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Crime au château: Des soupçons, mais pas de preuves

J. La.

Mis en ligne le 06/02/2012

Une piste mène vers des Tchétchènes recrutés par un trafiquant d’hormones.

Un grain de sable peut gripper la plus sophistiquée des machines. Et, dans le plus machiavélique des projets d’assassinat, le moindre détail compte : un imprévu ou une imprudence peut conduire à l’arrestation des auteurs. Est-ce ce qui est arrivé dans le mystérieux crime qui a pour cadre le château Carpentier à Wingene ? Cinq personnes ont été interpellées vendredi avant d’être relaxées samedi, sans être inculpées par manque de preuve. Mais cette piste reste ouverte.

Stijn Saelens, châtelain de 34 ans disparu depuis mardi, une longue traînée de son sang qui s’interrompt brusquement à la porte donnant sur le parc, une douille de 9 mm, des soupçons d’un assassinat commandité, sept suspects longuement interrogés : voilà où en est aujourd’hui l’enquête. Il y a des soupçons mais pas de preuve.

On le sait : une des pistes des enquêteurs les mène vers le beau-père et le beau-frère de la victime. Ces deux médecins, qui ont une pratique médicale de groupe prospère avec l’épouse de la victime, ont été longuement interrogés mercredi et jeudi par la police. Les relations avec la victime n’étaient pas au beau fixe. Le couple de Stijn Saelens battait de l’aile. Sa belle-famille avait porté plainte contre lui pour inceste sur la plus jeune de ses filles. Elle avait craint qu’il ne mette à exécution ses projets de s’installer en Australie avec sa femme et ses enfants pour y créer une éco-ferme dans le sillage d’une secte. Ce qui aurait privé le beau-père, André Gyselbrecht, du contact de ses petits-enfants, âgés de 2, 4, 6 et 8 ans. Stijn Saelens, qui pourrait avoir connu des déboires financiers, avait de son côté menacé par mail sa famille d’une "avalanche qui brûlerait dix ans".

C’est sur ce tableau que s’inscrit la dernière piste des enquêteurs : quatre Tchétchènes et un habitant d’Aalter de 62 ans, Peter S., ont été interpellés vendredi dans les environs de Beauraing. Les enquêteurs se sont intéressés à eux à la suite d’un sacré hasard. Il y a quelques semaines, la police avait contrôlé, non loin de Wingene, à Aalter, une voiture avec deux Tchétchènes à bord. Ils détenaient un plan du château Carpentier ainsi qu’une feuille reprenant les coordonnées de Pierre S. Les policiers avaient rédigé une fiche, estimant qu’il pouvait s’agir d’une bande de cambrioleurs itinérants. Cette note a pris un nouveau relief à la lumière de la disparition de Stijn Saelens.

Pierre S. n’est pas un inconnu de la justice. Il a été impliqué dans le trafic d’hormones pour l’engraissement du bétail. Il a également été condamné pour trafic de cocaïne et de marijuana et pour avoir éludé les accises sur l’alcool. Et il connaît le beau-père de Stijn Saelens : "Oui, je connais Pierre depuis longtemps. Il est un de mes patients. Le fait que nous nous connaissions ne prouve rien. Je suis en paix et je n’ai rien à cacher", dit le Dr André Gyselbrecht. "Mon client nie qu’il ait à voir avec cette affaire. Selon lui, son arrestation résulte d’un malentendu", ajoute Me Hans Rieder, avocat de Pierre S. Les quatre Tchétchènes, qui ont été interrogés en présence de leurs avocats et d’un interprète, nient également en chœur. Ont-ils servi de tueur à gages avant de se débarrasser du cadavre qui n’a toujours pas été retrouvé ? Rien ne le prouve. Mais cette piste n’est pas pour autant abandonnée par les enquêteurs. Dans ce cadre, l’analyse approfondie des éventuelles traces ADN dans le château et ses environs est évidemment attendue avec impatience

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