dollars, soit l’équivalent de 700 millions d’euros : c’est le montant d’argent noir que des Belges détiendraient sur des comptes secrets à la banque HSBC. Ces comptes appartiennent notamment à 170 diamantaires anversois réputés, révélait samedi le quotidien flamand "De Tijd" qui a pu consulter la liste des détenteurs de ces comptes.

L’affaire n’est pas neuve. On savait que des Belges détenaient de l’argent dans les succursales suisses de cette banque et que la Belgique avait obtenu, via la France, les noms. L’affaire débute en effet par un vol de données bancaires par un informaticien de la filiale genevoise de la banque britannique HSBC Private Bank, entre 2006 et 2007. Quand la banque découvre l’affaire, l’employé, Hervé Falciani, est arrêté et interrogé en décembre 2008. Libéré, il se réfugie dans le sud de la France. Mais la Suisse envoie à son voisin une demande d’entraide judiciaire.

Les autorités françaises découvrent l’existence de l’employé et mettent la main sur ses fichiers. Les données concernent quelque 130 000 comptes de 79 000 titulaires. Le parquet de Nice a ouvert une enquête sur plus de 8 000 contribuables français. Les pays voisins, comme l’Espagne et l’Italie, ont signifié leur intérêt. La Belgique également. En juillet 2010, l’Inspection spéciale des impôts (ISI) a reçu les données de quelque 800 contribuables belges. Elle s’est concentrée sur les 500 plus gros dossiers et a transmis les autres au Service des décisions anticipées. En janvier dernier, l’ISI a informé une série des clients repris sur la liste HSBC qu’elle disposait d’indices de fraude. Mais sans dévoiler ses cartes. Certaines des personnes, sachant que le fisc ne disposait pas toujours de tous les comptes, ont lancé des procédures pour le forcer à montrer son jeu. Elles sont toujours pendantes devant le Conseil d’Etat. Le parquet d’Anvers a également ouvert une instruction judiciaire. Le procès devrait s’ouvrir en mai prochain : les noms devraient alors apparaître au grand jour.

"De Tijd" a néanmoins pu consulter des listes de noms. Et parmi ceux-ci figurent quelque 170 diamantaires anversois établis dans le "Diamond Square Mile", soit les quelques rues où la plupart des entreprises du secteur ont leur vitrine. Y figurent des poids lourds, comme trois dirigeants de l’Antwerp Diamond Bourse qui, avec ses 1 100 membres est la plus grande bourse aux diamants d’Anvers. Ce qui conduit à se poser la question : "Comment autant de membres d’une même profession se retrouvent-ils dans la même banque à Genève ?" HSBC aurait-elle comblé le vide laissé par la chute, en 1997, de la banque Max Fischer, où des diamantaires avaient des comptes secrets ?

L’Antwerp World Diamond Centre (AWDC), organisation représentative de la place diamantaire d’Anvers, nie toute implication. "Nous n’avons rien à voir. Nous avons au long de l’enquête, collaboré avec le parquet", a indiqué sa porte-parole, Caroline De Wolf.

Le secteur du diamant n’est pas repris -à l’inverse du nettoyage ou de la construction- dans la liste des secteurs à suivre définie par Carl Devlies, secrétaire d’Etat à la lutte contre la fraude fiscale. "Il n’y a pas dans ce secteur d’articulation fraude sociale et fiscale. Ici c’est de la fraude fiscale, sur lequel le parquet d’Anvers est spécialisé et performant", explique-t-il.

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