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"Il est aberrant de vouloir augmenter la durée de la carrière de façon linéaire"

V.R.

Mis en ligne le 28/09/2011

Pour les syndicats, il faut tenir compte de la pénibilité du travail dans le débat.

Les employeurs ont déjà annoncé la couleur : pour eux, il faut absolument rallonger la durée de la carrière. Sinon, on risque de connaître des pénuries sévères de main-d’œuvre - le nombre d’entrants sur le marché du travail est désormais inférieur au nombre de sortants - et un problème majeur de financement des pensions. Ils avancent dès lors deux grandes mesures ("La Libre" du 22/9). Un : les prépensions doivent être progressivement supprimées avant 60 ans. Deux : l’âge à partir duquel un travailleur peut partir à la pension anticipée doit reculer de 60 à 62 ans.

Mais les syndicats ont un autre point de vue. Ils ne sont pas d’accord avec les chiffres avancés par les employeurs pour justifier leurs propositions (lire ci-dessus). Et s’opposent à une suppression des prépensions.

Ils font valoir deux raisons au moins. La première, c’est que la suppression des prépensions coûtera cher à la collectivité et ce, à un moment où le gouvernement doit gratter tous les fonds de tiroir pour retrouver l’équilibre budgétaire. "S’il n’y a plus la prépension, analyse un ténor de la CSC, les travailleurs âgés victimes d’une restructuration, et il n’en manque pas pour l’instant, seront envoyés au chômage. Cela coûte plus cher à la Sécu, puisque dans le cas d’une prépension, l’employeur paye une partie du revenu de remplacement."

Un autre argument avancé sur le banc syndical, c’est la pénibilité au travail qui ne frappe pas tout le monde de la même manière. Ce message-là a d’ailleurs été porté publiquement hier par la Centrale générale, l’une des grandes centrales ouvrières de la FGTB.

Invité à prendre la parole, Laurent Vogel, conseiller à la Confédération européenne des syndicats, a expliqué que si "la durée de vie a effectivement augmenté, elle n’a pas augmenté de la même façon pour tout le monde". En appui à ses propos, une étude française récente indique que la durée de vie des ouvriers est de six ans inférieure à celle d’un cadre. Une autre étude, européenne cette fois, menée en 2010 auprès de 4 000 travailleurs belges, montre que 63,5 % des cols blancs pensent pouvoir faire le même travail à 60 ans, alors que ce pourcentage tombe à 45 % parmi les ouvriers moins qualifiés. D’où cette affirmation entendue à la Centrale générale : "Il est aberrant, d’un simple point de vue médical, de vouloir augmenter la durée des carrières de façon linéaire."

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