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Un violeur sème la peur à Namur

Annick Hovine

Mis en ligne le 16/02/2012

L’agresseur, qui s’en est déjà pris à six jeunes filles à Namur, court toujours. Les rumeurs partent dans tous les sens. Cinquante étudiantes ont appris mercredi avec des moniteurs de karaté à “faire face à un prédateur”.
Reportage

A l’ombre de la passerelle piétonne qui enjambe la Sambre, un escalier étroit descend vers les quais. Pluie battante et vent s’y engouffrent. "Pourquoi ils ne mettent pas de caméras ? Je ne comprends pas ! S’ils veulent vraiment l’attraper, ils doivent commencer par ça. Il n’est pas invisible, quand même !" "Il", c’est le violeur du campus, qui sévit dans le quartier estudiantin de Namur depuis plus de deux mois. Entre le 2 décembre 2011 et le 30 janvier 2012, il a commis six agressions sexuelles sur des jeunes filles. Trois viols dits "techniques" (avec la main) et trois tentatives. Le modus operandi, la zone géographique des agressions (entre l’avenue Reine Astrid, la rue Lemaître, la place Wiertz et la passerelle) et le profil des victimes, qu’il ne connaît pas, laissent présumer qu’il s’agit du même auteur. L’homme, âgé de 20 à 30 ans, s’en prend à de jeunes filles qui marchent seules en fin de soirée ou en début de nuit dans un quartier où se concentrent les Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix, un athénée, plusieurs Hautes Ecoles, l’Ifapme

C’est précisément à l’Ifapme que Jennifer, 20 ans, suit une formation en chef d’entreprise. Malgré une averse entêtée, elle reste fumer avec deux copines sur le trottoir devant le centre de formation, situé rue Lemaître. La conversation roule sur "le" sujet dont beaucoup parlent à Namur, surtout les jeunes filles. "C’est vrai quoi, pourquoi pas des caméras ?", répète Jennifer. Elle affirme ne pas avoir peur. "Franchement ? Non ! Mais j’évite d’aller vers les quais et j’ai une gazeuse dans mon sac", avoue-t-elle. Un spray anti-agression interdit en Belgique. Haussement d’épaule : "Je préfère avoir une amende que me faire violer", tranche-t-elle. Ce matin, au cours, on a parlé du violeur, précise Amélie : "La prof nous a dit qu’il mettait un préservatif". Une information [?] qui semble tomber du ciel : ni le parquet, ni la police n’ont jamais évoqué cet élément. Charlotte ajoute : "J’ai une copine, Charlène, qui s’est fait accoster par un métis. Il a commencé à lui proposer un verre. Elle a réussi à s’enfuir. Il paraît qu’il endort ses victimes avec un produit : c’est pour ça que personne n’entend jamais de cris".

Ce sont là quelques-unes des rumeurs qui courent sur le campus, parmi des dizaines d’autres, invérifiables : l’agresseur serait africain, ou arabe, ou "de couleur" ; on l’aurait arrêté l’autre matin puis relâché ; il chloroformerait ses proies ; il serait costaud et athlétique mais pas très grand ; il aurait aussi sévi à Louvain-la-Neuve ; en fait, ils seraient deux à agir

S’il est peut-être exagéré de parler de psychose, la peur est réelle et palpable en ville.

Parquet, police et autorités communales se sont, dans un premier temps, montrés très discrets. Ce que n’a pas manqué de fustiger Valérie Déom (PS, dans l’opposition) au conseil communal de lundi. "Face à une communauté estudiantine en proie à la panique, face à la crainte grandissante de plusieurs citoyens, pourquoi n’ont-ils pas très vite diffusé une information officielle, pour stopper les différentes allégations qui alimentent la psychose ?", a lancé la conseillère communale socialiste.

Lundi, les autorités namuroises diffusaient un communiqué commun pour tenter de ramener le calme. A l’heure actuelle, police et parquet ne disposent ni de l’identité, ni de la photo du suspect. Les informations récoltées auprès des victimes ne seraient pas suffisantes pour diffuser un portrait-robot de l’auteur. Un schéma assez classique dans les affaires de viols : dans plus de 9 cas sur 10, la victime ne peut pas décrire l’agresseur qu’elle tente d "effacer" immédiatement de sa mémoire

La police a aussi adressé un message aux différents établissements scolaires et distribué des conseils de prévention : ne pas rentrer seule d’une soirée ; éviter les lieux isolés ; être attentifs aux effets des boissons alcoolisées absorbées en trop grande quantité

Mercredi après-midi, une séance d’informations théoriques et pratiques organisée par les Facultés pour apprendre aux étudiantes à "faire face à un prédateur" a dû refuser du monde. Dont Ombeline, qui s’inscrira à la prochaine. "On sait bien qu’on ne va pas nous apprendre à le mettre à terre en une séance d’une heure ! J’attends plutôt qu’on me donne des conseils sur les bons réflexes à avoir : en cas de stress, on est vite tétanisés et on ne sait plus rien faire."

Sur les tapis rouges de la grande salle du Centre sportif universitaire, cinquante demoiselles écoutent très attentivement les conseils de Vincent Leduc et Régis Brasseur, respectivement 6e dan et 4e dan en karaté. "Il ne s’agit pas d’embrayer sur une psychose qui commence à s’installer ou de faire un entraînement aux arts martiaux, mais d’enseigner quelques techniques simples et efficaces qui permettront aux jeunes filles d’être plus fortes et de se défendre", explique Vincent Leduc. "On part de situations concrètes : strangulation, prise de cheveux, chute sur le sol et surtout dégagement. Il ne s’agit évidemment pas de neutraliser l’agresseur, mais de fuir le plus vite possible pour donner l’alarme. La pire des choses en cas d’agression, c’est de rester dans une attitude de soumission." Verdict après la séance : "Je suis vraiment rassurée. J’ai pris conscience des moyens que j’avais pour me défendre", confie Eve, 18 ans, étudiante en archéologie.

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