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Les étudiants français reviennent en masse

Laurent Gérard

Mis en ligne le 27/09/2011

Les quotas de non-résidents ont disparu dans six filières. Parfois aux dépens des Belges.

Attention, ils reviennent ! Les étudiants français, poussés à l’émigration en raison des concours que leur pays organise à l’entrée des filières paramédicales, sont de retour. Leur accès à certaines filières avait été limité par le décret "non-résidents" de 2007 mais les quotas (30 %) d’étudiants étrangers (essentiellement français, étant donné la langue commune) que la Communauté française avait fixés ont été jugés non fondés par la Cour constitutionnelle. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), a dès lors fait savoir dans une circulaire aux Hautes Ecoles datant de juin dernier que, dorénavant, le décret non-résidents ne s’appliquait plus aux études de sage-femme, ergothérapie, logopédie, podologie-podothérapie, audiologie et éducateur spécialisé en accompagnement psycho-éducatif. Le dispositif reste par contre valable pour les études de kinésithérapie et de médecine vétérinaire, la Communauté française ayant pu démontrer les risques que la présence massive d’étudiants français (qui retournent exercer dans leur pays) faisait courir à notre pays en matière de santé publique. La libre circulation des étudiants européens ne peut être limitée qu’au regard de l’objectif de protection de la santé publique, avait dit la Cour de justice de l’Union européenne en juin 2010, laissant le soin à la Cour constitutionnelle belge de constater si tel était bien le cas.

Conséquence de la levée des quotas dans ces six filières : les Français reviennent en masse, et prennent la place d’étudiants belges. C’est par exemple le cas à l’Institut libre Marie Haps (Haute Ecole de Vinci), à Bruxelles, qui forme notamment des logopèdes et des audiologues. "Nous faisons face à un afflux de demandes d’inscriptions émanant de Français. Ils auraient suffi à remplir nos auditoires, raconte Cathy Val Lil, responsable de la communication. Heureusement, la circulaire est tombée tard. Nous avions déjà inscrit de nombreux Belges. Mais on a quand même dû en refuser beaucoup. C’est dommage. Au bout du compte, sur les 320 inscrits en logopédie et les 65 en audiologie, la moitié sont des Français."

Mais au fait, n’est-il pas interdit de refuser des étudiants dont le dossier d’admission est complet ? "Tout à fait, poursuit Mme Van Lil, c’est illégal. Mais nous avons dû le faire. Théoriquement, on devrait accepter toutes les demandes jusqu’au 30 novembre, mais cela se ferait alors au détriment de la sécurité des étudiants (si on entasse 700 étudiants dans un auditoire) et des conditions d’apprentissage. Alors on a inscrit les premiers arrivés." Et tant pis pour les autres.

A la Haute Ecole de la Province de Liège, on n’a pas encore dû refuser du monde. "Nos cotes d’alerte ne sont pas atteintes, explique le directeur-président Toni Bastianelli. Nous gérons sans difficulté la situation. Mais il est clair que la suppression du dispositif ‘non-résident’ a suscité un crescendo dans les inscriptions. Actuellement, nous sommes à 214 inscrits en logopédie (contre 150 à la même date l’an dernier), dont 83 non-résidents. Chez les sages-femmes et les ergothérapeutes également, il y a une augmentation du nombre de Français, mais cela reste gérable."

A Libramont, c’est à une véritable invasion qu’assiste la HE Robert Schuman. "En logopédie, sur les 400 dossiers que nous avons reçus, quasi tous sont des Français", témoigne Marc Fourny, le directeur-président. Mais cela n’est pas vraiment pour lui déplaire. C’est que la limitation du nombre d’étudiants français prévue par le décret non-résidents n’avait pas toujours été compensée par l’arrivée d’étudiants belges. En kiné, oui, mais en logopédie, non. Ici, on refusera donc aussi des candidats logopèdes, mais ce seront surtout des Français.

Si le cadre légal ne change pas, l’invasion française reprendra de plus belle l’an prochain, d’autant que l’absence de quota de Français sera connu de tous depuis belle lurette. "Ce sera pire, reprend Mme Van Lil, de Marie Haps. Surtout que les étudiants français font habituellement une année de préparation au concours d’orthophoniste et sont donc diplômés du secondaire un an plus tôt que les Belges. Ils pourront rentrer leur demande dès l’ouverture des inscriptions. Cela leur donnera une longueur d’avance."

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