Charles Michel : "Il faut mettre fin à l'assistanat "
Les hommes politiques - belges et européens - n'ont plus que ce mot à à la bouche : la relance. Mais comment la concevoir quand les caisses de l'Etat sont vides ? Charles Michel, le président du MR, a quelques idées sur le sujet. La Libre vous les fait découvrir.
- Publié le 28-04-2012 à 21h10
Les hommes politiques - belges et européens - n'ont plus que ce mot à à la bouche : la relance. Mais comment la concevoir quand les caisses de l'Etat sont vides ? Charles Michel, le président du MR, a quelques idées sur le sujet. Les voici.
Pourquoi évoquer aujourd'hui vos propositions pour stimuler la relance : parce que celles du Premier tardent à venir ?
Pendant les premiers mois, le gouvernement a fait un travail très sérieux, en termes d'assainissement budgétaire : 13 milliards d'euros, avec un effort particulier sur les dépenses. Il faut à présent préparer la deuxième étape : après la maîtrise des dépenses publiques, il faut définir au gouvernement quelques mesures dans le cadre d'un pacte de prospérité. Nous voulons un contenu qui traduise de vrais choix. Je refuse l'immobilisme.
Au Nord du pays, tous les partis ne sont pas convaincus. Wouter Beke, le président du CD&V, estime qu'il n'y a pas d'argent pour la relance et qu'il suffit d'assainir…
Le CD&V se trompe car précisément, si l'on veut continuer à assainir, il faut retrouver de la croissance économique. Il y a des moyens que l'on peut mobiliser pour la relance : choisissons des mesures fortes.
Lesquelles ?
Il faut mettre fin au système d'assistanat, à cette tragédie que représentent les pièges à l'emploi. Chacun connaît, dans notre pays, indirectement ou indirectement, des situations de personnes qui sont au chômage et qui n'ont aucune raison d'accepter l'emploi qu'on leur propose. Car si elles acceptaient cet emploi, elles gagneraient moins que si elles ne travaillaient pas. Je veux que ma génération politique règle cette question. On ne peut plus accepter ce système surtout dans la situation économique actuelle...
Sont-ce les allocations qui sont trop élevées ou les salaires qui sont trop bas ?
Si l'on veut être dans une dynamique de valorisation du travail, il faut augmenter la quotité forfaitaire exonérée d'impôt des bas et des moyens salaires, autrement dit augmenter la partie du salaire qui n'est pas touchée par l'impôt. Et cela de manière sensible de manière à créer un écart significatif entre le revenu du travail et le revenu de l'assistance.
Cela figure dans l'accord de gouvernement…
Mais je m'inscris dans l'accord de gouvernement. Et je veux surtout qu'on ne tarde pas à l'appliquer. Que dit-il ? Il prévoit une réforme des allocations d'attente en harmonisant le stage d'attente et une limitation dans le temps des allocations d'attente. Nous avons aussi prévu une réforme des allocations de chômage ainsi qu'une dégressivité de l'allocation. Ainsi, pour les personnes qui ont cotisé et qui ont perdu leur travail, l'allocation doit d'abord être plus élevée qu'aujourd'hui. Ensuite, il y aura une mécanique de dégressivité.
Ces mesures sont prévues : doutez-vous de leur application ?
Je répète qu'il faut les appliquer. Car si on n'a pas la volonté de dire que c'est une priorité, non seulement dans les discours mais aussi dans les actes, nous serons enlisés dans une situation qui ne nous permettra pas de recréer les emplois indispensables pour réussir l'objectif européen d'assainissement.
Comment financer ces réformes ?
De l'argent, il est possible d'en trouver. Appliquer une fiscalité aux intercommunales lorsqu'elles sont en concurrence avec le secteur privé; cela peut rapporter 500 millions d'euros. Autre idée : le rapatriement de capitaux placés à l'étranger. L'impact est évalué à 500 ou 600 millions d'euros. Faites le total des deux mesures : avec un milliard d'euros, on peut faire beaucoup e choses. Vous savez que 75 % des ménages fiscaux ont un revenu imposable inférieur à 35000 euros en 2009. Donc, en augmentant de manière significative la part du revenu non imposée, il est possible, pour ces tranches-là, de dégager plusieurs centaines d'euros par an.
