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Pourquoi il ne faut pas toucher à l’index

Laurent Gérard

Mis en ligne le 01/02/2012

S’attaquer à l’indexation automatique des salaires serait contre-productif.

Sus à l’index. Si l’accord de gouvernement Di Rupo Ier prévoit de maintenir le mécanisme d’indexation automatique des salaires, ce système unique au monde subit de vives attaques ces derniers temps. Le FMI invite la Belgique à le "reconsidérer". Le patronat, suivi par l’Open VLD, suggère d’opérer un saut d’index. Même le CD&V a estimé que c’était à envisager dans le but de renforcer la compétitivité de nos entreprises. Fin 2011, le Conseil central de l’économie (CCE) avait allumé la mèche à la faveur d’une étude qui affirmait que les salaires belges avaient augmenté plus rapidement de 4,6 % que dans les trois pays de référence (Allemagne, France, Pays-Bas) depuis 1996. Même si le PS a exclu ce week-end tout saut d’index tant qu’il serait aux manettes, côté syndical, tout le monde n’est pas rassuré, d’autant qu’un ajustement budgétaire se profile et qu’un saut d’index pourrait constituer une source d’économies pour l’Etat.

C’est dans ce contexte que le centre d’études du PS, l’Institut Emile Vandervelde (IEV), sort une étude sur le sujet. Elle conclut - sans surprise - qu’"une réforme du mécanisme d’indexation automatique des salaires comme le propose le banc patronal serait contre-productive". Plus intéressants sont les arguments développés par l’IEV. Mais d’abord, d’où provient cette indexation ? Elle est liée à l’inflation et s’opère lorsque l’indice "lissé" dépasse une valeur appelée indice-pivot. L’indice lissé correspondant à la valeur moyenne, sur les quatre derniers mois, de l’indice santé (soit l’indice des prix à la consommation duquel on a retiré les boissons alcoolisées, le tabac, l’essence et le diesel). Quand l’indice-pivot est dépassé, les allocations sociales sont augmentées de 2 % le mois suivant, et les salaires des fonctionnaires un mois plus tard. Dans le privé, les salaires sont aussi indexés, mais selon des modalités et un timing variables. L’indexation automatique préserve donc le pouvoir d’achat de tous les revenus.

Or, comme l’a relevé le CCE, l’écart salarial s’est fortement creusé avec les pays voisins. En cause, les prix de l’énergie (qui entrent en compte dans le calcul de l’indice des prix) et la modération salariale allemande. Mais, pour le CCE, nos problèmes de compétitivité dépendent aussi d’un retard en recherche et développement (en 2009, 1,96 % du PIB y était consacré contre 2,47 % en moyenne en Europe), en formation Il faut en outre relativiser cet écart salarial, qui ne tient pas compte de la productivité élevée des travailleurs belges : selon Eurostat, en 2010, la productivité horaire belge était encore de 6,29 % plus élevée que chez les trois voisins. L’étude Eurostat de septembre dernier souligne par ailleurs que les salaires belges ont moins augmenté que dans les pays voisins au 1er semestre 2011.

De quoi contredire le discours ambiant sur l’indexation automatique, estime l’IEV, qui s’attache ensuite à déconstruire les différentes propositions de réforme de l’index qui ont émergé. Ainsi, l’index "vert" (sans les prix de l’énergie) pénaliserait les ménages face à une facture énergétique croissante et les obligerait à réduire leur consommation d’autres biens. L’index dégressif (au-delà d’un certain plafond de revenus) ou forfaitaire (tout le monde reçoit le même montant), a priori séduisant car redistributeur, aurait pour effet d’entamer l’adhésion de la population à l’indexation. L’index net, qui porterait uniquement sur le salaire net, ne serait en fait qu’une réduction de charges patronales. Et ainsi de suite.

Le centre d’études PS rappelle ensuite cette étude menée en 2011 par la Hogeschool Universiteit Brussel et consacrée à l’effet de la fiscalité sur le travail sur la demande de travail, qui estimait qu’une diminution de 10 % des coûts du travail en Belgique ne créerait que 1,3 % d’emploi en plus. Plus fort, pour ces chercheurs, aucun argument ne plaide pour la suppression de l’indexation automatique. Une diminution des cotisations patronales pourrait avoir des effets plus positifs, dans la mesure où la demande intérieure ne serait pas affectée.

L’IEV ressort également cette enquête du CCE et de la Banque nationale (2010) sur la structure de production de nos entreprises. Elle montrait que c’est en Belgique que la part des salaires dans les coûts de production est la plus faible, au contraire de celle des importations intermédiaires. Dès lors, non seulement l’impact de l’indexation des salaires est moindre chez nous, mais surtout cet impact est quasi nul sur la compétitivité des entreprises belges.

L’IEV souligne enfin qu’à la différence du modèle allemand qui crée une part croissante de travailleurs pauvres, le modèle belge a permis de protéger les ménages mais aussi de renforcer le rôle d’amortisseur de la demande intérieure en cas de creux conjoncturel. Toucher à l’indexation fragiliserait une partie de notre économie fortement dépendante de la demande intérieure (Horeca ).

La conclusion de tout cela est évidente pour le centre d’études du PS : réformer l’indexation automatique des salaires serait tout simplement contre-productif. A en croire certaines études, il faudrait même la renforcer

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