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Comment protéger les fillettes du risque d’excision ?

An. H.

Mis en ligne le 06/02/2012

On a identifié en Belgique plus de 6 000 victimes et 2 000 victimes potentielles. Il faut former les professionnels à la prise en charge et à la prévention.

Sujet encore tabou, les mutilations génitales féminines (MGF) sont pourtant une réalité qui concerne la Belgique. Une étude de prévalence réalisée en juin 2010 par l’Institut de médecine tropicale, à la demande du SPF Santé publique, a ainsi identifié sur le territoire belge 6 260 femmes (très probablement) excisées et 1 975 fillettes qui risquent un jour l’excision (soit l’ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres). D’autres femmes subissent un rétrécissement de l’orifice vaginal (infibulation). La Flandre (3 550 femmes et filles excisées ou à risque de l’être) est la région la plus touchée par la problématique, suivie de Bruxelles (3 037) et de la Wallonie (1 648). Quatre femmes sur cinq concernées sont originaires de dix pays d’Afrique : Guinée, Somalie, Egypte, Nigéria, Ethiopie, Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Sénégal, Burkina Faso et Mali.

Ces violences faites aux femmes sont le produit de facteurs culturels, religieux et sociaux : volonté de contrôler la sexualité des femmes; de maintenir la tradition culturelle et la cohésion sociale; de suivre les préceptes religieux Certaines communautés musulmanes pratiquent les MGF parce que leurs membres croient en toute bonne foi que celles-ci sont exigées par l’islam. Le Coran n’en fait pourtant pas mention. On retrouve aussi la pratique de ces mutilations génitales féminines dans des communautés de chrétiens et d’animistes.

En 2001, la Belgique a légiféré en la matière en adoptant une disposition spécifique du code pénal. L’Article 409 incrimine "quiconque aura pratiqué, facilité ou favorisé toute forme de mutilation des organes génitaux d’une personne de sexe féminin ou tenté de le faire, avec ou sans consentement de celle-ci". Le fait que la victime soit mineure est une circonstance aggravante, comme l’importance des séquelles, le but de lucre (pour les exciseuses) et, de manière générale, les situations de dépendance.

La loi pénale ne suffit certainement pas à éradiquer l’excision, mais elle peut y contribuer, indique le Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (Gams) et Intact, une ASBL qui agit particulièrement sur le terrain juridique et judiciaire contre ces pratiques. Les associations de terrain l’utilisent dans leur travail de prévention.

A l’heure actuelle, Intact et Gams-Belgique n’ont pas recensé de cas d’excision perpétré sur le sol belge. Mais deux études menées auprès de gynécologues ont montré que des parents viennent demander l’excision de leur fille. Suite à leur refus, vers qui se sont tournés ces parents ?, s’interrogent les associations qui luttent contre les MGF : "S’agissant d’une tradition extrêmement bien ancrée, il est illusoire de croire que la pratique cesserait par le simple fait migratoire."

Plusieurs cas d’excisions perpétrées en France y ont déjà été jugés. "Nous ne voulons pas attendre d’avoir un cas avéré en Belgique pour sensibiliser les professionnels et les communautés concernés." A l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les MGF - ce 6 février -, les associations de terrain réclament une formation à la prévention et à la prise en charge de tous les professionnels concernés (médecins, infirmières, assistants sociaux, enseignants, éducateurs, policiers, magistrats ). "L’implication des politiques est perceptible : les MGF ont été intégrées dans le plan d’action national contre la violence entre partenaires et d’autres formes de violences intrafamiliales 2010-2014" , approuve Céline Verbrouck, présidente de l’ASBL Intact. "Mais le travail qui reste à faire est énorme."

Comment détecter les fillettes victimes ou à risque ? En cas de soupçons, comment aborder la question avec les parents ? Comment protéger la victime tout en préservant la cellule familiale ? "Nous constatons toujours un désarroi énorme des professionnels confrontés à cette problématique" , indique Fabienne Richard, référente sage-femme au Gams-Belgique. Quand un gynécologue est confronté à une demande de réinfibulation (nouvelle suture des grandes lèvres de la vulve, pour ne laisser qu’une petite ouverture pour que l’urine et les règles puissent s’écouler, NdlR) après l’accouchement, il doit non seulement dire non mais aussi en expliquer les raisons, avertir les services compétents pour accompagner la jeune parturiente et assurer une protection du bébé si c’est une fille ou s’il y a d’autres filles dans la fratrie."

Les différents niveaux de pouvoirs politiques doivent s’entendre sur des lignes directrices multisectorielles (écoles, hôpitaux, services d’aide à la jeunesse, polices, parquets ) concernant les procédures à suivre en cas de signalement MGF, poursuivent les associations. Il s’agit, au sein de chaque secteur concerné, de nommer des personnes de référence formées en la matière et de mettre en place un protocole de prise en charge efficace.

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