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Un Kosovar s’est suicidé...
J.-C.M.
Mis en ligne le 23/02/2012
C’est une bien triste histoire que celle que nous ont contée Me Drita Dushaj, du barreau de Bruxelles, et Berat Salijaj, son client.
Le père de ce dernier, Rexhep, s’est suicidé alors qu’il était sous le coup d’une mesure d’éloignement du territoire belge où il avait retrouvé l’ensemble de sa famille voici un peu plus d’un an. Il laisse une veuve et cinq orphelins.
C’est la guerre du Kosovo qui a séparé une première fois M. Salijaj, né à Kerrine, le 11 juin 1954, de sa femme Hava et de ses cinq enfants Berat, Mithat, Kutjim, Kujtesa et Betim (nés entre 1983 et 1998) installés définitivement en Belgique depuis plus de dix ans.
Dans un premier temps, le père a tenté de rejoindre les siens mais les revenus de sa famille ne permettaient pas une prise en charge respectant les conditions imposées par la loi du 15 décembre 1980 sur l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers.
Les choses ont changé après que l’aîné, Berat, a acquis la nationalité belge et lancé une société de construction plutôt florissante.
Rexhep obtint un visa en janvier 2011 et rejoignit aussitôt sa famille, dont tous les membres ne souhaitaient qu’une chose, qu’il vive parmi eux.
Le père introduisit immédiatement une demande de regroupement familial. Il obtint, en mars, une attestation d’immatriculation valable jusqu’au 13 août puis prolongée jusqu’au 17 octobre.
Pendant cette période, Rexhep Salijaj a travaillé dans la société familiale et s’est rapidement constitué un réseau de connaissances et même d’amis.
Douche froide, le 17 octobre, lorsque l’Office des étrangers rejeta la demande de M. Salijaj, au motif que l’“ascendant d’une personne majeure de nationalité belge n’est pas repris comme bénéficiaire du droit au regroupement familial”.
Cette décision, relève Me Dushaj, est intervenue après le vote de la nouvelle loi (du 8 juillet 2011) sur le regroupement familial (voir ci-contre) qui en a singulièrement durci les conditions.
“C’est comme si les autorités avaient sciemment laissé traîner les choses afin que mon client ne puisse pas bénéficier d’une mesure de regroupement, et cela au mépris du principe de non rétroactivité des textes de loi”, scande Me Dushaj.
Il y aurait eu, pourtant, matière à recours mais l’avocat qu’à l’époque la famille s’était choisi ne jugea pas opportun d’en introduire un.
Lorsque Me Dushaj intervint dans le dossier, elle s’empressa de déposer, auprès du bourgmestre de Jette, une demande de régularisation pour circonstances exceptionnelles, invoquant une situation humanitaire urgente.
Selon elle, il était inconcevable, notamment pour les enfants du couple, qu’on éloigne M. Salijaj d’une famille retrouvée depuis dix mois après des années de douloureuse séparation.
Il lui apparaissait tout aussi inimaginable que toute la famille soit obligée d’accompagner le père au Kosovo afin d’y introduire une demande en bonne et due forme.
Elle indiquait, en outre, que Rexhep Salijaj n’avait aucun moyen de subvenir à ses besoins en cas de retour, même temporaire, au Kosovo.
La requête n’a pas reçu de réponse et l’ordre de quitter le territoire a été maintenu. Il devait être exécuté le 3 février au plus tard. A l’idée d’être, une fois encore, séparé des siens, M. Salijaj a, quelques heures avant l’échéance, préféré se donner la mort.
Aujourd’hui, aux côtés de Me Dushaj, se tient le fils aîné, Berat, robuste jeune homme de 29 ans. Ce chef d’entreprise, aîné d’une fratrie déchirée par la douleur, en veut à l’Etat belge, contre lequel il vient de porter plainte. “Je suis Belge, je travaille, je donne du travail à plusieurs personnes, je parle français, mes frères et sœurs sont de bons élèves, nous avons de nombreux amis à Bruxelles. Nous méritions un autre sort que celui qui nous frappe.”
Tout cela dit sans élever la voix mais de façon ferme et digne. Comme est ferme et digne la lettre ouverte (voir ci-contre) écrite par le petit Betim, qui fêtera bientôt ses 14 ans. Et ne comprend pas ce qui est arrivé aux siens, qui nourrissaient l’espoir d’une nouvelle vie et ont, du jour au lendemain, sombré dans le chagrin le plus noir.
© La Libre Belgique 2012
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