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L’adultère plébiscité en ligne
St. Bo.
Mis en ligne le 22/02/2012
Contrairement à l’antidépresseur, l’amant ne coûte rien à la sécu." Ce slogan pour le moins interpellant, vous avez peut-être eu l’occasion de le lire mardi sur un encart publicitaire à Bruxelles ou en Wallonie. Depuis le 21 février, le site Gleeden.com a en effet pris d’assaut 1 500 panneaux d’affichage pour vanter le "premier site de rencontres extraconjugales pensé par des femmes".
Ouvert depuis décembre 2009 dans 159 pays différents, le site se targue de réunir plus de 1 100 000 membres, dont 50 000 Belges. Le principe ? "Que vous recherchiez le frisson avec une femme mariée dans votre ville ou un amant à des milliers de kilomètres de chez vous, Gleeden accueille et met en relation les infidèles du monde entier", peut-on lire sur le site. Sa démarche, le site Gleeden.com la fonde notamment sur diverses statistiques ayant trait à l’infidélité. Ainsi, la Belgique serait le troisième pays le plus infidèle, après la France et l’Italie.
"Est-ce vraiment un concept neuf ou cela existe-t-il déjà depuis quelques années ?" s’interroge le Pr Armand Lequeux, sexologue. "Car pas mal d’hommes et de femmes sont déjà inscrits sur Meetic ou Rendezvous.be (sites de rencontres, NdlR) pas du tout pour avoir un compagnon ou une compagne de vie, mais juste pour avoir ‘un bon coup’. Mais dire ‘J’ai été sur Meetic ou Rencontres.net’ est beaucoup plus acceptable." Avec un site qui s’affiche d’emblée comme un site de rencontres extraconjugales, "il y a une certaine hypocrisie qui disparaît; c’est plus explicite, mais pas neuf", estime-t-il.
Qu’est ce qui différencie donc un site tel que Meetic de Gleeden.com ? "Pour être sur Meetic, on est obligé d’être célibataire, ce qui fausse un peu la relation, si relation il doit y avoir", indique Hélène Antier, responsable des relations presse pour Gleeden. "Or, sur les sites de rencontres classiques, 30 % des usagers camouflent leur statut matrimonial et se font passer pour des célibataires. C’est pour cette raison que nous avons créé Gleeden." 91 % des inscrit(e)s sont en effet des personnes mariées ou en couple, pour 9 % de célibataires, souvent séparé(e)s ou divorcé(e)s.
Alors qu’on estime généralement les hommes plus enclins à verser dans l’adultère, le site Gleeden.com a, lui, choisi de cibler un public féminin. "Le site Gleeden est géré par des femmes", précise Hélène Antier. "Sur les sites de rencontres, les femmes sont parfois perturbées par des hommes qui s’adressent mal à elles. Sur Gleeden, les hommes doivent rivaliser de courtoisie pour les séduire. Nous avons d’ailleurs une équipe de modération très pointue qui fait attention aux échanges."
Si l’inscription sur le site est gratuite pour les femmes et pour les hommes, les actions telles que chatter en ligne, envoyer un message ou des cadeaux virtuels (fleurs, chocolats ) sont, en revanche, payantes pour les hommes. Une contrainte loin de décourager ces messieurs puisque le site compte 63 % d’hommes pour 37 % de femmes
A l’heure où les femmes revendiquent plus que jamais leur place dans la société à l’égal des hommes et leur droit aux plaisirs affectif et sexuel, l’émergence d’un tel site reflète-t-elle une évolution de la société ? "Oui, peut-être", répond le Pr Lequeux. "Il y a des films, des livres érotiques réalisés par des femmes. Il y a toute une mouvance d’oser dire : ‘ Nous aussi, nous avons droit à avoir une relation sexuelle juste pour le plaisir’ et de vouloir contredire cette tradition que la femme, c’est pour les sentiments, et les hommes, pour le sexe. Même si cela reste une tendance assez marquée. Mais il y a de la contestation dans l’air. Et pourquoi pas ?"
Le slogan et le concept de Gleeden peuvent paraître amoraux et choquants pour certains. Hélène Antier s’en défend : "Nous n’avons pas inventé l’infidélité en 2009. Si nous avons plus d’un million de membres, c’est qu’il y avait une demande, qui relève plus de l’évolution de la société et des mœurs."
Une publicité qui n’a toutefois pas fini de faire parler d’elle puisque le Jury d’éthique publicitaire (JEP) a été saisi hier d’une plainte. Celle-ci (peut-être jointe par d’autres ?) sera examinée mardi prochain.
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