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"Ambassades" francophones: le retour des petits copains

Paul Piret

Mis en ligne le 02/02/2012

Les gouvernements sudistes devraient, ce jeudi, confirmer leur volonté de nommer à leur guise des “Hauts Représentants”. Malgré les protestations.

Ancion et Brahy, Hazette, Baras Voilà des noms, respectivement CDH, MR et PS, de personnalités ayant été ou étant délégués - disons, ambassadeurs - à l’étranger de WBI, soit Wallonie-Bruxelles International, l’administration des Relations extérieures commune à la Région wallonne et à la Communauté française. Leur qualité n’est pas forcément en cause, bien au contraire dans certains cas, mais la manière dont ils purent être politiquement parachutés. Du reste, le Conseil d’Etat ne manqua pas d’annuler en 2009, quoique sans suite, une tripotée de nominations...

C’est pour éviter cette situation, l’objectiver, que les fonctions de délégués et conseillers à l’étranger passeront désormais par un concours diplomatique organisé pour WBI par le Selor. Ainsi dit un projet d’arrêté fixant le statut administratif et pécuniaire du "personnel de la carrière extérieure" de WBI : quelque 25 personnes actuellement, pour 16 délégations, sur les actuels 217 membres du personnel de l’organisme (non compris du personnel à l’étranger recruté localement : 120 collaborateurs techniques et autres).

Alors, tout va ? Mais le projet prévoit une exception à ses contraintes. C’est en réservant aux deux gouvernements le droit de nommer des "Hauts Représentants", n’appartenant pas à la carrière extérieure, "en raison (respirez un bon coup) de circonstances spécifiques et liées à une situation politique et/ou géopolitique ou en raison de circonstances particulières liées au poste ou encore en raison de l’importance stratégique du poste liée à la politique gouvernementale [ ] eu égard à la spécificité des postes ouverts et en raison des circonstances". Avec titre de délégué, ils seront quatre au plus, précise le projet ; si ce n’est pas pour en fournir un à chacun des quatre grands partis, c’est bien imité

Eventé à l’automne, le scénario a déjà fait jaser. Les ministres n’ont pourtant pas fait marche arrière. Au contraire puisque, selon nos informations, le projet d’arrêté dans sa dernière version ne limite plus la "mission spécifique" desdits Représentants à une durée déterminée de cinq ans, comme il était dit dans son avant-dernière mouture.

Ministre de tutelle de WBI, Rudy Demotte (PS) se défend en disant que ce dispositif existe déjà au niveau fédéral, par exception au concours diplomatique. De fait, un arrêté royal du 3 juin 1999, confirmé par la loi-programme du 24 décembre 2002, déroge aux principes généraux en autorisant le Roi à désigner des personnes n’appartenant pas à la carrière comme ambassadeurs ou chargés "d’une mission spéciale". Mais renseignements pris, il n’en aurait été fait usage qu’une fois, dans un contexte tout autre que le fait du Prince : pour promouvoir le premier lauréat d’une procédure de sélection alors qu’il n’était pas versé dans le personnel de carrière.

En tout cas, l’affaire passe mal chez les syndicats concernés. Après une nouvelle réunion, hier après-midi, de l’appelé "comité de secteur XVI" (l’instance ad hoc de consultation), on a appris que CSC et SLFP avaient rendu un protocole de désaccord et que la CGSLB remet un protocole d’accord avec réserve. De son côté, le patron de WBI, Philippe Suinen, se garde de réaction officielle. Pourtant, lorsqu’il insistait récemment dans nos colonnes ("La Libre" du 14/1) sur la nécessité de fournir au personnel de l’organisme "la garantie de poursuivre la politique d’objectivation", on peut deviner qu’il avait ces Hauts-Représentants dans son viseur. Enfin, dans l’opposition, le vice-président du MR, Willy Borsus, dénonce "un mauvais projet, au mauvais moment, de la plus mauvaise des façons". Notamment, nous disait-il mercredi, à la veille d’une réunion de gouvernement qui doit à nouveau se pencher sur le projet d’arrêté, parce que celui-ci créerait de nouvelles fonctions dans le contexte budgétaire "le plus difficile de la Région wallonne" et à l’opposé "de notre souhait de désignations les plus objectives".

D’autant qu’une second objet de polémique s’ajoute Car entre sa version du 12 juillet 2011 et celle du 20 janvier 2012, le projet d’arrêté étend son objet, le personnel de la carrière extérieure, aux membres contractuels engagés avant son entrée en vigueur.

D’un côté, on peut comprendre le souci de mettre sur pied d’égalité des membres qui historiquement, avant-fusion, étaient davantage contractuels au CGRI (Communauté) et statutaires au MRW (Région). De l’autre, on peut se demander sérieusement si cette assimilation ne risque pas d’introduire une iniquité entre statutaires engagés après la réussite d’un concours diplomatique de recrutement et contractuels qui n’ont pas toujours dû le présenter !

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