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Grève générale contre austérité généralisée
L. G.
Mis en ligne le 27/01/2012
Dix-huit ans. Cela fait dix-huit ans que la Belgique n’a plus connu de grève générale, au sens d’une grève interprofessionnelle menée en front commun syndical. En 1993, CSC et FGTB s’étaient ligués contre le plan global, ce plan d’austérité mis en œuvre afin de préparer le pays à la monnaie unique européenne. En 2005, le pacte des générations avait également soulevé une vive opposition, mais seul le syndicat socialiste étant parti en grève, on ne pouvait parler d’une véritable grève générale. La CSC, se souvient Anne Demelenne (FGTB), avait même acheté de l’espace dans la presse pour expliquer sa position contre la grève.
Ce bref rappel historique pour souligner la singularité de cet appel commun à la grève lancé pour ce 30 janvier par la CSC, la FGTB et la CGSLB. Mais quelle est la justification d’une telle mobilisation ? Tentative de synthèse des nombreux motifs avancés par les organisations représentatives des travailleurs pour partir en grève générale. Une grève qui n’est que l’arme ultime, intervenant à la suite de l’échec de diverses tentatives (manifestation nationale du 2 décembre, grève dans les services publics le 22 décembre, bribes de concertation sociale en ce début d’année) d’adoucir les mesures d’économies prises par Di Rupo Ier. “Nous avions beaucoup espéré, par la concertation avec le gouvernement et les employeurs, atténuer les conditions d’application des mesures d’austérité , explique la CGSLB. Ils nous ont menés en bateau.” “La grève est devenue inévitable” , disent en chœur les syndicats. Bref, il faut “passer à la vitesse supérieure (Anne Demelenne), pour enfin faire entendre la voix des syndicats, pour que l’on tienne pleinement compte de la réalité sociale des travailleurs et des allocataires sociaux” .
C’est que, qualifiées d’austérité (version syndicale) ou de rigueur (version gouvernementale), des mesures d’économies ont été prises en nombre et sans concertation, et qu’une nouvelle cure apparaît inévitable, dès lors que la croissance s’annonce encore plus faible que prévu au moment où les partenaires de gouvernement ont bouclé le budget de l’Etat.
En décembre dernier, le gouvernement a coupé dans les régimes de prépension et de crédit-temps, a élagué certains régimes spéciaux de pension et retardé l’âge de la pension anticipée, a raboté les allocations de chômage et renforcé les conditions d’obtention des allocations d’attente, tandis que la déduction fiscale pour travaux économiseurs d’énergie était supprimée, le prix des titres-services augmenté et les voitures de société davantage taxées. A destination de ceux qui n’ont pas encore pris la mesure des décisions prises, la CGSLB résume dans une formule choc : “Vous allez travailler plus, plus longtemps, dans de moins bonnes conditions. Vous allez payer plus d’impôts. Vous allez toucher moins d’allocations si vous vous retrouvez au chômage.”
Sur ces mesures entérinées, la marge de manœuvre des syndicats n’est désormais plus très grande. Elle consistera à négocier des ajustements dans le sens d’une plus grande justice sociale. Le principal enjeu de la grève réside dès lors plutôt dans le nouveau train d’économies qui devront être décidées lors de l’ajustement budgétaire de fin février. Les syndicats, privés de concertation sur les premières mesures, ne veulent pas se faire prendre de vitesse une seconde fois. Par la grève de lundi, ils diront dès lors clairement que les prochaines économies ne pourront plus se faire sur le dos des travailleurs et des allocataires sociaux. “Les épaules les plus larges (gros revenus, spéculateurs, grosses fortunes,…) ne sont pas ou pas suffisamment mises à contribution et ne supportent dès lors certainement pas les charges les plus lourdes” , affirme le Setca.
Outre la défense d’un modèle social qui a permis à la Belgique de résister mieux que d’autres pays à la crise internationale (“LLB” du 24/1), la mobilisation de lundi portera également la revendication d’une autre politique que l’austérité pure et simple, qui n’est pas, disent les syndicats, la solution pour sortir de la crise. Certes, les comptes de l’Etat doivent être équilibrés, ce qui permettra de poursuivre le financement de notre sécurité sociale et de services publics de qualité. Mais il faut aussi de l’ambition, de la relance, de l’investissement, de la création d’emplois, du pouvoir d’achat.
Un message qui s’adresse au gouvernement fédéral, évidemment, mais également aux employeurs – alors que l’Union flamande des entrepreneurs indépendants (Unizo) plaidait encore vendredi pour un saut d’index ou du moins une adaptation de l’index – et aux dirigeants de l’Union européenne, qui se réuniront justement en sommet ce lundi à Bruxelles. Car, pour les syndicats, le cœur du problème se trouve bel et bien au niveau européen, où domine l’idée que l’on ne sortira de la crise que par l’austérité, alors que celle-ci, estiment-ils, “nous conduit tout droit vers une récession économique” . Le message passera-t-il, cette fois ?
© La Libre Belgique 2012
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