"Evitons le fétichisme de la taille des classes"

Etienne Michel est le directeur général du Secrétariat général de l'enseignement catholique (Segec), qui scolarise 40 % des élèves du fondamental et 60 % du secondaire.

Entretien, Laurent Gérard
"Evitons le fétichisme de la taille des classes"
©Johanna de Tessières

Etienne Michel est le directeur général du Secrétariat général de l'enseignement catholique (Segec), qui scolarise 40 % des élèves du fondamental et 60 % du secondaire.

Les syndicats jugent insatisfaisantes les propositions de la ministre Simonet (CDH) en matière de réduction de la taille des classes (LLB 27/10). Et vous ?

Nous ne sommes pas satisfaits non plus du déroulement des négociations. Seul le débat sur la taille des classes progresse. D'autres éléments importants de l'accord sectoriel ne sont pas traités : l'aide aux directeurs du fondamental, le statut des conseillers pédagogiques du secondaire, le statut des directeurs des centres PMS et la stabilisation pluriannuelle des aides complémentaires (ACS, APE ).

Et sur la taille des classes en particulier, que dites-vous de la proposition ?

Il faut un compromis associant des éléments d'assouplissement et de régulation. D'abord, parce que les écoles doivent rester organisables, ensuite parce qu'il faut rester dans une perspective d'amélioration de la qualité de l'enseignement et de lutte contre l'échec scolaire.

Les écoles ne seraient plus organisables, avec ces nouvelles normes ?

Il faut distinguer le primaire et le secondaire. Au primaire, le choc démographique à Bruxelles est actuellement absorbé principalement par la création de classes supplémentaires (300 en dix ans). Mais une partie de ce choc est absorbée par une augmentation de la taille moyenne des classes. Selon une étude de l'ULB, on est passé de 21,2 à 21,7 enfants par classe, ce qui s'explique par des contraintes d'infrastructures. Si l'on impose des normes rigides, on risque par ailleurs de devoir multiplier les classes verticales, surtout présentes dans les petites écoles rurales, où l'enseignant doit gérer plusieurs années ensemble. Le monde a évolué et il n'est pas certain qu'une telle évolution soit souhaitable. Cela demande à tout le moins un débat.

Et dans le secondaire ?

Diminuer la moyenne, tel qu'on l'envisage, n'est pas compatible avec le calcul de l'encadrement dans l'enseignement de transition, de la 3e à la 6e générales. Exemple : une école qui a 457 élèves en 3e et 4e secondaires reçoit un NTTP (nombre de périodes-professeur) de 631 périodes. Avec les moyennes actuelles de 27 élèves, l'école s'en sort. Mais si on passe à 25 élèves, on aura besoin de 673 périodes. On est donc devant une impasse.

Les 4,6 millions d'euros dégagés par le gouvernement pour ce dossier peuvent-ils aider à sortir de cette impasse ?

Ces 4,6 millions sont essentiellement prévus pour maintenir ouvertes des options peu fréquentées de l'enseignement qualifiant, qui correspondent à des métiers en pénurie (construction, industrie technologique, ). C'est une enveloppe très limitée qui n'est pas suffisante pour une mesure générale dans l'enseignement de transition. Si on passe de 27 à 25 élèves, vous avez un ajustement de l'ordre de 8 %. Des augmentations de budget de 8 %, ce n'est pas au programme.

On ne peut donc pas passer à 25 élèves ?

On a en tout cas un vrai problème.

Votre second argument, dites-vous, c'est la qualité de l'enseignement…

Il faut inscrire le débat sur l'utilisation des moyens d'encadrement dans la perspective d'une amélioration générale de la qualité de l'enseignement et de lutte contre l'échec scolaire. La déclaration de politique communautaire prévoit de systématiser la remédiation et de développer le tutorat, c'est-à-dire l'accompagnement des jeunes enseignants par des plus expérimentés. Si on met l'utilisation des moyens d'encadrement au service de la seule réduction de la taille des classes, alors il ne faudra pas s'étonner que d'autres objectifs, comme ceux-là, seront difficiles à atteindre. Dans le cadre de moyens budgétaires limités, des arbitrages doivent intervenir. Or, la remédiation et le tutorat sont sans doute plus essentiels pour l'augmentation de la qualité de l'enseignement. McKinsey a passé en revue 112 études scientifiques analysant l'influence de la taille des classes sur les résultats des élèves : 79 % d'entre elles concluent qu'il n'y a pas d'impact significatif. Conclusion : les politiques de réduction linéaire de la taille des classes peuvent être très coûteuses, mais sans effet réel sur la qualité de l'enseignement.

Elles peuvent avoir un impact sur la qualité du travail des enseignants et, partant, sur l'attrait du métier.

C'est vrai. Nous ne plaidons d'ailleurs pas pour une augmentation de la taille des classes. Il faut des classes de taille limitée et gérable pour que l'enseignement soit possible. Mais évitons le fétichisme de la taille des classes. L'horizon, c'est améliorer la qualité de l'enseignement. La Fondation Roi Baudouin vient de mettre en évidence des pratiques de remédiation d'un grand intérêt, comme la co-intervention de deux enseignants au sein d'une même classe pour certains cours ou le travail en demi-groupes pour répondre à certains besoins. Ces exemples d'organisation ont du sens mais risquent de ne plus être possibles si on a une approche trop restrictive et linéaire de ce concept de taille de classe.

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