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Une famille massacrée
J. La.
Mis en ligne le 13/02/2012
A leur arrivée sur place, le 25 octobre 2007 vers 15h30, les policiers ont découvert un homme accroupi à côté de sa voiture. La maison, une fermette située à Hombourg (Plombières), était en feu. D’emblée, Bruno Werner, un Allemand de 58 ans, a reconnu, comme il l’avait déjà déclaré dans l’appel au 101, qu’il venait de tuer sa femme, Maria Irène (61 ans) et leurs deux enfants, Helena (19 ans) et Borbe, leur fils de 17 ans.
Les cadavres ont été découverts près de la barrière menant à l’habitation, devant la maison et dans une étable. Les corps sont recouverts de couvertures. Les victimes ont eu le crâne fracassé à l’aide d’une hache découverte à l’entrée d’un hangar. Bruno Werner dit les avoir tués successivement entre midi et 15h.
Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser cet homme à exterminer sa famille ? Entendu, Bruno Werner, dont le procès s’ouvre aujourd’hui devant la cour d’assises de Liège, déclare d’emblée qu’il ruminait l’idée de tuer toute sa famille depuis quelques mois en raison de problèmes financiers survenus à la suite de la perte de son emploi comme pédagogue indépendant.
Il aurait caché à sa femme l’existence de dettes qu’il évalue à 20000 euros. Il aurait décidé de passer à l’acte ce jour-là, car sa famille était au complet à la maison. Helena venait de rentrer de Suède où elle poursuivait ses études. Quinze minutes avant le premier crime, un huissier - chargé de la récupération d’une facture de cotisations sociales de 5527 euros - était venu déposer la facture dans la boîte aux lettres.
Bruno Werner a décrit une enfance triste et sans chaleur, solitaire, tant en famille qu’à l’école. Pédagogue de formation, il a été thérapeute familial, a animé des séminaires sur la communication et la gestion des conflits, il s’est occupé d’adolescents en difficulté. Il a régulièrement changé de travail, étant notamment prié de quitter une association de thérapeutes ou une école où il avait un très bon poste, car il ne communiquait pas avec l’équipe. Bruno Werner s’est dit détruit par un adolescent dont il s’occupait qui avait pris l’ascendant sur lui. Depuis cet incident, survenu en 2006, il n’était plus le même et avait perdu toute estime de lui. L’année suivante, il a perdu son travail en mars.
Après la perte de son emploi, Bruno Werner se sentait un raté et cachait les factures à sa femme qui travaillait comme pédagogue à Aix-la-Chapelle et connaissait le succès comme artiste peintre. Le couple n’était pourtant pas sans ressource et disposait de deux immeubles - un en Belgique et un en Suède - entièrement payés, ainsi que de titres dont la valeur atteignait 94000 euros.
Persuadé d’être un raté, convaincu que ses proches le voyaient de la même manière, il ne pouvait, a-t-il expliqué, en parler à personne. Ce qu’a confirmé le médecin de famille qui a décrit Bruno Werner comme un homme sous tension, toujours fermé, ne laissant personne s’approcher.
Des éléments plus inquiétants ont été relevés en cours d’enquête. Lors de l’autopsie, des gouttelettes de sang ont été retrouvées dans le slip d’Helena. Des lésions génitales, compatibles avec des attouchements, ont été découvertes. L’hypothèse de l’abus sexuel intrafamilial a été émise par plusieurs proches d’Helena en Suède. Celle-ci ne supportait pas les contacts physiques, se recroquevillait, se raidissait au moindre rapprochement. Elle éprouvait d’énormes difficultés à communiquer. Elle n’évoquait jamais sa famille et semblait craindre son père. Bruno Werner a contesté avoir jamais touché sa fille.
Les experts psychiatres qui l’ont examiné ont exclu qu’il avait commis les faits de manière spontanée et irréfléchie. Dans son isolement, il tentait de cacher ses blessures narcissiques à ses proches. Il avait ainsi caché que les associations qui l’employaient avaient décidé de se passer de ses services et qu’il ne payait plus ses factures.
Pour les experts, face à ces échecs, il s’est réfugié dans le silence. Sentant le danger d’être découvert, il a ressenti ses proches comme menaçants. Ces experts ont exclu que Bruno Werner ait voulu se suicider après les faits. Face aux personnes qui pourraient le percer à jour, son arme était le silence. Vu la profondeur de son trouble narcissique, les experts estiment qu’une thérapie n’a aucune chance d’aboutir.
Bruno Werner sera défendu par Mes Victor Hissel et Xavier Magnée. Le premier avait défendu un temps les familles Lejeune et Russo avant que le second ne prenne la défense de Marc Dutroux. Depuis lors, l’étoile de Victor Hissel, condamné l’année dernière à dix mois de prison avec sursis pour détention illégale d’images pédopornographiques, a bien pali. Il est l’objet d’une procédure disciplinaire au sein de son barreau.
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