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Miller: "L’union des francophones en danger"

Paul Piret

Mis en ligne le 03/11/2011

C’est en tout cas l’avis du député Miller, en réplique à l’appel d’autres élus wallons.
Entretien

Immanquablement, l’appel lancé par quatre élus wallons - un par parti - à la constitution d’"un groupe de convergence" ("La Libre" du 27/10) ne fera pas l’unanimité dans les états-majors. Un aperçu des nuances ( ou du retour à de vieux clivages ?) avec leur collègue MR Richard Miller.

Comment réagissez-vous à la démarche “néorégionaliste” des députés Collignon, Crucke, Fourny et Wesphael ?

Tout engagement en faveur d’un projet démocratique est évidemment louable. L’initiative n’est pas négligeable. Il faut lui accorder de l’attention, et en débattre. Même si je n’en partage pas tous les éléments et arguments. Elle me paraît être plutôt un symptôme, de ce que l’union des francophones de Wallonie et de Bruxelles est en danger.

Pourquoi ça ? Les cosignataires écrivent que la réflexion à mener sur une base territoriale “peut l’être dans une perspective de solidarité avec Bruxelles”.

La solidarité qu’ils mettent en avant est "possible". Et pour un Fourny ou un Collignon, on doit oser le débat sur la suppression de la fédération Wallonie-Bruxelles; il y a là, quand même, la volonté d’avoir une Wallonie volant de ses propres ailes !

Le quatuor compte un MR…

S’il s’agit de quatre mousquetaires, mon ami politique Jean-Luc Crucke en serait bien le d’Artagnan. Car je ne peux m’empêcher de rappeler que les trois autres sont membres de partis qui gouvernent la Wallonie, Bruxelles, la Communauté française. Et pour le socialiste Collignon, que c’est le cas du PS depuis 1988. Alors, il est temps que les Wallons prennent leur avenir en mains ? On en rirait si ce n’était aussi dramatique.

Serait-il donc inutile de vouloir une réflexion “politique et stratégique”, comme ils disent, sur l’avenir de la Wallonie ?

J’ai toujours défendu et continuerai à défendre une union étroite entre la Wallonie et Bruxelles. On peut évidemment discuter des modalités. Derrière tout ça, on vise plus d’efficacité pour les gens, plus de transparence démocratique. Aujourd’hui, on se dirige vers une fédération Wallonie-Bruxelles. Je suis favorable à cette nouvelle appellation; j’avais même déposé une proposition de résolution en ce sens. Elle implique bien deux régions fortes, mais aussi une forme d’unité de type fédéral entre les deux. Et cela, en lieu et place de la Communauté française qu’il fallait remplacer par autre chose parce qu’elle n’a jamais réussi à trouver sa place dans l’esprit des citoyens.

Nous y voilà ! Pourquoi cet échec ?

Pour deux raisons. D’abord, une mauvaise loi de financement; mais la négociation en cours, portée pour le MR par Charles Michel, y apporte justement une réponse. Ensuite, la complexité de la répartition des compétences, qu’il faut modifier.

Mais cette clarification ne passe-t-elle pas par la primauté du fait territorial et régional, qui s’imposera davantage encore, une fois effective la sixième réforme de l’Etat ?

C’est vrai. Je suis d’ailleurs favorable aux avancées régionalistes importantes que l’on retrouve dans la réforme actuellement négociée, notamment le nouveau Sénat. Elles sont essentielles pour la Wallonie comme pour Bruxelles reconnue comme Région à part entière - je regrette ici que le FDF ait pris sa décision avant de connaître l’ensemble de l’accord. Mais ces avancées doivent aussi alimenter l’unité entre Wallonie et Bruxelles. Ce qui me fait peur dans le risque de repli wallon, c’est l’abandon de Bruxelles, c’est le réflexe de se retrouver uniquement entre Wallons comme si c’était la panacée. Jusqu’à présent, les politiques régionales menées n’ont pas réussi cette démonstration ! Il faut oser aborder le défi que représentent les dix années que l’accord octroie pour réussir le redressement de la Wallonie et de Bruxelles. Pour cela, il faut dépasser les clivages et supprimer les cloisonnements. Il faut ouvrir davantage toutes les politiques. A propos, je regrette que Rudy Demotte n’ait pas utilisé la tribune du 27 septembre pour dire ça. Il n’a pas posé des jalons. M. Luperto, le président de l’assemblée, a proposé, lui, un débat sur ce que doivent être les compétences de la Fédération. De fait, une fois bouclée la réforme, il sera temps et important d’aller vers une meilleure définition de la Fédération.

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