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Non syndical à la flexibilité selon De Coninck
Laurent Gérard
Mis en ligne le 25/01/2012
Pour sa première sortie médiatique ("La Libre" du 24/1), la ministre de l’Emploi (SP.A) aura réussi à faire parler d’elle. Ses propositions en matière de chômage n’ont pas échappé aux organisations syndicales qui, à quelques jours d’une grève générale, n’avaient sans doute pas besoin de cela pour s’échauffer. De là à dire que Monica De Coninck a fait l’unanimité contre elle, il y a un pas que l’on ne franchira pas. D’abord, parce que la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) a accueilli positivement les propos de la ministre concernant la discordance entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi ainsi que le calcul du temps de travail sur l’ensemble de la carrière. Ensuite, parce que, même côté syndical, on admet qu’"il ne faut pas se voiler la face" (Bernard Noël, CGSLB). Retour en trois points sur cette interview.
1 "Il y a assez de travail pour tout le monde." "Non, il n’y a pas assez de travail pour tout le monde, rétorque Anne Demelenne (FGTB). Et l’accord de gouvernement ne prévoit rien comme investissements dans la croissance durable ou la mobilité par exemple, qui pourraient générer de l’emploi de qualité. C’est bien là le problème." Claude Rolin (CSC) admet, lui, qu’"il y a suffisamment de travail". "Mais il n’y a pas assez d’emploi." Nuance. "Des choses à faire, des soins à donner, une économie à "verduriser", ça, il y a. Mais dire qu’il y a assez de jobs pour tous, dans le cadre actuel, c’est stigmatiser ceux qui ne trouvent pas d’emploi." "Moi, ajoute Bernard Noël, cela me rappelle cette boutade au sujet des Etats-Unis, où l’on dit qu’il y a tellement de boulot que chacun en a deux. Mais c’est parce qu’un seul job ne suffit pas à payer son homme."
2 "Des contrats courts, très flexibles et auxquels on peut rapidement mettre fin", pour les jeunes chômeurs qui ne trouvent pas d’emploi, malgré leurs efforts. "Cela n’a aucun sens, commente Claude Rolin. Le travail est déjà très flexible dans notre pays (contrats à durée déterminée, intérim ) S’il s’agit de créer des sous-emplois, non. Ce qu’il faut, c’est créer des emplois dignes de ce nom." Bernard Noël le rejoint et pointe un risque majeur : "L’existence d’un emploi flexible va déteindre sur le "bon" emploi, qui deviendra plus flexible lui aussi, plus précaire, moins cher. Les entreprises chercheront évidemment la voie du moins cher." Mais pour Anne Demelenne, c’est vers les patrons, et non vers les chômeurs, qu’il s’agit de se tourner. "On n’active pas les employeurs, qui reçoivent pourtant 15 milliards d’aides publiques sans devoir se justifier en matière d’emplois ou d’investissements. Nous sommes pour que les chômeurs trouvent de l’emploi, mais de l’emploi de qualité. Nous ne voulons pas créer deux catégories de travailleurs."
3 "Des travaux d’intérêt public pour les "inadaptés sociaux." Ici, les représentants syndicaux ont d’abord un problème avec le vocabulaire utilisé par la ministre. A sa décharge, on dira que l’entretien s’est déroulé en français et que Mme De Coninck ne maîtrise pas (encore) la langue. A sa charge, on signalera qu’elle a pu relire l’interview, et qu’elle n’a pas souhaité modifier cette appellation, qui désigne la frange de chômeurs la plus difficile à activer. Des chômeurs qui, selon la ministre, "cumulent les handicaps", "sont parfois peu intelligents, ou trop vieux, ou dépendants à l’alcool, à la drogue". "Inadaptés sociaux" : "C’est un terme qui me dérange beaucoup, confie Anne Demelenne. Je n’aime pas ces étiquettes." Claude Rolin ne comprend pas quelle est la logique suivie par Monica de Coninck, "qui stigmatise une catégorie de personnes". "Il faut permettre des parcours d’insertion, traiter les problèmes de santé ou autre et, au bout du compte, délivrer une formation permettant d’accéder à un emploi de qualité. Il faut arrêter de croire dans ce pays que, pour résoudre les problèmes d’emploi, il faut dégrader l’emploi."
Plus compréhensif à l’égard de la ministre, Bernard Noël estime que la formule "inadaptés sociaux" est certes "difficile à avaler", mais qu’"il existe bel et bien un groupe de personnes qui sont extrêmement difficiles à activer et que les meilleurs programmes de formation et d’accompagnement ne toucheront pas. Il faut le reconnaître, mais il faut aussi se demander si le remède ne sera pas pire que le mal." A ce sujet, le secrétaire national du syndicat libéral rappelle qu’il existe déjà deux dispositifs permettant de "forcer les gens à l’emploi". "Ce sont d’une part les articles 60 et 61 de la loi sur les CPAS (que Mme De Coninck, ex-présidente du CPAS d’Anvers, connaît très bien, NdlR) qui permettent d’affecter des gens exclus du chômage à des tâches dans des entreprises voire au sein même du CPAS. Et d’autre part la réglementation des ALE (Agences locales pour l’emploi), qui permettent de leur confier certaines tâches de nécessité dans les communes. Ce que propose la ministre n’est donc pas révolutionnaire."
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