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FEB: "Interdire la prépension avant 60 ans"

Vincent Rocour

Mis en ligne le 22/09/2011

Pour les patrons, le Pacte des générations est un échec. Ils veulent la fin des prépensions avant 60 ans et un débat sur le relèvement de l’âge légal de la pension.
Entretien

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) organisait ce mercredi une journée d’étude sur le thème des seniors, un "précieux capital humain et professionnel" qu’elle juge "souvent négligé". Ce n’est pas un hasard. A la demande de la ministre de l’Emploi Joëlle Milquet (CDH), le Conseil national du travail planche actuellement sur une évaluation du Pacte des générations ficelé en 2005, qui devait amener les Belges à quitter le marché du travail plus tard. Cette évaluation est attendue pour le 1er octobre. Et puis, la Belgique doit dire, le 18 octobre prochain, quelles suites elle donne aux recommandations de la Commission européenne - notamment celle de relever l’âge du départ à la retraite. Entretien avec le nouveau président de la FEB, Pierre-Alain De Smedt.

Quelle évaluation faites-vous du Pacte des générations ?

Ce pacte a eu ses mérites. Mais les résultats sont nettement insuffisants. Les syndicats font valoir que le nombre de prépensions a diminué pour les travailleurs de 50 à 55 ans. C’est vrai. Mais leur nombre a augmenté dans les tranches d’âge supérieures. Il y a à peu près 120 000 prépensionnés en Belgique aujourd’hui contre un peu moins de 110 000 il y a six ans. Soit une hausse de 10 %. Et le coût a augmenté de 27 %. Il y a six ans, l’âge moyen de sortie du marché du travail était de 59 ans. Il est toujours de 59 ans. Le résultat global n’est pas bon.

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Le Pacte des générations a durci les conditions d’accès à la prépension pour les moins de 58 ans, mais, dans le même temps, il ouvrait d’autres portes de sortie du marché du travail. Il a notamment assoupli l'accès au crédit-temps. Les travailleurs de plus de 50 ans se sont rués dessus.

Et puis, il y a une sorte de conspiration du silence. Cela arrange tout le monde que les travailleurs âgés quittent tôt le marché du travail. Les employeurs, parce que ce sont des travailleurs qui coûtent un peu plus cher - en Belgique, de nombreux barèmes évoluent selon l’ancienneté - et qui sont un peu plus souvent malades. Mais cela arrange aussi les autorités publiques. Au-delà de 50 ans, un chômeur disparaît des statistiques. La seule manière de modifier la situation, c’est de changer les règles.

Pourquoi vouloir changer la situation ? La situation de l’emploi n’est pas si mauvaise en Belgique…

Sans changement, nous allons droit vers le gouffre. Depuis l’année dernière, il y a davantage de gens qui sortent du marché du travail que de jeunes qui y entrent. Dans les cinq ans à venir, 500 000 personnes supplémentaires seront parties du marché du travail. Conséquence ? La Belgique devra trouver 700 000 travailleurs de plus si elle veut maintenir un taux de croissance économique à un niveau acceptable. Or, aujourd’hui, dans la tranche d’âge entre 50 et 65 ans, il y a 550 000 personnes hors du circuit du travail : ils sont chômeurs, prépensionnés ou à la pension anticipée. C’est trop. La Belgique est, avec l’Italie, le pays d’Europe qui affiche le taux d’emploi des plus de 55 ans le plus bas : seulement 37 %. En Allemagne, 58 % des gens travaillent après 55 ans. Si on ne maintient pas les gens plus longtemps au travail, on aura un sérieux problème de main-d’œuvre. Il y a déjà 100 000 emplois qui ne trouvent pas preneurs.

Que proposez-vous ?

Le plus délicat, ce sont les prépensions. Elles coûtent cher aux entreprises mais aussi à la collectivité. Nous pensons qu’il ne faudrait plus autoriser les prépensions avant l’âge de 60 ans. Le système a d’ailleurs pratiquement disparu dans tous les pays européens. Le problème, c’est que dans la note du formateur Di Rupo, il n’y a pas grand-chose là-dessus. Il faut pourtant agir rapidement.

Plusieurs pays européens ont décidé ces dernières années de relever l’âge légal de la pension. Vous y êtes aussi favorable ?

Outre le relèvement de l’âge du départ à la prépension à 60 ans, nous prônons le relèvement à 62 ans de l’âge à partir duquel un travailleur peut demander sa pension anticipée. Et puis, effectivement, nous pensons qu’il faut réfléchir à l’opportunité de relever l’âge de la pension légale au-delà de 65 ans.

Ces changements doivent s’accompagner d’une meilleure activation pour les plus de 50 ans. Les chômeurs âgés doivent être davantage suivis que maintenant. Et les travailleurs de plus de 50 ans doivent se sentir "persona grata" dans les entreprises. Pour les travaux lourds, il faut par exemple pouvoir trouver des adaptations afin de ne pas user les aînés.

Dans des secteurs comme la construction, il est plus difficile de trouver des aménagements pour les travailleurs âgés…

C’est vrai. Mais la santé des travailleurs de plus de 50 ans est meilleure qu’il y a 30 ans.

Vous espérez être entendu par le prochain gouvernement ?

Ce qui nous inquiète, c’est de savoir qui va se présenter devant l’Europe. Si c’est Yves Leterme, le dossier sera peu consistant. Un gouvernement en affaires courantes ne peut pas prendre de mesures structurelles. Or, c’est ce qu’il faut. Si c’est Elio Di Rupo, je crains qu’il n’ait pas le temps de faire l’accord de gouvernement, de composer son équipe, etc. On sera vite au 18 octobre.

Les partis qui négocient la future coalition ont déjà planché là-dessus. La note Di Rupo avance des pistes.

La note du formateur nous semble très insuffisante, singulièrement sur le plan des prépensions. Et puis, l’effort nous paraît déséquilibré. Il y a deux tiers de charges supplémentaires pour seulement un tiers de réductions de dépenses. Dans un des pays les plus fiscalisés au monde, cela n’ira pas. Tout le monde cherchera des moyens de payer moins d’impôts. On va booster la fraude sociale, la fraude fiscale.

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