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UCL: Et dans le rôle principal, le Dr Donnez
Un récit de Laurence Dardenne
Mis en ligne le 20/07/2012
Nettement moins rigolo que la saison 8 de Dr House - mais tout autant cynique -, aussi palpitant - ou peu s’en faut - que Grey’s Anatomy , la saga qui se déroule dans les couloirs des Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles a franchement des allures de série télé tragico-dramatique. Si les premiers épisodes de ce triste feuilleton remontent en réalité à plusieurs années, sans doute a-t-il rebondi et éclaté au grand jour avec la publication, lundi dernier, par nos confrères du "Soir", d’un large dossier consacré aux suspicions de fraude scientifique qui planaient sur les travaux du chef du service de gynécologie et andrologie des Cliniques Saint-Luc, le Pr Jacques Donnez. De quoi organiser, séance tenante, une conférence de presse lors de laquelle les personnes visées et divers membres du rectorat de l’UCL ont donné leur version des faits, afin de " clarifier " cette fameuse affaire. ("La Libre" du 17 juillet).
Dans la foulée, d’autres voix se sont fait entendre et des langues se sont déliées. Ainsi nous est-il revenu que certains membres de l’équipe ayant participé aux recherches du Pr Donnez avaient reçu de sérieuses menaces de licenciement s’ils se piquaient d’ébruiter auprès des journalistes davantage de détails sur ces fameuses manipulations, disons peu "catholiques", opérées dans les laboratoires de l’UCL. Quatre médecins - dont nous connaissons les noms - seraient ainsi " menacés d’expulsion ", selon les termes de notre informateur. Contacté par nos soins, le Dr Frédéric Debieve, un des médecins concernés, membre de l’unité de recherche en obstétrique, n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet.
Ordre aurait été donné, par le chef du service de gynécologie, à un scientifique du laboratoire de l’UCL de " manipuler l’intitulé des échantillons " de cette fameuse greffe de tissu ovarien, toujours d’après notre informateur, qui nous précise que " le type s’est exécuté ". Tout en ajoutant qu’" il faut absolument agir et soutenir ces médecins menacés d’exclusion pour que la clinique de Woluwe reste encore une institution pour soigner des malades et non pour glorifier faussement quelques-uns ".
Pécher pour briller ?
La notoriété internationale dont jouit le Pr Donnez est probablement à prendre en compte dans cette histoire où bien des éléments nous manquent pour éclairer les nombreuses zones d’ombre qui subsistent, et où l’usage des conditionnels et la plus grande prudence s’imposent. Que la renommée de cette équipe, et surtout de son chef de service, suscite envie et jalousie - et pas seulement admiration -, n’est de fait pas exclu. Tout comme on ne peut pas non plus écarter le fait que, poussé aux devants de la scène internationale en matière de médecine reproductive, l’homme aurait pu être tenté de pécher par omission pour mieux briller encore.
Ainsi, lors de la conférence de presse, a-t-il bel et bien reconnu que peut-être aurait-il effectivement dû mentionner dans sa publication certaines informations (NdlR : en l’occurrence, la présence de follicules primordiaux dans une biopsie) qui n’y figuraient pas et qu’il avait considérées comme étant " un élément qui, scientifiquement, n’avait aucune valeur et ne changeait rien à l’indication médicale ". Si tel était le cas, peut-être justement eût-il, par souci de précision et d’exhaustivité, pour ne pas dire d’honnêteté, été correct d’en faire état
Intimidations en série
Il n’empêche, depuis un certain temps déjà, le Pr Donnez fait l’objet de manœuvres d’intimidation et, à tout le moins, de déstabilisation, même si des membres de son entourage médical se disent littéralement " terrorisés " par cet homme " très puissant, auquel mieux vaut ne pas s’attaquer pour éviter que cela se retourne un jour contre vous ". Toujours est-il que, " depuis plusieurs années déjà, et plus encore depuis un an et demi maintenant, il est la cible de personnes qui lui en veulent" , nous dit son conseil, Me Olivier Bonhivers, rappelant que cela avait déjà commencé avec le vol de son ordinateur et le dépôt, en 2004 à la direction des Cliniques Saint-Luc, d’une plainte anonyme mettant en doute les qualités académiques du médecin. " Certains éléments figurant dans la plainte provenaient de données de l’ordinateur, ce qui nous fait dire que l’auteur de la plainte serait aussi le voleur de l’ordinateur" , nous confie encore Me Bonhivers.
Et de poursuivre : " Le 26 novembre 2010, le laboratoire du Pr Donnez, situé à proximité des Cliniques Saint-Luc, a été incendié. L ’expert du parquet a conclu à un incendie criminel, l’origine étant clairement volontaire. Les auteurs n’ont jamais été identifiés. Même si l’on a des soupçons, l’instruction s’est terminée par un non-lieu. Avec cet incendie, c’est non seulement son laboratoire de recherche qui a été détruit, mais aussi des années de travail qui ont été anéanties ."
Un autre élément pour le moins troublant, dans cette rocambolesque histoire, est qu’" un échantillon test, prélevé en vue d’examens complémentaires sur l’une des deux sœurs, en l’occurrence la mère qui avait été irradiée suite à sa maladie, a été détruit dans l’incendie ", souligne encore l’avocat du Pr Donnez. Quand on disait que certains faits étaient dignes d’une série télé.
Jeux de pouvoir ?
Rappelons qu’en outre, le Pr Donnez a fait l’objet d’une plainte déposée par le Dr Frédéric Debieve, chef de l’unité d’obstétrique, laquelle a débouché sur une enquête disciplinaire. Il y était question des manipulations d’échantillons en laboratoire ainsi que de l’absence d’autorisation du Comité d’éthique de l’UCL pour ces recherches ("La Libre" du 17 juillet).
" Mon client a été complètement blanchi , nous rappelle à ce propos M e Bonhivers. D’une part, il détenait toutes les autorisations requises; d’autre part, il n’y avait aucun début de preuve d’une quelconque manipulation des résultats dans la mesure où des analyses génétiques ont bien démontré par la suite que l’enfant en question était né d’un greffon de la mère donneuse et non issu d’un ovaire de la mère receveuse ."
Alors, jeux de pouvoir ? Guerre de succession, au moment où le Dr Donnez accédera en septembre à l’éméritat et qu’il fêtait son soixante-cinquième anniversaire le jour où le scandale a rebondi dans la presse ?
Quoi qu’il en soit, " face à cet acharnement ", une plainte sera déposée cette semaine par le Pr Donnez pour diffamation et calomnie, notamment, nous a fait savoir son conseil. " On a porté atteinte à la réputation et à l’honneur du Pr Donnez. Il y a des limites à ne pas dépasser. Ici, les limites de l’indécent ont été dépassées ."
Affaire à suivre
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