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Les sciences, ces mal aimées
L. G.
Mis en ligne le 26/09/2011
Les études scientifiques n’ont pas la cote auprès des jeunes. Le constat n’est pas neuf, on tente d’inverser la tendance, mais les choses ne s’arrangent pas. A l’université, comme en Haute Ecole, les sciences n’attirent pas, ou pas assez.
Les statistiques de population universitaire du Cref (le conseil des recteurs des universités francophones de Belgique) sont assez parlantes à cet égard. En 1987-1988, la Communauté française comptait 51 000 étudiants universitaires. Parmi ceux-ci, plus de 13 000 fréquentaient le domaine des sciences (physique, chimie, agronomie, ingénieur civil ). Soit un quart environ. Une bonne vingtaine d’années plus tard, en 2009-2010, les universités francophones comptent quasi 77 000 étudiants, soit une progression de près de 50 %. Dans le domaine des sciences, ils sont un peu plus de 14 000, soit à peine un millier de plus. A titre de comparaison, durant la même période, la fréquentation des sciences sociales est passée de 29 000 à 44 000 unités.
Et alors que les étudiants ont retrouvé le chemin des auditoires, les premiers chiffres pour cette année, provisoires, ne semblent pas devoir contredire cette tendance. Même si l’on constate, par exemple, une légère augmentation des inscriptions en ingénieur civil et bioingénieur à l’UCL, ou que la fac de sciences de l’ULB voit ses chiffres progresser.
"On a assisté à une chute des inscriptions en bac 1 ces dernières années", témoigne le Pr Cloots, doyen de la faculté de sciences de l’ULg. "Cette chute a même été brutale l’an dernier, même si on retrouve cette année le niveau de 2009. Mais en dix ans, on a perdu, c’est clair. Nos "lignes de production" sont loin d’être saturées. Pourtant, ce serait bien utile à l’industrie. Et l’enseignement va manquer de profs."
François Reniers, doyen de la fac de sciences de l’ULB (qui a vu augmenter sa population ces cinq dernières années, mais "légèrement"), ne dit pas autre chose. "Moi, dans mon labo, je reçois des demandes d’entreprises qui recherchent des chimistes. Mais on n’en produit pas assez. Elles vont dès lors chercher des scientifiques en France ou ailleurs."
Les opérations de promotion des sciences (olympiades, printemps des sciences, ) ne manquent pourtant pas. Mais elles n’ont guère d’effet. Peut-être faudrait-il prendre exemple sur les Etats-Unis. François Reniers constate que les industries se plaignent de ne pas trouver de scientifiques, mais "ne font pas de campagnes attrayantes". "Aux USA, des stars du golf ou du tennis participent aux campagnes, des vidéos passent sur CNN, Ils ont vu que c’était nécessaire. Sinon, ils devront délocaliser dans le Sud-Est asiatique." Cela dit, les universités aussi sont en tort, estime-t-il : "On sort des prix Francqui, mais on a un problème d’image. Le produit est bon, mais la manière de le vendre ne l’est pas." Raison pour laquelle l’ULB vient d’engager une chargée de communication spécialement pour la fac de sciences.
Du côté de l’enseignement supérieur non universitaire, la situation n’est pas meilleure. "Le nombre d’étudiants est stable", déplore Toni Bastianelli, le directeur-président de la Haute Ecole de la province de Liège, qui organise des bacheliers en agronomie, chimie, "Nous menons pourtant de nombreuses actions pour valoriser ces filières, les rendre attractives, mais cela ne porte pas ces fruits. Et le constat est le même dans les autres Hautes Ecoles. Globalement, il n’y a pas de croissance significative du nombre d’étudiants, alors que ce sont des filières porteuses."
Les débouchés ne manquent, en effet, pas pour les diplômés des filières scientifiques. "Nos mathématiciens sont directement engagés dans l’actuariat, dans les banques, Nos informaticiens sont tous enrôlés dans des entreprises high-tech. Et puis, il y a une pénurie d’enseignants dans le secondaire. On manque de bons enseignants, et on ne suscite donc pas assez de vocations."
Pour nos interlocuteurs, la rigueur que l’on associe aux études scientifiques et les efforts qu’elles demandent des étudiants rebutent beaucoup de jeunes "qui cherchent sans doute un parcours moins exigeant". Mais les causes sont multifactorielles : image péjorative de métiers techniques, image négative d’une partie de l’industrie, mauvaise communication, manque de passion communiquée par les enseignants du secondaire, Et la recette pour inverser la tendance, personne ne la connaît.
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