Ces idées (intercommunales et rapatriement) ont déjà été proposées par vos ministres à deux reprises et rejetées…
On ne peut pas en même temps vouloir des mesures de relance et rejeter les idées pour permettre de financer ces mesures. J'imagine que le MR n'est pas le seul parti qui souhaite la relance. Mais j'insiste : je ne mets en aucun cas en cause les personnes qui sont enlisées, enfermées dans le système du chômage. C'est le système qui est en cause : le chômage, pas les chômeurs. Nous avons négocié une réforme de l'Etat ambitieuse. Il faut maintenant prendre à bras-le-corps les autres problèmes de la société belge. Il ne faut pas se contenter de quelques cacahuètes pour faire bouger les salaires de quelques centimes d'euros. Si l'on veut qu'il y ait un déclic, il faut faire un choix clair. J'espère avoir le soutien des partenaires sociaux pour éliminer ces pièges à l'emploi de manière à relever le salaire poche d'une partie substantielle de nos concitoyens.
Le deuxième axe de ma réflexion concerne les PME que l'on a écrasées ces derniers temps.
Écrasées ?
Parfaitement. Nous ne réussirons pas à créer ce cercle vertueux de prospérité et de relance économique si l'on ne comprend pas que les PME sont le moteur de la relance. Il faut donner de l'oxygène aux PME si l'on veut permettre la création d'emplois et consolider ce tissu économique-là. Or les PME ont été écrasées sous les contraintes.
Quelles contraintes ?
Les contraintes administratives sont colossales. Il faut simplifier drastiquement. Les ministres libéraux, Sabine Laruelle et Olivier Chastel, s'y emploient. Il ne faut pas promettre 25 mesures. Mais commençons par deux. La première qui me tient à cœur : pour les 3 premiers emplois créés dans les PME il faut instaurer, à partir de 2013 un régime de zéro cotisation patronale.
Avez-vous estimé l'impact ?
Je suis persuadé que cela peut créer des milliers d'emplois. Lors des nombreuses visites que j'ai effectuées ces derniers mois, cette demande revient systématiquement. Je suis aussi totalement partisan, dans le cadre d'une réforme de l'impôt des sociétés, de favoriser les investissements dans les PME. Je plaide pour qu'on puisse réintroduire un bonus fiscal pour investissement par les PME, qui doivent être le moteur de la relance économique. J'observe aussi que l'accès au crédit est devenu, pour ces PME, extraordinairement complexe.
Simple principe de précaution de la part des banques…
Non. Car il y a un paradoxe terrible : c'est le système financier et ce sont les banques qui ont dérapé et aujourd'hui, ce sont les PME - qui sont dans l'économie réelle et la valeur ajoutée - qui en payent la facture. C'est à elles que l'on demande mille et une garanties pour le moindre crédit. Sur ce sujet-là, il faut tordre le bras aux banques. Des banques sont sorties du chemin du bon sens, elles ont dévié vers l'économie virtuelle : il y a eu une dérive absolument immonde de la part de certaines banques. Elles doivent aider les PME plutôt que de les empêcher d'investir : je plaide pour que les banques motivent leurs décisions en matière de crédit et je demande aussi la portabilité des garanties. Bien sûr, tout cela doit être concerté avec les secteurs concernés.
La relance passe aussi par la compétitivité de nos entreprises. Et leurs représentants plaident pour la suppression de l'indexation automatique des salaires, responsable à leurs yeux de la perte de part de marché…
À cet égard, nous voulons moderniser l'indexation des salaires.
Qu'est-ce que cela veut dire ? Le PS répète : on ne touche pas à l'indexation. Et cela figure noir sur blanc dans l'accord gouvernemental…
Peut-être faut-il attendre que les élections sociales se déroulent. Mais nous devrons, dans les semaines ou les mois qui viennent, avoir un débat. Nous ne remettons pas en cause le principe de l'indexation automatique des salaires, mais bien les modalités.
Concrètement…
Il y a parfois des pics d'indexation qui portent préjudice à la compétitivité : on pourrait utiliser la formule du "lissage". Ou alors, on peut s'intéresser à la liste des produits qui figurent dans le panier de l'index. Peut-être peut-on l'actualiser. Nous soutenons en tout cas les mesures prises par Melchior Wathelet pour geler certains prix de l'énergie car cela participe à la maîtrise de l'indexation.
Pensez-vous vraiment que vous réussirez à toucher à un point qui semble être un gros tabou au PS ?
Laissons le débat mûrir au sein du gouvernement.
