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Les partis s’adaptent difficilement au fédéralisme
Christian Laporte
Mis en ligne le 15/10/2011
Voilà une vaste étude qui tombe à pic : Pascal Delwit, Jean-Benoît Pilet et Emilie Van Haute ont eu le nez fin en mettant le point final ces dernières semaines à une version totalement revue et améliorée de la vaste synthèse consacrée déjà il y a quinze ans aux partis politiques belges ! Vendredi après-midi au Parlement fédéral, ils ont donc présenté "Les partis politiques en Belgique", qui réunit leurs propres contributions mais aussi celles de six autres collègues férus de sciences politiques.
Il faut dire qu’il y avait une certaine nécessité à le faire : au cours de ces trois derniers lustres, le paysage politique national s’est singulièrement modifié, sans même parler des mutations fondamentales de la société belge. Sur base d’une grille d’analyse commune, chacun des partis représentés dans un de nos parlements mais aussi le PTB, le PC et le PP ont fait l’objet d’une étude pointue. Si chacun d’entre eux a son parcours propre, les politologues de l’ULB ont aussi dégagé une série de points transversaux.
Ainsi, l’on a assisté au développement d’un phénomène nouveau de participation visant à associer davantage les militants au choix de leur président. En fait, comme l’expliquent Pascal Delwit et son équipe, l’on a vraiment voulu prendre en compte l’avis des membres. Et cela s’est par exemple traduit par une certaine perte d’influence des niveaux de pouvoir intermédiaires comme les fédérations provinciales ou d’arrondissement. Avec au bout de la démarche l’élection directe des présidents de partis. Le PSC l’avait inauguré chez nous dès les années septante mais les autres partis y sont tous venus progressivement depuis une vingtaine d’années. Les politologues avertissent toutefois le lecteur : nombre d’élections présidentielles n’ont finalement été que des plébiscites déguisés ou des compétitions un brin biaisées parce qu’un candidat soutenu par l’appareil devait à l’évidence l’emporter sur les autres. Un semblant de démocratie donc ? Que nenni, il peut y avoir de vraies surprises : que l’on se rappelle l’élection de Charles-Ferdinand Nothomb au PSC en 1996 ou celle d’Alexander De Croo à l’Open VLD en 2009...
Mais Delwit et ses amis ont aussi vu dans cette démocratie plus directe une sorte de réaction des partis à la désaffection militante dont ils sont l’objet. C’est que le nombre d’adhérents diminue en absolu et en relatif dans les partis à l’échelle européenne. Et en Belgique, il y a désormais moins d’un citoyen sur vingt-cinq qui soit membre d’un parti...
Autre axe particulièrement intéressant de l’étude : c’est la perte d’influence des grandes formations et la fragmentation croissante de l’électorat. Celle de la Flandre n’est pas sans conséquences sur la situation politique fédérale. Mais une autre conclusion mérite que l’on s’y attarde : c’est l’adaptation difficile des formations politiques au fédéralisme belge. En fait, comme les partis sont plus fortement mobilisés pour des élections de premier ordre (régionales ou fédérales), ils sont amenés à jouer des rôles plus restreints entre elles : les mesures impopulaires se prennent de moins en moins facilement et, ce n’est pas un scoop, l’établissement de compromis devient vraiment de plus en plus délicat.
Enfin, les politologues constatent que si les présidents de partis étaient naguère les décideurs ultimes des grands arbitrages dans les principales politiques publiques, ce rôle revient de plus en plus aussi aux responsables des entités fédérées. Avec parfois des courts-circuits assurés... comme ces derniers mois au sein du CD&V...
"Les partis politiques en Belgique", Pascal Delwitt et alii, Editions de l’ULB, 372 pp; 20 €
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