Mère Marie-Véronique, celle qui "a fait ce qu'il fallait faire"

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la hiérarchie ecclésiale romaine manqua sans doute de courage en ne dénonçant pas très fermement la Shoah, même si aujourd'hui de plus en plus de voix juives s'élèvent aussi en faveur de la béatification de Pie XII.

Christian Laporte
Mère Marie-Véronique, celle qui "a fait ce qu'il fallait faire"
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Pendant la Seconde Guerre mondiale, la hiérarchie ecclésiale romaine manqua sans doute de courage en ne dénonçant pas très fermement la Shoah, même si aujourd'hui de plus en plus de voix juives s'élèvent aussi en faveur de la béatification de Pie XII.

Mais ce reproche d'attentisme voire de suivisme fait au Vatican, qui fut somme toute au diapason des grands décideurs politiques qui ne pouvaient pas davantage ignorer la concrétisation de la Solution finale, ne peut certainement pas être adressé à tant de clercs, de religieux et de religieuses de la base, qui mirent au contraire tout en œuvre pour sauver des enfants ou des familles juives.

En Belgique peut-être davantage encore qu''ailleurs. On connaît l'implication du bénédictin Bruno Reynders, de l'abbé namurois André ou encore de certains abbés de grands collèges comme Saint-Pierre, à Uccle, mais bien d'autres sauveurs n'émergent que très progressivement et reçoivent enfin l'hommage mérité d'l'Etat d'Israël et du Mémorial Yad Vashem.

Jeudi, la Belgique religieuse catholique y était encore à l'honneur : la Médaille des Justes parmi les Nations a, en effet, été remise aux Sœurs du Saint Cœur de Marie de La Hulpe.

Et cela, en mémoire de Mère Marie-Véronique Smeerts, la supérieure générale qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, n'hésita pas, dès 1942, à cacher au Pensionnat de Malaise-Overijse de nombreuses enfants juives.

Comme toujours dans ces cas-là, une série de survivants juifs ont tout mis en œuvre, tantôt depuis les États-Unis, tantôt encore depuis Israël voire depuis la Belgique, afin que soit reconnue la résistance spirituelle des religieuses. La Congrégation était représentée sur place par sœur Paule Berghmans, l'actuelle supérieure générale, ainsi que par sœur Marie-Justine Dujardin qui participa, avec bien d'autres aujourd'hui décédées, à ce périlleux accueil.

C'est dans une grande émotion qu'une des rescapées a évoqué la mémoire de Mère Marie-Véronique.

"Je m'appelle Suzanne Berman. Je dois la vie à cette personne remarquable tout comme beaucoup d'autres. Marie-Véronique croyait fermement que chacun pouvait faire la différence. Son credo ? On doit faire ce qu'il faut faire. C'est parce qu'elle a fait ce qu'elle pensait devoir faire que je suis ici aujourd'hui".

Et de rappeler qu'en 1942, l'occupant nazi avait pris une ordonnance exigeant que toutes les écoles du pays expulsent les enfants juifs.

"Parce que conserver un enfant juif à l'école mettait cet enfant en danger, il n'y avait pas le choix. Les enfants devaient être expulsés pour aller vers un futur incertain. Mais la Mère supérieure Marie -Véronique, dans la petite ville de La Hulpe (sic), croyait qu'elle avait le choix; elle pouvait sauver les enfants. Et ainsi cette femme brillamment éduquée, physiquement minuscule, mais de grand cœur et d'une forte volonté, devint le sauveur de beaucoup d'enfants qui, autrement, n'auraient pas pu survivre aux périls de ces années".

Un engagement fort au-delà des différences religieuses et philosophiques sans tenir compte des périls que cela entraînait pour sa propre vie. Mère Marie-Véronique décida d'intégrer tous les enfants dans un parcours scolaire normal.

Comme le rappela Mme Berman, on lui confia très vite des enfants en besoin de protection continue et elle donna un nom fictif belge à chacun d'eux sans en parler à d'autres enfants sauvés.

"Mère Marie-Véronique prit tout en charge, 24 heures sur 24. Les détails de nos existences devaient demeurer cachés alors que certaines d'entre nous avaient 7 ans à peine. La religieuse parvint aussi à nous faire comprendre l'importance de notre mutation. Et elle répondait aussi présent lorsque nous avions des problèmes individuels. Par exemple, quand ma mère mourut, Sœur Marie-Paul, qui était l'une des Sœurs que j'aimais beaucoup, fut désignée pour me visiter le soir quand j'étais seule dans mon lit et en grand besoin de soutien et de réconfort. Ces visites continuèrent jusqu'à ce qu'elle fût certaine que je puisse accepter la mort comme un fait de la vie".

Mère Marie-Véronique s'occupa dès lors sans compter de ses pensionnaires imprévues tout comme elle se dévoua, tant avant qu'après la guerre, pour les jeunes défavorisés.

Elle devait s'éteindre en 1973, à l'âge de 98 ans.

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